JULES HÉREAU 1829-1879

samedi 8 décembre 2018

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Jules Héreau d’après F. Mulnier (1879)

Jules Héreau est l’exemple le plus spectaculaire de la politique répressive à l’encontre des artistes qui avaient participé à la Commune et qui, en ce qui le concerne, a broyé sa vie. Pourtant, après des études à l’école des Beaux-Arts, il avait entamé une carrière de peintre et de graveur, au cours de laquelle il rencontra de nombreux succès, tant dans les salons, où il fut plusieurs fois médaillé, qu’auprès de la critique, qui reconnut sa sensibilité de paysagiste peignant ou gravant sur le motif. Il est particulièrement attiré par la Normandie et la Bretagne. Il participe dans les années 1850 au groupe des peintres qui se retrouvent à Barbizon à l’Auberge du père Ganne, à la fois épicerie, restaurant et hôtel bon marché, dans laquelle une joyeuse ambiance règne, avant d’aller peindre en plein air dans la forêt de Fontainebleau [1]. Ses eaux-fortes sont également très appréciées. Durant la Commune, il est élu au comité de 47 membres de la Fédération des artistes et siège très régulièrement aux réunions quotidiennes. La commission de la Fédération propose Achille Oudinot comme administrateur des musées du Louvre, et Héreau et Dalou lui sont adjoints pour l’assister. Héreau veut protéger les musées contre le vandalisme et souhaite éviter les combats dans le Louvre.

Il n’est pas inquiété après la Commune et part souvent à l’étranger (surtout en Angleterre) pour peindre et graver.

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Jules Héreau, Ferme normande (vers 1862) Huile sur toile

Curieusement, c’est trois ans plus tard qu’il est arrêté à son domicile, amené en détention préventive à la prison du Cherche-Midi pendant un mois, avant d’être traduit devant le 3e conseil de guerre, qui le condamne à six mois de prison pour usurpation de fonctions publiques. Mais ce n’est pas fini : Maxime du Camp, le polémiste violemment anti-communard, l’accusera encore quelques années plus tard d’avoir voulu mettre le feu au Louvre. Malgré ses dénégations dans la presse, Héreau sort de ces épreuves brisé, avec le sentiment d’être victime d’un complot ; il n’expose plus aux Salons, se retire à Honfleur où il continue de peindre. Son ami peintre Amédée Besnus raconte dans un livre de souvenirs [2] ses rencontres avec Héreau : « Il faisait des études de paysages pour échapper à ses tortures morales et se ressaisir s’il le pouvait. Mais, hélas ! rien n’y fit, et il roula constamment depuis, dans sa tête affolée, les plus sinistres projets d’en finir une bonne fois… Pauvre Jules Héreau ! »

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Jules Héreau Scène animée au
centre de Londres (v. 1872-1874)

Il meurt dans un accident (ou un suicide ?) à bord d’un train à impériale, sa tête ayant heurté la paroi d’un tunnel sous la place de l’Europe à Paris, en février 1879. Sa mort suscita une grande émotion dans le milieu artistique qui organisa une vente de bienfaisance à l’Hôtel Drouot au profit de sa veuve et de ses deux enfants.

PAUL LIDSKY


[1L’auberge a été transformée en musée. On peut voir dans la salle à manger des officiers une peinture de Héreau : La cueillette de pommes.

[2Amédée Besnus, Mes relations d’artistes, Paris, Paul Ollendorff, 1898.


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