18 mars 2018 dans le XIVe arrondissement à Paris

mardi 8 mai 2018


La célébration du 147e anniversaire de la révolution du printemps 1871 a été marquée, le dimanche 18 mars de 15 h à 17 h , par une marche dans le XIVe arrondissement, de la place Denfert-Rochereau à la mairie du XIVe. Ayant retenu le thème du « peuple en mouvement » et de la « mobilisation populaire » en 1871, c’était l’occasion de faire le lien avec le 50e anniversaire de mai-juin 1968.

PLACE DENFERT ROCHEREAU : CES VOIX RÉVOLUTIONNAIRES

Roger Martelli parle des liens entre le printemps 1871 et celui de 1968. De la « Commune étudiante  » à la « Commune de Nantes », la mémoire de la Commune ne fut pas absente de ce printemps 1968. En effet, nous pouvons faire de nombreux rapprochements entre le « peuple en mouvement  » en 1871 et en 1968 : la « réappropriation populaire des espaces confisqués », l’effervescence démocratique, l’utopie de la Sociale et le rêve soixante-huitard du « Soyez réalistes, demandez l’impossible » ! En terminant, Roger Martelli souligne qu’en « cette année de cinquantenaire et à quelques encablures du 150e anniversaire de la Commune, nous n’oublierons pas que la mémoire de la Commune n’est jamais aussi forte que quand elle se confond avec les pulsations bouillantes de la vie, et que la ville est son territoire.  »

Puis Jean-Louis Robert évoque les étudiants dans la Commune. Sous le Second Empire, de nombreux étudiants prennent le chemin du parti républicain, et même du socialisme. Ce sont souvent des étudiants que l’ordre établi révolte, à l’image de Vallès, de Vaillant, de Vuillaume et de bien d’autres. À la différence de mai-juin 1968, le rôle des étudiants, qui étaient très peu nombreux, fut minime pendant la Commune. Néanmoins, la génération étudiante du Second Empire est bien présente dans la Commune. Jean-Louis Robert termine en soulignant que dans « l’élan démocratique et d’innovation que représente la Commune, des étudiants veulent inventer l’avenir, fondant la première forme du syndicalisme étudiant, un syndicalisme défendant ‘la liberté et la justice’ ».

AU MONUMENT AUX FÉDÉRÉS DU CIMETIÈRE DU MONTPARNASSE :
LA SEMAINE SANGLANTE ET MAXIME VUILLAUME

Marc Lagana évoque la vive résistance dans le XIVe arrondissement au début de la Semaine sanglante. La mairie du XIVe, l’église Saint-Pierre-de-Montrouge, et surtout le cimetière du Montparnasse deviennent les centres de cette résistance, où les combats les plus vifs ont lieu le 23 mai [1]. Marc Lagana rappelle que, parmi les communards qui reposent au cimetière du Montparnasse, il y a Maxime Vuillaume. Pendant la Commune, Vuillaume dirige, avec Eugène Vermersch et Alphonse Humbert, un véritable organe révolutionnaire, Le Père Duchêne. C’est le journal le plus lu pendant la Commune, avec Le Cri du Peuple de Jules Vallès. De retour de son exil suisse en 1887, c’est seulement au début du XXe siècle qu’il rédige son oeuvre capitale — une histoire vivante de la Commune — Les Cahiers Rouges. Dans Les Cahiers Rouges, Vuillaume entend «  réhabiliter ce grand calomnié que fut le peuple de 1871 », en faisant « l’histoire de ceux qui n’ont pas d’histoire ». Ce travail, d’une grande qualité littéraire et de sérieux historique, est le fruit d’une collaboration étroite entre Charles Péguy et Vuillaume, entre celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas [2].

LA GARDE NATIONALE AU 131, AVENUE DU MAINE

Jean-Louis Robert parle de la Garde nationale et des clubs dans le XIVe. En effet, le commandement de la 14e légion de la Garde nationale — dont le jeune artiste peintre Lucien Henry est élu colonel — s’est installé au 133, avenue du Maine. Et, au 10 de la rue Maison-Dieu, se trouvait la maison Paysan, un cabaret-bal populaire où eurent lieu, dès la fin du Second Empire, puis pendant le siège et la Commune, les réunions des clubs et des associations démocratiques. Jean-Louis Robert souligne que la Garde nationale, organisation de soldats-citoyens, est aussi une composante démocratique décisive du « peuple en mouvement » qu’est la Commune de Paris.
C’est la Garde nationale qui occupe, dès avant le 18 mars, l’espace du XIVe, gérant la mairie jusqu’à l’élection de la Commune.

L’action des clubs est moins connue, mais un club s’installe dans l’église Saint-Pierre-de-Montrouge et dans celle de Notre-Dame-de-Plaisance. Comme dans les autres clubs parisiens, les réunions étaient quasi-quotidiennes, le soir.

À LA MARMITE, AU 147 RUE DU CHÂTEAU

Françoise Bazire évoque les coopératives dans le XIVe, et notamment Nathalie Le Mel et Eugène Varlin. Car c’est à Nathalie Le Mel qu’Eugène Varlin propose la direction d’une cuisine coopérative ouvrière, La Marmite, afin de fournir une nourriture saine et équilibrée, des plats abondants et de qualité, à des prix modestes. Rencontrant un grand succès dans le VIe arrondissement, puis dans le Ve, il faut rapidement installer trois succursales autonomes dans le IVe, le XVIIe, et au 147 rue du Château, dans le XIVe.

En exil à Londres, les communards installeront une Marmite sociale sur Rupert Street. Toutes les ressources étaient mises en commun et l’accueil de cette Marmite était si spontanément fraternel que la maison, puis le quartier, devinrent l’asile de tous les réfugiés politiques à Londres.

SUR LE PARVIS DE LA MAIRIE DU XIVE : CES ÉLUS RÉVOLUTIONNAIRES

Pour terminer le parcours, sur le parvis de la mairie du XIVe, Jean-Pierre Theurier nous parle des élus du XIVe. Parmi eux, les artistes plasticiens jouent un rôle moteur dans la révolution, car ils sont particulièrement bien représentés chez les responsables de la Commune. Aux élections du 26 mars 1871, deux des trois élus du XIVe à la Commune sont des artistes peintres. Jules Martelet, qui exerce surtout la fonction de maire de l’arrondissement, intervient dans tous les domaines, notamment l’enseignement, les conditions de travail, l’aide aux nécessiteux, la prise en charge des orphelinats. Il y a aussi Alfred Billioray qui participe activement à plusieurs commissions à l’Hôtel de Ville.

Pour terminer, Jean-Pierre Theurier rappelle que, de retour d’exil en Suisse, Jules Martelet sera l’un des premiers secrétaires de La Fraternelle des anciens combattants de la Commune, ancêtre de notre association.

MARC LAGANA


[1Marc Lagana, « Commémoration au cimetière Montparnasse  », La Commune, n° 71, 2017/3, p. 15.

[2Marcel Cerf, «  Les Cahiers rouges de Maxime Vuillaume  », Cahiers des Amis de la Commune, n° 3, 1988.


Navigation

Articles de la rubrique

Agenda

<<

2018

 

<<

Août

>>

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
272829303112