DE COURBET À REBEYROLLE

jeudi 10 décembre 2015

Près de Limoges, la petite ville d’Eymoutiers, où naquit Paul Rebeyrolle, abrite un centre d’art qui lui est consacré. Chaque année une exposition actualise le souvenir de ce grand peintre décédé il y a dix ans. Après Ernest Pignon-Ernest l’année dernière, voici une rétrospective de l’œuvre de Rebeyrolle dédiée à soixante ans de peintures et de sculptures voulues réalistes par l’artiste lui-même. Cette affirmation signe sans aucun doute une référence aux positions prises par Courbet lors de la construction de son « Pavillon du réalisme  » en 1855.

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Rebeyrolle, La truite, 1953

Son amour de l’humain, de la nature sauvage, des animaux, de la matière picturale et des grands formats suffirait à établir la filiation, mais il actualise l’engagement de Courbet par une plongée dans les horreurs du XXe siècle avec des œuvres comme Faillite de la science bourgeoise, Natures mortes et pouvoir ou Les panthéons. Il renouvelle aussi le dessin, devenu expressionniste, ainsi que la matière qui n’est plus seulement faite de peinture à l’huile mais qui contient des éléments naturels, terre, mousses, fourrure, œufs et des objets, fils électriques, tôles, grillages, sacs.

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Rebeyrolle, La truite à la mouche, 1996

Les hommages plus explicites de Rebeyrolle à Courbet commencent en 1993 et ont déjà été présentés au musée d’Ornans, mais l’exposition en cours permet d’en voir ou revoir une grande partie et de découvrir des peintures qui n’y font pas directement référence, mais n’en sont pas moins marquées par ses thèmes d’après la Commune comme Les Truites de 1950 ou, plus chargées affectivement comme La truite et la mouche de 1996 où le gros poisson est hameçonné vivant.

“ Que le malheur qui pèse sur l’homme
est grand !... Semblable à un poisson
dans un épervier, de quelque côté
qu’il se tourne dans la société,
il rencontre une maille. ”

Gustave Courbet, après la Commune

C’est dans la série «  À propos de Courbet  » qu’apparaissent les hommages les plus appuyés, ceux à L’origine du monde ou au Sommeil dit aussi les Dormeuses. Rebeyrolle y recadre le torse féminin faisant apparaître une aisselle non rasée et une main dans un réalisme affirmé. La toile la plus grande est intitulée Les deux amies et affirme un érotisme plus explicite encore que celui de la peinture de Courbet.

Toutes ces œuvres appartiennent à des collections particulières, l’État ne s’étant pas particulièrement investi dans la reconnaissance de l’œuvre de Rebeyrolle, comme d’ailleurs auparavant dans celle de Courbet. On peut rappeler à ce sujet que Rebeyrolle fut un des fondateurs du salon de la Jeune Peinture et un opposant culturel, à l’image des résistants de cette terre limousine qui l’avait vu naître.

EUGÉNIE DUBREUIL

Exposition à l’Espace Paul Rebeyrolle, jusqu’au 30 décembre 2015, 87120 Eymoutiers — Tel : 05 55 69 58 88


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