2013 - trimestre 2

dimanche 5 mai 2013

LOUISE MICHEL, POÉTESSE


Ce recueil illustré a été édité à l’occasion du 140e anniversaire de la Commune par l’association culturelle laïque Pythéas et regroupe huit livres de poèmes de Louise Michel, retranscrits à partir de leur première édition vers 1890.
C’est donc une somme qui permet de saisir l’ampleur de la production littéraire de notre célèbre héroïne. Outre ses discours, romans, pièces de théâtre et ses mémoires, elle écrit une poésie romantique et engagée dans la lignée de celle de Victor Hugo avec qui elle entretient une correspondance dès sa jeunesse.
C’est lui qui, dès 1871 lui consacre un poème grandiose Viro-Major où il salue ses vers « mystérieux et doux ». Et n’oublions pas non plus l’hommage d’un autre grand poète, le communard Paul Verlaine, qui lui dédie une ballade rimée dans Amour en 1886.

Le recueil s’ouvre sur des poésies consacrées à l’enfance et la jeunesse de Louise Michel à Vroncourt (Haute-Marne), déjà empreinte de mythes et légendes, et se poursuit avec La Carmagnole des gueux sur la Commune, Les Océaniennes et Bouche close sur la déportation, pour finir sur un poème à celui qui lui a mis deux balles dans la tête, dont une qu’elle gardera jusqu’à sa mort, en 1905, à Marseille. On peut juste regretter que la plupart des poèmes ne soient pas datés à part Saint-Just et Chansons d’oiseaux de 1861, La fiancée de Boris 1er de 1867, Manifestation de la paix de 1869, Versailles capitale, Les œillets rouges, La révolution vaincue, A nos vainqueurs et Au 3e conseil de guerre de 1871, Hiver et nuit de 1872, A bord de la Virginie de 1873 et Saint Lazare de 1885. Un travail de recherche de datation serait intéressant à mener, mais c’est une autre histoire.

ED

Louise Michel, Poèmes introuvables, les cahiers hors-séries de Pythéas, BP 78-13192 Marseille Cedex 20

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GARIBALDI, COMBATTANT DE LA LIBERTÉ


Né à Nice le 4 juillet 1807, Garibaldi fut tour à tour artisan de l’unité italienne, corsaire au service de la République du Rio Grande et guérillero en Uruguay, d’où son surnom de « héros des Deux-Mondes  ».

Après le désastre de Sedan, le 2 septembre 1870, le chef des Chemises rouges, âgé de soixante-trois ans, quitte sa petite île de Caprera, au large de la Sardaigne, pour combattre les Prussiens. « Je viens donner à la France ce qu’il reste de moi. (…) A la fin de ma vie, je suis fier de servir la sainte cause de la République  », déclare-t-il en débarquant à Marseille. A la tête de l’armée des Vosges, Garibaldi remporte une des rares victoires françaises, près de Dijon. En 1871, il sera élu député à l’Assemblée nationale, transférée à Bordeaux, mais il n’y siégera jamais. L’Assemblée refuse de l’entendre et invalide son mandat parce qu’il est «  étranger ». Le 13 février, Victor Hugo monte au perchoir pour défendre «  le seul général ayant combattu pour la France, qui n’ait pas été vaincu ». « Son épée avait déjà délivré un peuple et son épée pouvait en sauver un autre  », s’exclame le poète. Comme il soutient un « étranger » et qu’on l’accuse à ce titre de ne pas « parler français », Hugo démissionne à son tour. Le 24 mars, moins d’une semaine après le début de la Commune, le Comité central propose à Garibaldi le commandement en chef de la Garde nationale. Très affaibli physiquement, il décline l’offre. Malgré sa sympathie pour les communards, il n’a pas oublié l’affront subi à Bordeaux. Le général ne participera pas à la Commune, ses fils Menotti et Ricciotti non plus. Le premier fut pourtant élu délégué pour le XIXe arrondissement et le second se trouvait à Lyon lors de l’insurrection de la ville.

En revanche, plusieurs garibaldiens s’illustrèrent dans les rangs de la Commune. Le plus célèbre d’entre eux, Amilcare Cipriani (1844-1918), fut nommé aide de camp de Bergeret. Il participa à l’offensive du 3 avril, au cours de laquelle son ami Gustave Flourens, rencontré en Crète, fut tué par un gendarme à Rueil. Comme d’autres anciens garibaldiens, Cipriani connaîtra le bagne en Nouvelle-Calédonie. Dans cette très belle biographie, l’historien Pierre Milza nous retrace, sur un ton enlevé, la vie tumultueuse du célèbre combattant de la liberté et de ses partisans. Il est également l’auteur de L’Année terrible : la Commune (mars-juin 1871), paru en 2010 aux éditions Perrin (lire La Commune n° 42).

JS

Garibaldi, de Pierre Milza, éd. Fayard

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NOUVELLE-CALÉDONIE, LE BAGNE OUBLIÉ ?


Cet ouvrage [1] accompagne une exposition qui se tient actuellement au Musée Balaguier, à la Seyne-sur-Mer, près de Toulon, visible jusqu’au 15 septembre 2013, dont notre bulletin a déjà rendu compte dans le précédent numéro. Un avant-propos d’une quinzaine de pages raconte l’histoire oubliée de ce bagne ouvert en 1863 et dont le dernier convoi de déportés arriva en 1897 [2]. Le bagne sera fermé en 1922.

L’arrivée massive de plusieurs milliers de déportés communards à partir de 1872 et aussi de deux mille Kabyles, après leur insurrection de 1871 en Algérie, fut un temps fort de ce bagne. Le grand dossier iconographique qui suit cet avant-propos est particulièrement intéressant : dessins faits par les déportés, photographies du XIXe siècle, photographies actuelles en noir et blanc de Marinette Delanné sur ce qui reste aujourd’hui des constructions du bagne, envahies par la nature et la forêt. De petits textes précis et détaillés aident à comprendre la vie quotidienne des déportés. Nombre de ces photos sont chargées d’une poésie mélancolique et sont émouvantes comme celle qui représente le cimetière des déportés à l’Ile des Pins où les communards, avant de quitter l’île au moment de l’amnistie, élevèrent un mémorial avec les noms de leurs camarades décédés ou celle du cimetière arabe, près de Bourail, où reposent les déportés Kabyles. Un beau devoir de mémoire.

PAUL LIDSKY


[1Textes de Julien Gomez-Estienne et Franck Sénateur ; photographies de Marinette Delanné, Ed. de l’Amandier

[2Malheureusement, des erreurs grossières figurent en quelques lignes sur l’histoire de la Commune tant sur les dates que sur les personnages. Notamment pour Rigault présenté comme un agent de Versailles.