JEFF KOONS, Collectionneur De Courbet

samedi 22 septembre 2018

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Le projet de Jeff Koons au Trocadéro

De temps en temps, une vaste polémique artistique occupe le milieu parisien, puis elle s’essouffle et s’oublie. Le centre Beaubourg construit par un Italien, la pyramide du Louvre par un Américain d’origine chinoise, la Grande bibliothèque en sont les derniers exemples.

L’artiste Jeff Koons alimente une nouvelle polémique depuis qu’il a offert « au peuple de France et à la ville de Paris  » le concept d’une sculpture monumentale de 12 mètres, Bouquet de tulipes, en hommage aux victimes des attentats de 2015. Cet artiste, le plus cher du monde, en est aussi le plus scandaleux et, accessoirement, le plus grand collectionneur privé de Courbet.

Sa cote artistique s’est envolée il y a une dizaine d’années avec la mise en vente d’œuvres de la série Célébration, débutée en 1994. Il a exposé dans la foulée près d’une vingtaine d’œuvres au château de Versailles. La polémique autour de ce « cadeau » réveillerait-elle l’antagonisme historique des Parisiens et des Versaillais qui, depuis 1871 au moins, se regardent en chiens de faïence ? Justement, voici un exemple de la démarche artistique de Jeff Koons. Son œuvre Ballon dog, représentant un chien en ballon-tige de plastique tordu et noué comme on le fait pour amuser un enfant dans une fête, est édité par l’artiste à 2300 exemplaires en porcelaine métallisée. Ce paradoxe sur la confusion des matériaux est caractéristique de la méthode de l’artiste.

Du jouet à l’art, Jeff Koons travaille en s’amusant. Son mariage avec la députée italienne dite « La Cicciolina », ex-vedette du porno, sera l’occasion de nombreuses mises en scènes photographiques où il apparaît nu avec elle. Par ailleurs, il n’hésite pas à faire appel à un prix Nobel de physique pour réaliser l’installation Two ball tank, avec deux ballons de basket. Son art met en évidence et en gloire les objets de consommation de la culture populaire dite Pop.

Jeff Koons s’amuse-t-il encore lorsqu’il propose la réalisation de son énorme sculpture à la ville de Paris ? Le choix de l’emplacement, non loin de la « Flamme de la liberté  », offerte par les USA à l’occasion de la restauration de la non moins énorme statue de la Liberté du port de New York, offerte par la France aux États-Unis, n’est pas forcément le plus consensuel. D’autant plus que la question du prix de ce cadeau en acier, bronze et aluminium n’est pas encore très claire. Il est en principe financé par des mécènes en échange de déductions fiscales. Mais qu’en sera-t-il du coût de l’installation ?

Courbet a été le grand peintre du réalisme, à l’époque où l’on ne peignait que des sujets convenus en faveur des puissants. Jeff Koons ne manque pas de réalisme quant au bon fonctionnement de la vache capitaliste avec en plus une certaine distance.

En attendant de trouver l’endroit idéal pour son bouquet de tulipes qui, d’ailleurs, ressemble étrangement à un bouquet pour la paix naguère dessiné par Picasso, ne pourrait-on pas l’inviter à participer à la célébration du bicentenaire de la naissance de Courbet ou au 150e anniversaire de la Commune de Paris, en ajoutant à sa gigantesque sculpture une petite peinture de Courbet tirée de sa collection ? Voilà qui pourrait réconcilier tout le monde.

EUGÉNIE DUBREUIL


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