2016 - trimestre 2

mercredi 11 mai 2016

COMMUNARDES ! DEUX BD SUR LA COMMUNE

Tome 1 - Les éléphants rouges

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Planche extraite de l’album Les Éléphants rouges

Durant l’hiver qui précéda la Commune, Paris assiégé par les Prussiens et coupé de toutes sources de ravitaillement, a connu, parmi d’autres maux, une terrible famine. Une gamine de Paris, Victorine, 11 ans, nous fait vivre le quotidien du peuple de Paris.

Bouillonnement social dû au chômage, à la précarité des logements, au froid, à la faim qui provoquent l’agitation du peuple de Paris, sa prise de conscience, son adhésion aux clubs, ses premières velléités d’autogestion des ateliers désertés par leurs propriétaires (coopératives ouvrières).

L’appel à la Commune est sous-jacent. Victorine, petite "poulbot" libre (car les écoles sont fermées) se montre aussi patriote... Elle rêve de libérer Paris et pour parvenir à ses fins, utilise, avec sa bande de gamins, d’autres captifs : Castor et Pollux, ses amis, éléphants du zoo. Le scénario est original et fait preuve d’un onirisme qui nous émerveille. Par ailleurs les personnages féminins ont une consistance certaine, les rares hommes présents sont insignifiants ; il faut aussi noter au niveau du graphisme de nombreux arrêts sur image, sans légende, sans bulle qui laissent le lecteur libre d’imaginer.

Très bel album ; textes et dessins splendides.

Tome 2 - L’aristocrate fantôme

Il s’agit d’Élisabeth Dmitrieff-Tomanovsky, jeune femme russe de 20 ans, aristocrate, parlant français, cultivée, sans problème d’argent et de plus, très belle... Paradoxe, cette jeune femme est communarde convaincue et correspondante à Paris de Karl Marx (alors à Londres).

Elle devient rapidement Présidente de l’Union des femmes pour la défense de Paris et adopte des positions féministes radicales en revendiquant : la lutte aux remparts avec les hommes, la gestion des ateliers abandonnés, le droit de vote... et d’une façon générale, une égalité homme/femme.

La fiction bien souvent rejoint la réalité. Élisabeth, outrée de l’attitude de la Banque de France envers la Commune, décide un groupe de femmes à s’armer pour attaquer la Banque... Fiction, bien sûr, mais rappelons que la Commune a dû mendier à 39 reprises pour obtenir 9 millions de francs, alors que Thiers empruntait sans problème 313 millions !

La BD rappelle que Louise Michel déclara au sujet de la Banque de France : « Notre grave erreur fut de n’avoir pas planté un pieu au cœur du vampire : la Finance  ».

L’ouvrage continue à mêler réalité et fiction tout en respectant l’esprit de la Commune. Il laisse également de grandes pauses-images (plusieurs fois, plusieurs pages) pour donner libre cours à notre imagination. Fränkel fut-il sauvé par Dmitrieff ? Qu’importe ! Notre héroïne finira ses jours en Sibérie, ayant échappé à la Semaine sanglante et ayant suivi un mari ... qui n’en valait pas la peine.

Amateurs de BD, à découvrir absolument !

CLAUDE CHRÉTIEN

Wilfrid Lupano (scénario) et Lucy Mazel (dessin), Communardes ! 1. Les éléphants
rouges. Wilfrid Lupano (scénario) et Anthony Jean (dessin), Communardes ! 2. L’aristocrate fantôme, Éditions Vents d’Ouest, 2015


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ÉDOUARD VAILLANT. LE SOCIALISME RÉPUBLICAIN


Dans la lignée de ses beaux travaux sur Jaurès, Gilles Candar prépare un gros livre sur Vaillant. En attendant, il nous livre une courte et dense synthèse, publiée par la Fondation Jean-Jaurès. On y lira, écrit d’une plume élégante, l’essentiel d’un parcours politique original.

Issu d’une famille berrichonne aisée, le jeune Vaillant devient un étudiant révolutionnaire avide d’action, ce qui le rapproche bientôt de Blanqui et de ses amis. Communard actif, condamné à mort par contumace, exilé, Vaillant devient franchement socialiste. Bon connaisseur de l’Internationale — il maîtrise parfaitement l’allemand — il affirme son indépendance, se rapproche de Guesde par souci de rigueur révolutionnaire, puis de Jaurès par sens du pragmatisme et par passion de l’unité.

Éclipsé quelque peu par les deux figures antagoniques du socialisme, il n’en est pas moins un dirigeant de premier plan. Cet intellectuel subtil n’a pas laissé de « grand œuvre », mais il n’a pas manqué de réflexions qui en font une figure singulière du socialisme français de son temps.

Partisan de « l’action totale », ce révolutionnaire déterminé ne recule pas devant la réforme, dans un esprit voisin de «  l’évolution révolutionnaire » chère à Jaurès. Révolutionnaire et « étapiste  »…

Ces quelques pages nous permettent de patienter, en attendant la synthèse plus développée. Elles valent dès maintenant le détour.

RM

Gilles Candar, Édouard Vaillant. Le socialisme républicain, Fondation Jean-Jaurès, 2015


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LA CHUTE DE LA COLONNE VENDÔME. 16 MAI 1871


Il s’agit de la réédition d’un petit livre paru initialement en 1998. Le cœur de l’ouvrage est constitué d’un récit de la démolition de la colonne Vendôme, paru dans le journal Le Mot d’ordre [1] du 17 mai 1871. On y relate, de manière assez neutre, les préparatifs de la démolition, les tentatives jusqu’à la chute finale, les réactions de la foule assemblée. Le récit est accompagné de gravures et de photos, prises avant, pendant et après la démolition, qui forment une sorte de film de l’événement.

Ce texte est encadré de deux articles du Père Duchêne [2]. L’un, du 29 germinal an 79 (12 avril 1871), salue le décret patriotique de la Commune : « La colonne de la place Vendôme sera démolie », car «  ce sont des souvenirs de l’ancienne jean-foutrerie qui s’appelait l’esprit de conquête, le militarisme, la gloire ». Le second, daté du 29 floréal (19 mai), évoque la « grande procession des patriotes » qui célèbrent la chute du «  jean-foutre Bonaparte numéro 1  » et demande à la Commune de ne pas s’en tenir « au grand mirliton de bronze » et de « foutre le corps de Badinguet premier dans un lit de chaux vive  ».

MP

La chute de la colonne Vendôme. 16 mai 1871, éditions du Ravin bleu, 2015


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HOMMAGE À UN COMMUNARD MÉCONNU


Augustin Avrial méritait amplement de sortir de l’oubli. C’est désormais chose faite grâce à la biographie très complète que lui consacre Jean-Paul Calvet.

Edmond Lepelletier le décrit comme un « bon gros garçon très doux, très rond, à la face réjouie et sympathique, pourvu d’une grande force musculaire ». Lors de la sortie de Meudon, le 3 avril 1871, « Avrial se montra brave et plein d’initiative  », ajoute l’avocat. « L’homme-canon de la Commune  » (Da Costa) fut aussi « inventeur par tempérament » (Chincholle). Augustin fut un touche-à-tout, successivement ou en même temps, ouvrier mécanicien, membre de l’AIT, commandant du 66e bataillon de la Garde nationale, élu du XIe arrondissement (quartier Popincourt) à la Commune, où il siège à la commission du Travail et de l’Échange (décrets sur le Mont-de-Piété et sur la transformation des ateliers abandonnés en coopératives), puis à la commission de la Guerre, et enfin, inventeur d’une machine à coudre, d’un tricycle et d’un « motocycle à pétrole  ». Malgré ses multiples talents, ce personnage reste méconnu. « C’était un homme de terrain, pas un théoricien. Il a peu écrit, ce qui explique certainement cet oubli », estime son biographe, Jean-Paul Calvet. « Peut-on espérer, dans un proche avenir, une rue Augustin Avrial à Paris ou à Revel (sa ville natale) ?  », propose-t-il.

Une idée à retenir.

JOHN SUTTON

Jean-Paul Calvet, Augustin Avrial, un communard inventif (1840-1904), édité par la Société d’histoire de Revel, Saint-Ferréol, 2015.


[1Quotidien dirigé par Henri Rochefort, qui a paru du 3 février au 20 mai 1871.

[2Journal qui emprunte son titre au Père Duchesne publié sous la Révolution française. Il reparaît sous la Commune, du 6 mars au 22 mai 1871, avec les plumes d’Eugène Vermersch, Maxime Vuillaume et Alphonse Humbert.