18 mars 2012, la Commune à travers le XXe arrondissement

jeudi 24 mai 2012
par  Pierre

En cette fraîche après-midi d’un printemps naissant, Yves Lenoir nous
accueille dans le XXe arrondissement, à Belleville qui était avant même la
Commune, un village frondeur et prolétaire. À proximité du Père-Lachaise où
eurent lieu les derniers combats de la Semaine sanglante, nous allons à la
rencontre de grandes figures de la Commune.

JPEG - 33.9 ko
18 mars 2012 dans le XXe

MAXIME LISBONNE.

Devant le 12 de la rue de
Belleville, un texte d’Isabelle Kling évoque
Maxime Lisbonne (1839-1905), le « d’Artagnan de
la Commune
 », qui, en ce lieu, a ouvert un drôle
de café, le 12 février 1886 ; celui qui écrivait
sur ses cartes de visite : « Maxime Lisbonne, exforçat
de la Commune
 » est une personnalité
originale et un républicain convaincu partisan,
dès le début de la Commune, d’une marche immédiate
sur Versailles. Marcel Cerf dit à son sujet :
« Si la Commune avait eu beaucoup de défenseurs
comme Maxime Lisbonne, malgré les
conditions d’infériorité de lutte, le résultat final
n’eût peut-être pas été le même.
 »

LA BARRICADE DE LA RUE RAMPONEAU.

Passant devant le domicile de Jules Vallès en 1870,
au 19 de la rue de Belleville, nous gagnons l’angle
des rues de la Tourtille et Ramponeau où Aline
Raimbault raconte les combats qui se sont livrés
sur celle que Lissagaray estime être la « dernière »
barricade. Dans le XXe arrondissement, 76 barricades
ont été dressées ; pendant la Semaine sanglante,
la dizaine de milliers de Fédérés résiste le
plus possible aux 120 000 versaillais.
Rue Jouye Rouve, une délégation de la mairie
de l’arrondissement nous attend pour déposer
une gerbe devant la plaque apposée le 18 mars
2011, en hommage à la Commune pour son 140e
anniversaire. Claudine Rey prend la parole pour
rappeler les idéaux de la Commune, ses combats
et demander la réhabilitation des communards.

LES RÉUNIONS RÉPUBLICAINES.

Place Fréhel,
Marc Lagana nous parle des réunions « républicaines
 » publiques qui déterminent l’orientation
révolutionnaire, la progression du mouvement,
et la préparation de la Commune. Pendant le
siège de Paris, ces réunions s’organisent et se
structurent en devenant des clubs qui prennent
le nom des salles où ils se sont établis ; ainsi
en est-il de la salle de bal Favier au 13 rue de
Belleville, devenue club Favier.

GUSTAVE FLOURENS.

Devant le 397 rue des
Pyrénées, Jean-Louis Robert intervient à propos de
Gustave Flourens (1838-1871), un savant athée et
rationaliste qui s’est fait le chevalier rouge de la
révolution. Internationaliste, franc-maçon, il va
combattre en Crète avec les insurgés. Puis il
devient un familier de Marx pendant son exil, en
mars 1870. Elu de la Commune dans le XXe arrondissement,
il commande la XXe légion. Il marche
sur Versailles, mais il est arrêté, puis reconnu, il
est assassiné d’un coup de sabre à la tête.

JEAN-BAPTISTE DUMAY.

Ensuite à l’angle de
la rue Jean-Baptiste Dumay, Yves Lenoir nous
présente ce communard, ouvrier mécanicien
des usines Schneider du Creusot, à l’initiative,
avec Adolphe Assi, des puissantes grèves des
mineurs et ouvriers de cette ville en 1870,
avec le soutien de l’Internationale. Le 26 mars
1871, les «  Républicains » du Creusot, avec
Jean-Baptiste Dumay, proclament la Commune.
Mais l’armée intervient mettant rapidement un
terme à cette jeune Commune. Dumay s’exile
en Suisse.

L’ANCIENNE MAIRIE DE BELLEVILLE.

Georges
Beisson intervient sur la mairie de Belleville en
1871. Elle était alors, en face du 135 rue de
Belleville, au centre de la commune, mais en
périphérie de l’arrondissement. Belleville est
illustré par de nombreuses personnalités dont
Gabriel Ranvier (1828-1879), berrichon d’origine,
peintre-décorateur sur laque. Elu, le 26
mars, membre de la Commune pour le XXe, à la
commission militaire, puis le 2 mai, élu au
comité de Salut public, il est un ardent défenseur
de Belleville les derniers jours de la
Semaine sanglante. Condamné par contumace,
en exil à Londres, d’abord proche de Marx, puis
de Bakounine, il revient à Belleville pour y
mourir.

JEAN ALLEMANE (1843-1935).

C’est au 25
rue Levert qu’il fut arrêté le 28 mai 1871.
Michel Puzelat nous parle de cet ouvrier typographe
qui habite le Ve arrondissement. Le 18
mars, il fait sonner le tocsin. Il n’est pas élu de
la Commune, mais préside la légion du Ve ; il
fait enlever la croix du dôme du Panthéon et
lui substitue un immense drapeau rouge. Il
prend part à la laïcisation des établissements
scolaires et songe à l’organisation d’un enseignement
professionnel. Mais quand le Ve est
défait, il passe dans le XXe. Dénoncé, il est
arrêté et condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Il passe sept ans au bagne, en
Nouvelle-Calédonie. A partir de 1880, son histoire
se confond avec celle du mouvement
ouvrier et socialiste. Il participe à la création,
en 1889, la « Société fraternelle des anciens
combattants de la Commune
 ».

ZÉPHIRIN CAMÉLINAT (1840-1932).

Nous
apercevons son ancien domicile au 135 rue de
Belleville. Agriculteur, monteur en bronze, un
des fondateurs de l’Internationale ; après s’être
occupé avec Albert Theisz de la Poste, il
devient directeur de la Monnaie sous la
Commune. Il entretient des relations difficiles
avec Charles Beslay, délégué à la Banque de
France. Pour payer les dépenses de la
Commune, il frappe des pièces. Il se bat sur la
barricade du Château-d’Eau où il voit mourir
Delescluze et Vermorel. Il est un des membres
fondateurs de la Fraternelle.
D’autres événements et d’autres personnages
auraient eu leur place dans ce parcours, mais
le temps nous a manqué. Que de belles rencontres
en ce 18 mars 2012 : de quoi nous donner
l’exemple et l’envie de lutter ! Après que nos
amis ont représenté un extrait de notre pièce
Le Rendez-vous du 18 mars, accompagnés par
les artistes Malène Lamarque et Fanchon
Préaux, nous avons chanté la Commune.

MICHÈLE CAMUS


Navigation

Articles de la rubrique