Dalou, le sculpteur communard

dimanche 5 mai 2013

Evénement très attendu, l’exposition Dalou [1], le sculpteur de la République, présentée au Musée du Petit Palais à Paris, met l’accent sur ses œuvres monumentales. Cette première grande rétrospective rend à l’artiste la place qu’il mérite dans la sculpture française du XIXe siècle, à l’égal de Rodin, qui réalisa son buste [2].

Jules Dalou (1838-1902) participe activement à la Commune, d’abord en tant que capitaine du 83e bataillon de la Garde nationale, puis au sein de la Fédération des artistes. A ce titre, il est nommé administrateur adjoint au Musée du Louvre. Condamné aux travaux forcés à perpétuité pour « participation à l’insurrection », il s’exile à Londres, où il connaîtra un certain succès auprès des amateurs d’art anglais.

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Jules Dalou (1838-1902)

Il rentre en France en 1879, à la faveur de la première amnistie des communards. La Ville de Paris lui commande alors son oeuvre la plus célèbre, Le Triomphe de la République, destinée d’abord à être érigée sur la place du même nom. Son chef d’œuvre fut aussi son cauchemar : il lui faudra vingt ans pour en voir l’achèvement en bronze [3]. Le groupe de sculptures représente les figures de la Liberté, la Justice, la Paix et l’Abondance. Il sera finalement inauguré en 1899, au centre de place de la Nation, comme pour défier, à l’autre point cardinal de Paris, l’Arc de Triomphe, symbole d’une France militariste et conquérante. Preuves de la fidélité de son engagement à la Commune, Dalou est l’auteur de deux des plus beaux monuments funéraires du Père-Lachaise : le gisant de Victor Noir et celui de Blanqui.

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Monument aux ouvriers, étude en terre cuite de Jules Dalou

Il meurt en 1902, sans avoir achevé l’œuvre qui lui tenait le plus à cœur, son Monument aux ouvriers, dont on peut voir les études en terre cuite dans l’exposition du Petit Palais. Près de trois cents pièces y sont présentées : des sculptures, mais aussi des peintures, des dessins et des photographies, en grande partie inédites. La visite peut se prolonger au Musée Cognacq-Jay (8, rue Elzévir, Paris IIIe), avec l’exposition Dalou, regards sur le XVIIIe siècle (du 18 avril au 13 juillet), qui montre l’influence de Pigalle, Houdon ou Clodion sur son oeuvre.

John Sutton


[1Dalou (1838-1902), le sculpteur de la République, du 18 avril au 13 juillet. Musée du Petit Palais, av. Winston Churchill, Paris VIIIe. Tél : 01 53 43 40 38 petitpalais.fr

[2Les amis communards de Rodin, Eugénie Dubreuil, article paru dans La Commune n° 48.

[3Amélie Simier, Daniel Imbert et Guénola Groud, Dalou à Paris, éditions Paris musées (2010).