2014 - trimestre 3

lundi 15 septembre 2014

JEAN-LOUIS ROBERT
PLAISANCE PRÈS MONTPARNASSE.
QUARTIER PARISIEN 1840-1985


Voici l’histoire d’un bourg populaire, d’artisans et de déclassés, qui est devenu un faubourg puis un quartier de Paris. Il est moins connu que Belleville ou Montmartre, il est comme éclipsé par la présence plus brillante du Montparnasse voisin.

Il fut longtemps, il est vrai, un quartier misérable, inquiétant par ses «  classes dangereuses », ses bandes et ses «  julots ». En bref, Plaisance est le prototype d’un quartier ouvrier, donc délaissé. Ce n’en est pas moins, dès le XIXe siècle, un quartier vivant, avec sa sociabilité populaire, ses coopératives, sa vie politique aussi, très à gauche, républicaine, radicale, puis franchement socialiste à la « Belle Époque  ».
En 1871, en tous cas, ce fut un bastion communard, qui a fourni bien des cadres à la Commune du XIVe arrondissement, avec en particulier ses artistes, musiciens et ouvriers d’art, aux côtés des cordonniers, des ouvriers du bâtiment et du livre, des métallos… et des cochers et concierges.

Après 1918 encore, Plaisance est le village ouvrier par excellence, périphérique, où la nature n’a pas disparu, mais qui s’efforce de suivre les méandres de la modernité, sans pour autant perdre son âme.

C’est alors le temps du bastion communiste, qui a donné au parti des figures exceptionnelles, Raymond Losserand, Henri Rol-Tanguy, Ambroise Croizat, Marcel Paul, Léon Mauvais, Jean Jérôme.

Or, nous conte Jean-Louis Robert, tout bute sur la grande modernisation amorcée dans les années 1960.

« Plaisance assassinée ? », interroge le dernier chapitre (1958-1985). La formule, cruelle, dit le grand chambardement, l’empire du bulldozer, la mort des sociabilités populaires d’hier, le déclin du PCF local. Une page se tourne. L’histoire populaire ne s’arrête jamais, celle des grands centres urbains pas davantage que celle des autres territoires. Mais elle ne sera plus comme avant.

L’historien érudit du mouvement ouvrier nous a donné là un « roman savant d’un siècle et demi du peuple de Plaisance ». Il nous donne à voir, avec talent, un peuple vivant, bouillonnant, résistant à tout, au cléricalisme avant 1914, à la bonne conscience bourgeoise, à la modernisation imposée.

La modestie du territoire étudié (une fraction d’arrondissement) ne doit pas cacher l’heureuse ambition du projet. On ne croule pas sous les histoires de Paris vu « d’en bas ». Jean-Louis Robert fixe l’attention sur du micro-local ; il nous parle en fait de Paris et, au-delà, de la grande ville en général. Ce livre est en ce sens un modèle d’une histoire locale sans localisme, ouverte sur l’histoire globale, attentive à la quotidienneté et qui n’ignore pas pour autant la « grande  » politique.

En bref, c’est ce qu’on appelle un beau livre.

Roger Martelli

Publications de la Sorbonne, 2012