2013 - trimestre 4

vendredi 6 décembre 2013

ELOI VALAT
LA SEMAINE SANGLANTE DE LA COMMUNE DE PARIS


Après Le Journal de la Commune et L’Enterrement de Vallès, voici La Semaine Sanglante, dernier volume de la trilogie consacrée à la Commune de Paris par Eloi Valat, dédié aux morts de la Semaine sanglante.

La préface de Marie-Hélène Roques, spécialiste de Jules Vallès, insiste, dans une belle langue limpide, sur les tensions poussées à l’extrême de cette semaine tragique. Les citations de l’auteur de L’Insurgé sont magnifiques.

Le texte commence en coup de poing avec l’ignoble citation de Thiers : « … Nous avons écrasé cette faction détestable ; et nous l’avons écrasée, j’espère, pour longtemps. », suivent en alternance les rapports militaires de Mac Mahon imprimés en noir et différents textes des communards imprimés en rouge.

L’auteur choisit de nous assommer, en terminant par différentes lettres de dénonciation ! Il fallait cela, sans doute, pour rendre compte de l’horreur de cette tragédie.

Les dessins d’Eloi Valat montrent le courage du peuple héroïque, les sans grade épuisés, moribonds, ensanglantés, les femmes vaillantes, les armes à la main, et même les chevaux, eux aussi victimes du massacre. Les traits sont drus, concis, forts, le rouge est partout, même la fumée de la cigarette d’un militaire versaillais devant les cadavres est rouge sang !

Dans cette boucherie, la lettre d’adieu déchirante de Charles Delescluze à sa sœur, et sa marche vers la mort consciente, héroïque, sommet de la noblesse, nous rend l’image d’une humanité qu’aucune baïonnette ne peut détruire !

Extrait : Souvenirs d’un membre de la commune, Francis Jourde
« … Delescluze, du même pas grave et mesuré, marchait, sans se soucier des projectiles qui éclataient autour de lui, dans la direction de la barricade.[…] Nous étions arrivés à vingt mètres de la barricade, je suppliai Delescluze de s’arrêter, mais en vain.
Ceux qui voulurent le suivre tombèrent autour de lui. Sans hésitation, sans précipitation, Delescluze s’engagea dans le chemin couvert de la barricade. Il avait écarté son pardessus. Sur sa poitrine découverte, l’écharpe rouge à franges d’or de membre de la Commune le désignait, comme une cible, à l’ennemi massé à deux cents mètres. Le feu
des Versaillais redoubla d’intensité. Delescluze put faire quelques pas encore sur la place du Château-d’Eau. Devant nous le soleil disparut, se voilant dans des nuages d’or et de pourpre. Quelque chose comme un déchirement immense, lugubre, se fit entendre… Delescluze venait de tomber foudroyé !...
 »

ANNICK FENSCH

Editions Bleu Autour (2013)

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AUTOUR DE LA COMMUNE DE MARSEILLE


La mémoire sur la Commune de Marseille, qui fut la première proclamée, s’était peu à peu effacée et c’est à l’occasion du 140e anniversaire de la Commune de Paris, à travers textes et documents retrouvés (personne, entre 1871 et 2009, n’avait consulté les dossiers des communards condamnés) et la reconstitution du procès de Gaston Crémieux, que les auteurs décident de faire entendre ce que fut la Commune de Marseille.

Le rétablissement de certains faits ignorés les conduit à mieux faire connaître ces douze jours qui marquèrent l’histoire de la ville et de leur héros, Crémieux, instigateur de ce mouvement, fusillé le 30 novembre 1871, alors que la situation s’était rétablie depuis longtemps. On arrête et condamne jusqu’en 1875.

On y retient que les ouvriers s’exprimaient pour la plupart en occitan, ce qui accentuait les différences de culture entre Paris et Marseille, les journaux étant rédigés en français, peu en occitan. Un autre obstacle : la guerre est plus lointaine pour les Marseillais qui n’ont pas connu les longs mois de siège des Parisiens.

La Ligue du midi pense que seul le midi libre pourra sauver le nord et présente un programme politique et social précurseur.

Des études sur les mouvements communaliste et ouvrier apportent des éléments précieux pour comprendre l’évolution des faits avant, pendant et après la Commune.

De nombreux historiens ont collaboré à l’écriture, marquant ainsi l’intérêt qu’ils ont pour la Commune de Marseille. Cet ouvrage n’est pas destiné aux seuls Marseillais. Il apporte une somme de connaissances sur les raisons de l’échec, mais surtout sur l’espoir qu’elle a suscité par ses actions et ses propositions d’avant-garde.

ANNETTE HUET

Sous la direction de Gérard Leidet et Colette Drogoz, éditions Syllepse (Paris) et Promeno (Marseille), collection Histoire : Enjeux et débats.

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COURBET AU BORD DU LAC LÉMAN


«  Courbet a quitté Ornans, il cherche à établir une installation sur la frontière la plus proche de son pays, et se met à l’abri pour le futur procès de la Colonne  », peut-on lire dans un rapport de police du 25 août 1873, cité dans le livre de David Bosc. L’auteur y décrit de manière vivante et dans un style alerte les quatre dernières années du peintre à la Tour-de- Peilz, au bord du lac Léman.

Courbet s’est réfugié en Suisse pour fuir la « Justice  » française qui l’accuse d’être responsable de la destruction de la colonne Vendôme, pendant la Commune. «  Aujourd’hui, j’appartiens nettement, tous frais payés, à la classe des hommes qui sont morts, hommes de cœur et dévoués, sans intérêts égoïstes, à la République  », écrit Courbet le 23 juillet 1873.

Hommage aux victimes de la répression ? A coup sûr. Vision prémonitoire de sa mort proche ?
Peu probable au vu de l’activité débordante de Courbet : il peint énormément, raffole des baignades dans le lac Léman, participe à la chorale du village, fréquente les cafés et les auberges en compagnie de ses amis… «  C’était une table disparate d’anciens de la Commune qui achevaient de déjeuner. Il y avait Vuillaume, Cluseret, Alavoine, Chardon, Arnould, Protot, dont le visage fut affreusement mutilé sur la barricade de la Fontaine au Roi et aussi Slom, dessinateur polonais qui fera le portrait de Courbet sur son lit de mort », note David Bosc, comme s’il avait assisté à la scène.

John Sutton

La claire fontaine, Verdier (2013)

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LA BARRICADE, HISTOIRE D’UN OBJET RÉVOLUTIONNAIRE
ERIC HAZAN


Après son excellente histoire de la capitale (L’Invention de Paris, Points-Seuil) et celle de la Révolution française (La Fabrique), Eric Hazan part à l’assaut de la barricade, devenue l’emblème de toutes les révolutions. Il nous apprend que la première véritable « journée des barricades  » est organisée à Paris, le 12 mai 1588, par le duc de Guise, chef de la Ligue, parti des catholiques extrémistes. Les témoins de l’époque décrivent des amas de « charrettes renversées, de pavés, de meubles variés, et surtout de barriques remplies de terre », qui donnèrent leur nom à ces constructions hétéroclites. Barricades des canuts à Lyon en 1831 et 1834, barricades érigées dans toute l’Europe en 1848, celle du faubourg Saint-Antoine contre le coup d’Etat du 2 décembre 1851 sur laquelle le représentant du peuple Alphonse Baudin sacrifia sa vie en prononçant ces paroles devenues célèbres : « Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs !  », soit le montant de la solde d’un député sous la Deuxième République. Et la Commune, me direz-vous ? L’auteur y consacre un chapitre, qui commence par cette phrase : «  La barricade n’est entrée en jeu que durant la dernière semaine, mais c’est pourtant elle dont on se souvient, elle qui reste le symbole de la Commune de Paris.  » « Comment en est-on arrivé là, à cette semaine tragique alors que la Commune avait bien des atouts, des armes, des forts, des canons ?  », s’interroge Eric Hazan. Pour lui, les explications ne manquent pas : l’isolement de Paris après l’échec des Communes de Marseille, de Narbonne et de Limoges, les dissensions
dans le mouvement parisien, l’impréparation de la défense, l’absence de chef militaire…

John Sutton

Éditions Autrement (2013)