Anna Jaclard

dimanche 11 mars 2012

Anna JaclardBeaucoup de personnes s’intéressant à l’histoire de la Commune de Paris de 1871 peuvent ignorer que sous le nom Jaclard, bien français se cache une russe Mademoiselle Korwin-Kroukovskaïa, née à Saint-Petersbourg vers 1843 dans une vieille famille de l’aristocratie russo-lituanienne.

Le père est général d’artillerie, et sa famille est aisée. La sœur cadette d’Anna, Sophie (Sonia) devient mathématicienne renommée, première femme docteur en mathématiques.

Quant à Anna, elle est attirée par la littérature, elle écrit des nouvelles dont une, Le Rêve, est publié en 1864 dans le revue Epoque dirigée par Dostoievski. Les deux sœurs ont —comme beaucoup de jeunes Russes— des idées libérales tant sur le plan politique que social. En 1869, elles viennent à Paris escortées par le mari de Sophie.

Anna fréquente les milieux blanquistes où elle rencontre Victor Jaclard, étudiant en médecine, franc–maçon, membre de l’Internationale, avec qui elle s’est rapidement liée. En 1870, elle le suit à Genève où ils restent jusqu’à la chute de l’Empire. Anna y traduit en russe certains écrits de Karl Marx. Le couple rentre donc en France, Anna collabore avec André Léo à la création du journal La Sociale.

André LéoLe couple habite le 18e arrondissement. Pendant la Commune, elle appartient au comité de Vigilance des femmes du 18e arrondissement, devient déléguée aux hôpitaux et ambulances, soigne les blessés… Elle est également membre de la « commission pour organiser et surveiller l’enseignement dans les écoles des filles » qui comprend aussi André Léo. Louise Michel qualifie la conduite d’Anna d’« héroïque ». Victor de son coté participe activement aux combats de la Commune.

Après la Semaine sanglante, Anna réussit à quitter Paris, Victor arrêté s’échappe du dépôt des Chantiers à Versailles et passe en Suisse avec le passeport de son beau-frère, le mari de Sophie. Ils sont tous les deux condamnés par contumace aux travaux forcés à perpétuité.

Après trois ans passés à Zurich, aidés financièrement par le père d’Anna, ils regagnent la Russie, Victor y enseigne le français. Ils ont un enfant. Amnistiés en 1879, ils reviennent à Paris, où ils se fixent. Malheureusement, la santé d’Anna se trouve fortement ébranlée, elle meurt en 1887 des suites d’une opération et est enterrée au cimetière de Neuilly.

THÉRÈSE GOURMAUD

Bibliographie : J. Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, Ed. Ouvrière, 1969 ; G. Dittmar, Histoire des femmes dans la Commune de Paris. Dittmar, 2003 ; E. Thomas, Les Pétroleuses, Gallimard 1963 ; M. Nigueux, Sophie Kovalevskaïa. Nihilisme, féminisme, Mathématiques, Phébus 2004


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