Chronologie des événements en province

lundi 15 octobre 2012

Chronologie des événements provinciaux [1]

Nous proposons des jalons pour une chronologie de ce qui s’est passé en province depuis la proclamation de la République jusqu’au lendemain de la Semaine sanglante. Nous ne retenons que les événements qui ont quelque ressemblance avec la pré-Commune et la Commune elle-même. Il est bien évident qu’on ne saurait avoir la prétention d’être complet. Mais notre but est d’aider nos amis de province à découvrir ce qui dans l’histoire locale concerne de près ou de loin la Commune. Cet essai n’a rien d’original, nous utilisons les travaux de Maurice Moissonnier, de Jacques Girault, de M. Boivin, d’A. Olivesi, de Jeanne Gaillard, de l’équipe qui a travaillé sur la région grenobloise. Et surtout, avec son autorisation (nous l’en remercions), nous exploitons une chronologie établie par Jacques Rougerie sur la base des travaux de ses étudiants (Patricia Nouchimowitz, Chantal Giovanetti, Jeannine Martin-Krick, Claude Orio (bulletins 3 et 4 de l’Institut d’histoire économique et sociale de l’université de Paris 1).

Août 1870

8. Manifestation au Creusot.
7-9. Marseille, des milliers de manifestants avec Gaston Crémieux, Rouvier, Naquet s’emparent de l’hôtel de ville.
13. Lyon, le notaire Lentillon proclame la déchéance de l’Empire. Emeute écrasée.
23-24 Manifestation à Arquian (Nièvre].

Septembre 1870

4. A Lyon, à Marseille, la République est proclamée, avec installation de comités de salut public. Le drapeau rouge apparaît à Foix, Varilhes, Pamiers (Ariège), à Nantes, à Rennes, à Avignon. A Grenoble, la foule oblige le maire à démissionner.
5. Marseille arbore le drapeau rouge, création d’une commission départementale et d’une garde civile.
A Grenoble, expulsion du conseil municipal.
A Bordeaux, formation d’une commission municipale provisoire.
6. A Grenoble, création d’une commission municipale provisoire.
A Lyon, arrivée de Challemel-Lacour.
7. A Marseille, arrivée d’Esquiros.
13. Bakounine quitte Locarno pour Lyon.
15. Lyon, élections municipales. Le Comité de salut public se transforme en un Comité central fédératif qui demeure auprès du conseil municipal élu.
18. Marseille, formation de la Ligue du Midi pour la défense de la République.
20. A Saint-Étienne, les Internationaux forment un comité central républicain.
22-24. A Rouen, formation par les Internationaux d’un comité de vigilance.
24. A Nîmes, réunion des délégués départementaux de la Ligue du Midi.
28. Emeute à Lyon, dispersée par la Garde nationale.

Octobre 1870

1-3. A Marseille, constitution définitive de la Ligue du Midi.
7. Garibaldi acclamé à Marseille.
16. A Marseille, Esquiros est révoqué par Gambetta.
17-19 Marseille, manifestation en faveur d’Esquiros et contre Dufraisse, désigné par la délégation de Tours.
Lille, manifestation organisée par un comité républicain socialiste.
25. A Toulouse, déclaration de principes de la Ligue du Sud-Ouest.
27. Bazaine capitule à Metz.
29. A Lyon, formation d’une commission départementale.
A Grenoble, manifestation contre le commandant militaire Du Barral.
30. A Grenoble, manifestation à la nouvelle de la capitulation de Metz.
31. Manifestations à Nîmes, Toulouse, Grenoble, Saint-Etienne.

Novembre 1870

1. Réunion publique à Rouen.
A Marseille, à l’appel de Cluseret, Bastelica, proclamation de la Commune.
2. Marseille, heurts entre gardes civiques et gardes nationaux. Arrivée de Gent, commissaire extraordinaire de Gambetta.
3. Toulouse, le préfet Duportal, ancien déporté de 1848, révoque tous les magistrats qui ont, pendant l’Empire, siégé dans les « commissions mixtes  » .
3-4. Lyon, échec d’une insurrection conduite par le Comité central fédératif.
6. Bordeaux, projet de proclamation d’une Commune.
Lyon. Challemel-Lacour dissout le Comité central fédératif et arrête 32 de ses membres. Challemel-Lacour sera ministre de Jules Ferry et président du Sénat.
7. A Marseille, les gardes civiques, chassés de la préfecture, sont fondus dans la Garde nationale.
13. Marseille, élections municipales (les révolutionnaires sont battus).

Décembre 1870

5. Rouen, échec d’une tentative insurrectionnelle pour s’emparer de l’hôtel de ville.
6. Bordeaux, mutineries dans la Garde nationale.
10. À Lyon, dissolution des Chantiers nationaux.
19. Nuits-Saint-Georges, les deux légions de volontaires lyonnais sont écrasées.
20. Lyon, émeute.
23. Agitation à Saint-Étienne.
25-31. Tumultes à Lyon.
28. Dissolution officielle de la Ligue du Midi.

Janvier 1871

1. Bordeaux, manifestation de la Garde nationale.
Limoges, début de la grève des ouvriers porcelainiers.
9. Marseille, Esquiros quitte la ville.
28. Conclusion de l’armistice.
29. Bordeaux, manifestation contre l’armistice.
Marseille, le préfet des Bouches-du-Rhône écrit à Jules Favre : « Je n’obéis pas au capitule de Bismarck  ».
30. Lyon, démission du préfet du Rhône Challemel-Lacour.
31. Gent, préfet des Bouches-du-Rhône, refuse de publier le décret annonçant les élections législatives.

Février 1871

3. Lyon, désordres.
6. Bordeaux, démission de Gambetta.
Marseille, démission de Gent.
8. Elections à l’Assemblée nationale.
11. Le Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris décide l’envoi de délégués en province, parmi lesquels Albert Leblanc, membre de l’Internationale.
12. Réunion de l’Assemblée nationale à Bordeaux.
17. Thiers désigné comme chef du pouvoir exécutif de la République française.
21. Agitation à Saint-Étienne.
26. Préliminaires de paix conclus à Versailles.
Agitation à Saint-Étienne.

Mars 1871

3. Lyon, en signe de deuil, pour trois jours, le drapeau noir remplace le drapeau rouge sur la mairie.
8-9. Grève à Roubaix.
10. Le drapeau rouge est planté à La Charité-sur-Loire.
12. A Epinac, les mineurs arborent un drapeau tricolore sur un arbre de la liberté.
13. A Epinac, les mineurs en grève.
22. Mouvement insurrectionnel à Marseille.
23. Proclamation de la Commune à Lyon et à Marseille.
24. Manifestation à Nîmes.
Proclamation de la Commune à Narbonne.
A Toulouse, les officiers de la Garde nationale se prononcent pour la Commune. Mais l’ordre est rétabli rapidement.
25. A Saint-Etienne, l’hôtel de ville est envahi.
Manifestations à Tarbes et Chalon.
26. A Auch, manifestation.
A Saint-Etienne, le préfet, M. de l’Espée, est tué.
Proclamation de la Commune au Creusot.
27. Commune de Perpignan.
Des troupes venues de Lyon arrivent à Saint-Etienne.
Landeck et May, délégués du comité central de la Garde nationale, arrivent à Marseille accompagnés d’Amouroux, membre de la Commune.
28. A Saint-Etienne, les insurgés doivent quitter l’hôtel de ville et un hobereau local, Vital de La Rochetaillée, enlève le drapeau rouge.
L’ordre est rétabli au Creusot.
30. La Garde nationale de Marseille reste neutre dans le conflit armé.
31. L’armée donne l’assaut à la Commune de Narbonne.
Crémieux dissout le conseil municipal de Marseille et convoque les électeurs.

Avril 1871

3. « La Tribune de Bordeaux » lance l’idée d’un congrès des villes républicaines.
4. Troubles à Limoges. Le général Espivent de Villeboisnet donne l’assaut à la Commune de Marseille.
5. Au Havre, le club Bernardin-de-Saint-Pierre se prononce pour la Commune.
Manifestation à Vierzon.
9. Manifestation de chômeurs à Laval. Manifestation d’ouvriers à Auxerre.
10. Montereau, émeute en faveur de la Commune.
Mouvement insurrectionnel à La Charité-sur-Loire.
11. Manifestation à Boulogne-sur-Mer, à Compiègne, à Annonay (Ardè¬che).
11-13 Périgueux, manifestations. Les gardes nationaux et les cheminots résistent pendant deux jours aux forces de l’ordre.
12-15. Nouvelles manifestations à Boulogne.
14. Rouen, Internationaux et radicaux décident d’aller soutenir la Commune les armes à la main.
15. Manifestation à Auxerre.
15-18. Mouvement insurrectionnel à Cosne (Nièvre) et à Saint-Amand (Cher).
16. Manifestations à Pouilly, Castres, Annecy, Grenoble.
17. Manifestation à Bordeaux.
Tentative de Commune à Voiron, Tullins, Saint-Marcellin.
18-19. Le drapeau rouge est aboré à Neuvy (Nièvre).
19. Déclaration de la Commune au peuple français. (voir l’affiche)
Manifestations plus ou moins importantes à Bayonne, Fleury-sur-Loire, Arquian, Saint-Amand-en-Puisaye, Clamecy, Gien.
21. Grève et manifestation à Moreuil (Somme). Intervention des troupes prussiennes.
Tulle arbore le drapeau rouge.
25. Manifestations à Montlucon et à La Palisse ..
La ville de Bordeaux lance des invitations pour un congrès des municipalités.
27. Castres, échec d’une manifestation.
28. Manifestation au Havre.
La Commune de Paris lance sa proclamation «  Au peuple des campagnes  ».
30. Premier tour des élections municipales.
Manifestations à Sarlat, Agen, Vallières (Creuse), Nice, Carpentras, Maurs (Cantal), Reims.
Tentative d’insurrection au faubourg de la Guillotière, à Lyon.
Thiers (Puy-de-Dôme), occupation de l’hôtel de ville.

Mai 1871

1. Un drapeau rouge flotte au fronton du théâtre de Montargis.
3. Opposition au départ des trains de canons pour Versailles à Foix et à Varilhes (Ariège).
7-8. Mouvement insurrectionnel à Montereau.
8-9. Drapeau rouge à Vierzon.
12-15. Des envoyés de la Commune de Paris essayent de soulever la Nièvre.
14. A Lille, manifestation anti-versaillaise de soldats du 75e de ligne.
14. Lyon, congrès « privé » des conseillers municipaux de la vallée du Rhône.
17-24. Anzin, grève des mineurs.
17. Emeute paysanne à Parthenay (Deux-Sèvres).
17-18. Moulins, congrès des journalistes radicaux.
19. Sablé (Sarthe), troubles sur le marché.
20. Les délégués du congrès de Lyon sont reçus à Versailles et à Paris.
21. Saint-Pierre-des-Corps, agitation parmi les troupes que l’on envoie sur Paris.
22. A Blois, manifestations de ces mêmes troupes.
A Tours, tentatives pour empêcher les soldats d’aller à Versailles.
Troubles à Romans, à Albi.
22-30. Troubles à Pamiers. Ils du¬rent pendant neuf jours. Il faut l’intervention de la troupe.
24. Nouvelle émeute paysanne à Parthenay.
Manifestation à Vienne. Troubles à Voiron.

En dehors des lieux cités dans la chronologie qui précède, voici, classées par département, les agglomérations où on enregistre des témoignages de sympathie pour la Commune :

Allier : Montluçon ; Alpes-de-Provence : Digne, Manosque, Oraison, Riez, Valensole ; Ardennes : Nouzon ; Ariège : Lavelanet ; Aude : Carcassonne ; Bouches-du-Rhône : Aix ; Calvados : Bayeux ; Charentes-Maritimes : Rochefort ; Cher : Bourges, Néronde ; Corrèze : Ussel ; Creuse : Aubusson, Bourganeuf ; Doubs : Besancon Montbéliard ; Ille-et-Vilaine : Renne ; Indre : Issoudun ; Isère : Voiron ; Haute-Loire : Le Puy ; Loiret : Dordives, Gien, Nogent-sur-Vernisson ; Mayenne : Laval ; Meurthe-et-Moselle : Nancy ; Morbihan : Hennebont ; Nièvre : Fourchambault, Guérigny ; Nord : Saint-Soupplets, Templeuve, Valencienne ; Oise : Creil, Senlis ; Orne : Argentan ; Pas-de-Calais : Calais, Montreuil ; Pyrénées-Atlantiques : Pau ; Hautes-Pyrénées : Tarbes ; Pyrénées-Orientales : Céret ; Saône-et-Loire : Cluny, Mâcon ; Sarthe : Pontvallain ; Seine-et-Marne :
Château-Landon, Coulommiers, Nemours, Souppes ; Somme : Amiens ; Tarn : Mazamée ; Var : Brignoles, Cuers, Draguignan, Le Lude ; Vaucluse : Avignon, Pernes, Saint-Didier ; Sarrians, Veilleron ; Yonne : Tonnerre, Dixmont.

Evidemment les témoignages en faveur de la Commune ont des dimensions bien différentes. Dans quelques villes, il y a eu des Communes. Ailleurs il s’agit de manifestations ou d’attroupements. Ici on arbore le drapeau rouge. Là on s’efforce d’empêcher les soldats de partir pour Versailles. Dans certaines agglomérations à dominance ouvrière, les revendications se mêlent à la solidarité en faveur des Communards de Paris. Quoi qu’il en soit, la Commune a été moins isolée qu’on ne le dit. Nous avons cité bien des noms de lieux. Nous souhaitons pouvoir la compléter grâce aux recherches de nos lecteurs. Les manifestations en province ne sont pas seulement des manifestations de solidarité envers Paris. Elles ont leur caractère propre. On a pu parler avec raison d’un communalisme provincial. Il est marqué par une profonde tradition républicaine (souvent plus républicaine que socialiste). Ce n’est pas par hasard que réapparaissent dans cette chronologie des départements dont en 1851 les habitants (paysans, artisans, petits bourgeois) s’étaient fait remarquer par leur hostilité au coup d’Etat.
Toutefois, il ne convient pas de s’en tenir à la filiation républicaine. On constate aussi que, comme l’a écrit Maurice Moissonnier, « les Mouvements les plus importants ont bien lieu là où l’Internationale bénéficie d’une implantation réelle et là où l’action gréviste des années 1869-1870 a laissé des traces en aguerrissant et en éduquant les travailleurs ».

Jean Bruhat


[1Article de Jean Bruhat paru dans La Commune, revue d’histoire de l’association des Amis de la Commune de Paris 1871, n°6, mars 1977.


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