2013 - trimestre 1

samedi 2 mars 2013

La publication des Souvenirs et Aventures de ma vie, texte généreusement attribué à Louise Michel par Mme Josiane Garnotel, a fait l’objet d’un compte rendu dans le bulletin du 3e trimestre 2012 (bul.51), lequel suscite de ma part les plus expresses réserves. J’avais fait paraître, en 2006, La déportation de Louise Michel, ouvrage dans lequel je m’attachais à restituer le récit le plus fidèle et le plus complet possible du long séjour de la déportée Louise en Nouvelle-Calédonie, prenant bien soin de séparer les faits avérés des inventions forgées par quelques-uns de ses thuriféraires, trop zélés pour être honnêtes. J’y affirmais — sans être à ce jour contredit, que Louise Michel n’avait pas écrit le premier mot de ses soi-disant Souvenirs… parus en feuilleton dans La Vie Populaire, après sa mort. Je persiste. Les Souvenirs… sont un faux grossier dont l’artisan est un auteur prolixe et inventif, Arnould Galopin, que les scrupules n’étouffent pas.
Cette oeuvre posthume de Louise, contrairement à ses précédents ouvrages, n’est qu’un fatras d’approximations, d’erreurs, d’invraisemblances, d’énormités même. La chronologie des événements y est systématiquement maltraitée.
La géographie des lieux, superbement ignorée. La toponymie est globalement inventée, les noms des personnages sont hautement fantaisistes. Souvent ridicules, la plupart des scènes décrites n’ont pas existé.

Louise Michel a subi sa déportation en enceinte fortifiée sur la presqu’île Ducos, elle n’était pas au bagne de l’île Nou. Elle n’a jamais été menacée, encore moins molestée. Elle n’a pas tâté du quartier des incorrigibles, lequel n’existe pas sur la presqu’île. Et quand l’inventeur des Souvenirs… aborde les Kanaks, il se surpasse.
En réalité, Louise Michel n’a jamais tenu d’école clandestine pour les enfants Kanaks, ni dans une grotte, ni ailleurs. Et pour cause : réservée aux seuls déportés, la presqu’île était strictement interdite aux tribus Kanak. Tordons encore le cou à une allégation mensongère qui, à force d’être répétée, est tenue pour parole d’évangile. Si, quasiment seule parmi les déportés, Louise Michel l’a regardé avec sympathie, elle n’a en rien préparé ou encouragé le soulèvement Kanak de 1878, enfermée qu’elle était dans une enceinte fortifiée à plusieurs dizaines de kilomètres du théâtre de la Révolte.

La mémoire de Louise Michel n’a rien eu à gagner à la publication des Souvenirs… car si l’on prête crédit à ce récit, on doit convenir que la Grande citoyenne était une affabulatrice à l’imagination débridée, une mythomane gagnée par la sénilité. Ce qui est faire injure à la vérité et à sa réputation. Femme d’honneur et de conviction, éprise de justice, Louise Michel ne se serait certainement pas reconnue dans la caricature d’elle-même présentée aux lecteurs de La Vie Populaire.

Morte d’épuisement en janvier 1905 à Marseille, Louise Michel a été, sur la fin de sa vie, la victime d’un entourage peu scrupuleux qui lui a fait multiplier déplacements et conférences harassants au mépris de sa santé. Ce même entourage dans lequel figurait Arnould Galopin qui a construit une légende dorée totalement fabriquée. Un siècle après, le meilleur hommage que l’on pourrait porter à la «  Bonne Louise  » serait de lui rendre sa vérité, quitte à renoncer à la mythifier.

JOËL DAUPHINÉ

Agrégé d’histoire, docteur ès lettres, Joël Dauphiné, qui a séjourné près de vingt ans en Nouvelle-Calédonie, est un des spécialistes de l’histoire calédonienne. Il a publié un certain nombre d’ouvrages, dont Les spoliations foncières en Nouvelle-Calédonie à Paris en 1931, Canaques de La Nouvelle-Calédonie à Paris 1931, L’évasion de Rochefort et… La Déportation de Louise Michel (Les Indes savantes, 2006).

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AUGUSTE BLANQUI QUI FAIT LA SOUPE DOIT LA MANGER


La même maison d’éditions propose deux textes de Blanqui que trente-quatre ans séparent et dont la lecture reste, par la vigueur du style et la fermeté de la pensée, fort stimulante encore pour un lecteur d’aujourd’hui.
Le premier, daté de 1834, donne son titre au recueil ; c’est une violente dénonciation de la propriété de la terre et des moyens de production qui réduit le peuple à l’esclavage et la misère, et le rend aussi incapable de reconnaître ses véritables intérêts qu’impuissant à les défendre.
Dans le second, Instructions pour une prise d’armes, écrit en 1868, soit trois ans avant la Commune, Blanqui, fort d’une vie de combats, analyse les journées de juin 1848. Il fustige, avec une ironie désolée, l’impréparation des ouvriers, leur absence de toute organisation et de toute solidarité entre les différentes barricades. Il raille les intellectuels, plus prompts à écrire qu’à agir et à encadrer l’insurrection. D’un échec que la faiblesse du gouvernement d’alors ne rendait pas prévisible, il déduit la nécessité d’un entraînement du peuple aux armes, une sorte de service militaire obligatoire qui seul peut lui assurer la liberté.

Il envisage un commandement militaire dès le début de l’insurrection et réfléchit au bon usage du terrain, des armes, de la psychologie des soldats de métier, pour assurer la victoire d’une révolution prochaine.

Au moment de la Commune cependant, Blanqui était, une fois de plus, emprisonné, et Thiers refusa son échange contre soixante-quatorze otages. Marx, son vieil ennemi au sein du mouvement révolutionnaire, considéra que « Blanqui était le chef qui avait manqué à la Commune. »

Éditions d’ores et déjà

NICOLE TORDJMAN

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LOUISE MICHEL PRISE DE POSSESSION


Ce petit livre fait partie d’une nouvelle collection de courts volumes à couverture noire d’une maison d’édition, fondée en 2009, sortant de l’oubli des classiques révolutionnaires du XIXe siècle aujourd’hui introuvables ou tombés dans l’oubli : Saint-Simon, Elisée Reclus, Victor Hugo, Auguste Blanqui, Paul Lafargue, Louise Michel.

Dans ce texte, qui reprend les conférences que Louise Michel a faites dans ses tournées à travers toute la France jusqu’à la fin de sa vie à la manière de Flora Tristan, une autre militante révolutionnaire [1], s’exprime une certaine lassitude devant la résignation du peuple à accepter sa servitude.

Elle veut lui ouvrir les yeux sur ses illusions électorales : « les urnes ont vomi assez de misères et de honte. Au vent les urnes, place à la sociale ! Le monde à l’humanité.  »

Dans un style flamboyant, lyrique, fait d’images, de questions posées à son auditoire et d’appels à l’indignation et à la révolte, elle prophétise la fin prochaine de l’exploitation et son secret espoir de voir de son vivant l’avènement d’un monde plus juste.

Éditions d’ores et déjà

PAUL LIDSKY

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LES OUVRIERS DU LIVRE ET LA COMMUNE


Dans le bulletin d’octobre dernier de l’Institut CGT d’histoire sociale du Livre parisien est paru un intéressant article de Roger Dedame consacré aux ouvriers du Livre pendant la Commune.
Alors que le gouvernement ouvrier s’active à promulguer des mesures radicales et urgentes qui feront date, les chambres syndicales des corporations du Livre ne s’impliquent pas. La Chambre typographique sous la présidence d’Achille Baraguet adhère «  à la Commission de conciliation du Commerce, de l’Industrie et du Travail créée par l’Assemblée de la République de Thiers sur une base paritaire et chargée de veiller aux bons rapports entre patrons et ouvriers. Durant le siège...une délégation dont faisait partie Baraguet se rendit à Versailles pour proposer à Thiers — qui l’avait démagogiquement reçue — de faire de la capitale un département à statut spécifique, d’en confier exclusivement le maintien de l’ordre à la Garde Nationale, de rouvrir les forts à l’armée...et de dissoudre la Commune avant d’organiser de nouvelles élections ». Malgré cela, Baraguet fut arrêté après la Semaine sanglante avant de bénéficier d’un non-lieu.
819 ouvriers du Livre ont été enrôlés dans la Garde nationale, 1354 professionnels des métiers graphiques furent poursuivis. Il reste à étudier leur rôle dans les groupes de lutte, dans les journaux révolutionnaires et jusque sur les barricades. Outre Varlin dont l’action est bien connue, quatre d’entre eux exercèrent des responsabilités politiques au Comité central de la Commune. Louis Debock fut directeur et André Alavoine directeur-adjoint de l’Imprimerie Nationale et surent protéger les Archives du saccage des troupes versaillaises.

Maison du Livre
94 boulevard Blanqui Paris 75013
tel. 01 43 31 53 51

Article de Marcel Cerf sur les ouvriers du livre pendant la Commune : http://www.commune1871.org/?Les-ouvriers-du-livre-pendant-la

Eugénie Dubreuil


[1Flora Tristan, (1803-1844), le Tour de France, la Découverte, 1980