À NOIRMOUTIER
EXTRAITS DU DISCOURS À LA MÉMOIRE DES DÉPORTÉS

mardi 19 septembre 2017
par  Pierre

Si les années précédentes, nous venions en ces lieux avec le secret espoir d’être un peu entendus sur un malentendu historique et une injustice de taille, aujourd’hui nous ne sommes pas naïfs au point de croire que tout est compris, mais une certaine intelligence dans les relations a permis des rapports plus apaisés et plus sereins.

Il est bon de rappeler que les « communeux » ou communards de 1871 […] aspirent à la paix après des années de conflits livrés par Napoléon III […]. Malgré le développement industriel qui se propage en France, la condition ouvrière reste très dure. D’une certaine iconographie nous retiendrons que la distribution de secours alimentaires est réalisée auprès des habitants de Neuilly, par exemple, en mai 1871 […]. Sans s’étendre sur cette page d’histoire comprise entre le 18 mars et le 28 mai 1871, soit moins de 72 jours, les femmes et les hommes ont vécu une véritable tragédie sans l’aide de quiconque, puisque le gouvernement de Thiers s’est enfui et retiré à Versailles. Cependant le Comité central prend par décret des mesures sociales pour faire face aux besoins exprimés par le peuple. La réaction de Thiers ne s’est pas fait attendre, avec la complicité de Bismarck, pour reprendre l’avantage face aux communards. Les sorties des Fédérés, début avril 1871, sur Versailles sont un échec. Des hommes et des femmes sont faits prisonniers tout au long de cette histoire, avec Paris repris par les versaillais. Il en est ainsi des communards pris et expédiés dans les forts de la côte (tel le château de Noirmoutier), sur les pontons ou dans les dépôts à Versailles. Des proscrits gagnent clandestinement l’étranger pour fuir dénonciations et poursuites.

L’événement de la Commune de Paris de 1871 n’est toujours pas aisé à porter. J’en veux pour preuve que des connaissances ayant eu des liens avec des communards demeurent bien souvent largement stigmatisées, traumatisées et n’osent toujours pas en parler facilement. La tradition familiale marquée par cette empreinte, comme « marquée au fer rouge, relève de la honte » ou de l’infamie, qui laisse une cicatrice indélébile au cœur des proches affectés par ce terrible « secret » de famille.

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Dessin de Pilotell

Je tiens à partager cette page écrite en 1871 par le grand homme de lettres que fut Victor Hugo :
Sur une barricade, au milieu des pavés
Souillés d’un sang coupable et d’un sang pur lavés,
Un enfant de douze ans est pris avec des hommes
Es-tu de ceux-là, toi ? – L’enfant dit : nous en sommes.
C’est bon, dit l’officier, on va te fusiller.
Attends ton tour – L’enfant voit des éclairs briller,
Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.
Il dit à l’officier : permettez-vous que j’aille
Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?
Tu veux t’enfuir ? – Je vais revenir – Ces voyous
Ont peur ! Où loges-tu ? – Là près de la fontaine.
Et je vais revenir, Monsieur le Capitaine –
Va-t’en drôle ! – L’enfant s’en va – Piège grossier
Et les soldats riaient avec leur officier,
Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle,
Mais le rire cessa, car soudain l’enfant pâle
Brusquement reparu, fier comme Viala
Vint s’adosser au mur et leur dit : me voilà.

La chape de plomb, qui entoure toujours les programmes scolaires sur la Commune de Paris, sont trop souvent discrets sur des faits qui méritent des commentaires et des explications. Le philosophe Paul Nizan parle dans les années 1930 ainsi de ses contemporains et « du bourgeois qui feint de traiter le peuple comme l’ensemble de ses enfants ; quand il punit le peuple il le punit comme son propre enfant, pour son bien… Les morts de la Commune furent tués pour le progrès du peuple. Il attend de lui des témoignages de gratitude ou simplement de docilité. Il juge ingrat le peuple révolté. »

Je profite de cette rencontre pour souligner que l’Assemblée nationale a réhabilité les Communards dans sa séance du 29 novembre 2016. Cette réhabilitation est passée par des phases transitoires, l’amnistie partielle le 3 mars 1879 et l’amnistie générale le 11 juillet 1880, qui ont permis seulement de libérer les communards encore en vie, mais en rejetant tous les autres dans l’oubli. « Le temps est enfin venu de rendre justice à toutes les victimes ».

RÉMY BARBIER


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