Hugo politique

dimanche 5 mai 2013

Nous entrons dans la Maison de Victor Hugo dans l’impatience de voir la manière dont on a ici choisi de nous présenter le parcours politique de notre grand auteur populaire et national. Curieux aussi de découvrir ce qui a été retenu du jugement porté par Victor Hugo sur la Commune.

Exposition à la Maison de Victor Hugo, du 14 mars au 25 août 2013, 6, place des Vosges, 75004 Paris ; entrée plein tarif : 5 euros et tarif réduit : 3,50 euros ; ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Quatre îlots thématiques : peine de mort, misère, laïcité et enseignement, violence en politique font le point sur ces préoccupations constantes chez Hugo et jalonnent un parcours chronologique, le mieux adapté à l’évolution politique de cet homme dont la vie, les écrits et les actes se sont inscrits tout au long du XIXe siècle.

Ce que l’on pourrait prendre pour de l’opportunisme politique est en réalité chez Hugo tout simplement une évolution : c’est l’éveil d’une conscience à l’écoute de l’humanité.

Né d’une mère vendéenne et d’un père général bonapartiste, il est à la fois bercé dans le royalisme et le bonapartisme, partagé donc entre un soutien à la monarchie et une admiration pour Napoléon Bonaparte. La première véritable entrée en politique de celui qui est déjà académicien et pair de France est un faux pas : son soutien à Louis-Napoléon Bonaparte en 1848.

Paradoxalement, c’est cette erreur d’appréciation qui propulse Hugo grand auteur engagé et humaniste. Le coup d’état du 2 décembre 1851, perpétré par le prince-président, le contraint à l’exil : il quitte la France pour Bruxelles, incognito, avec sur la tête, la casquette du typographe Lanvin qui est exposée et que le visiteur contemple avec une certaine émotion.

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Le 18 mars 1871, les communards témoignent à Victor Hugo leur sympathie en laissant passer le cortège funéraire de son fils. Illustration de Daniel Vierge

L’exposition nous le montre à plusieurs reprises : Hugo n’est pas un homme politique à proprement parler ; son sentiment politique naît de ce qu’il voit, de son empathie. Et c’est surtout dans ses œuvres et dans ses discours que l’on perçoit la conscience politique : c’est ainsi que ses pensées politiques se sont perpétuées et qu’elles sont encore si vivaces. Une petite salle est d’ailleurs réservée à la projection de moments d’actualités à l’Assemblée nationale où les députés évoquent régulièrement Victor Hugo.

Que voit alors Hugo ? Un peuple ignorant et voué à la misère ; les horreurs de la guerre et de la peine de mort.

Depuis l’exil, il incite le peuple à s’insurger contre Napoléon III. La lithographie d’Honoré Daumier représentant l’Aigle impérial écrasé par Les Châtiments est explicite : la parole devient action et Hugo invite le peuple à s’insurger en criant : « Lazare, Lazare, lève-toi ! », mais c’est l’ennemi prussien qui aura raison du Second empire, en 1870.

Son éphémère participation à l’Assemblée de Bordeaux, nouvellement élue, lui permet d’accueillir Garibaldi dont nous pouvons lire une lettre de remerciements à Hugo, à côté de laquelle une lettre de Louise Michel au «  Poète » commence ainsi : « Puisqu’on exécute les républicains sous la République…  ».

Au-dessus de la vitrine, sur le mur, une citation donne le ton : « Je suis pour la Commune en principe, et contre la Commune dans l’application. » Victor Hugo ne soutient pas la Commune, et il sera absent de Paris pendant toute sa durée.
En effet, il est parti à Bruxelles régler la succession de son fils Charles ; le premier jour d’insurrection de la Commune, le 18 mars 1871, les communards lui témoignent néanmoins leur sympathie en laissant passer le cortège funéraire de son fils : un tableau exposé en témoigne.
Dès la Semaine sanglante, l’humaniste toujours du côté des opprimés accorde son soutien aux communards, leur proposant l’asile de sa maison de Bruxelles ; le 8 janvier 1872, il lance un appel « Au peuple de Paris » en faveur de l’amnistie pour laquelle il milite jusqu’en 1880.

La fin de cette exposition est consacrée aux derniers combats du grand homme pour la laïcité et une instruction publique pour tous. Nous avons même l’agréable surprise de découvrir, sur le thème de la laïcité, une affiche du IIIe arrondissement pendant la Commune de Paris.

Les dernières images évoquent les funérailles nationales de l’écrivain, mais c’est à peine si le visiteur les remarque. En effet, lorsqu’il franchit le seuil de cette maison pour retrouver la place des Vosges, il lui apparaît comme une évidence que tout comme la Commune, la pensée de Victor Hugo n’est pas morte !

MICHÈLE CAMUS


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