L’HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS
CONNUE JUSQU’EN EN CORÉE DU SUD

dimanche 6 mars 2016

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À l’université de Jeon-Nam à Qwangju

Lors de la Fête de L’Humanité en septembre 2015, Stephen, coordinateur du « Corean International Forum » et Saenal sont venus nous rencontrer.

Ils s’intéressent à l’histoire de la Commune et, après avoir consulté notre site, souhaitent nous inviter en Corée pour y tenir une conférence sur l’histoire de la Commune pour des étudiants dans quelques universités. 2015 est le 35e anniversaire du soulèvement populaire de Qwangju, qui s’est déroulé du 18 au 27 mai 1980 et a été réprimé violemment par le pouvoir. Pour nos interlocuteurs il est important de faire un lien entre ces deux événements. À Qwangju, du 22 au 26 mai, une organisation populaire se mettra en place dans cette ville isolée du reste du pays. Ce voyage s’est donc déroulé du 22 au 27 novembre 2015.

Le programme est bien organisé : du lundi au jeudi se déroule la conférence sur l’histoire de la Commune de Paris-1871. Plusieurs rencontres sont également prévues avec diverses associations : l’Alliance Coréenne, le Comité d’histoire, une association de femmes et des habitants de Séoul qui travaillent sur les collectivités territoriales.

Arrivée à l’aéroport le 23, je suis accueillie par Saenal, rencontrée à la Fête de l’Humanité. Elle va être mon guide, mon interprète durant tout ce séjour. Je l’informe que je souhaite terminer mes conférences en chantant Le Temps des Cerises ; cette proposition lui convient.

Après un petit moment de repos à l’hôtel, nous nous rendons à l’Université de Séoul, où se déroule la première conférence. Elle est organisée sous la forme d’un débat avec Lee Byung Chang professeur à l’université Dong-A de Busan, qui a étudié la Commune. Il me pose des questions précises qui me permettent de parler de l’histoire de la Commune. Les étudiants prennent la parole pour avoir des précisions.

Le 24 au matin, nous allons rencontrer le secrétaire général du Comité d’histoire. Il évoque le problème des manuels scolaires que la présidente du pays [1] veut faire réécrire dans une version «  officielle ». La lutte pour que ce manuel ne soit pas utilisé est très difficile. Je ne manque pas de lui faire le parallèle avec nos manuels qui occultent la période de la Commune.

Puis nous nous rendons à l’Université de Seo-Gang de Séoul pour la deuxième conférence. Les étudiants suivent attentivement la conférence et posent ensuite leurs questions.

Nous terminons la journée autour d’un repas avec deux responsables de l’Alliance Coréenne et les pasteurs progressistes en lutte contre la répression en Corée du sud.

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Au nouveau cimetière

Le 25, nous prenons le train pour Qwangju. Nous sommes reçues par l’organisatrice de la conférence et un jeune étudiant qui va nous faire visiter le cimetière où sont enterrées les victimes de la répression en mai 1980. Nous rencontrons la « gardienne » du cimetière, une femme émouvante qui nous parle de toutes les victimes de la répression. Elle m’invite à commémorer, dans la tradition coréenne, les victimes qui sont pour la plupart des étudiants.

(La révolte de Qwangju est un soulèvement populaire et syndical qui s’est déroulé du 18 au 27 mai 1980. Elle était dirigée contre la dictature de Chun Doowan qui avait mis fin, en décembre 1979, à la brève période démocratique qui avait suivi l’assassinat, en octobre, du dictateur précédent, Park Chung-hee. Les manifestants protestaient contre la loi martiale, contre la censure, pour l’augmentation des salaires. L’armée répondit par un bain de sang qui fit plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de victimes.
En 2002 furent créés un cimetière national et une journée commémorative (le 18 mai), pour « dédommager  » les victimes et « restaurer leur honneur ».)

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Avec Saenal

À 19 heures, nous nous retrouvons à l’Université Jeon-nam de Qwangju pour la troisième conférence. Comme lors des précédentes conférences, les échanges sont nombreux. L’étudiant qui nous a reçus exprime le souhait d’obtenir des conseils de notre association pour faire connaître la commune de Qwangju à tous les étudiants. Nous reprenons ensuite le train pour Séoul.

Le 26, avec Saenal, je fais un petit « brin de tourisme  » dans un quartier de Séoul avant d’aller retrouver, dans un restaurant traditionnel, les amis de l’Alliance Coréenne

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Rencontre à Seodeemon

qui souhaitent me remercier d’être venue. Dans l’après-midi nous rencontrons les habitants de Seodeemon (une association de femmes et des militants associatifs) qui veulent connaître la Commune, avoir des exemples de mesures prises par les communards. Ils me parlent de leurs activités locales, de leurs luttes pour améliorer la vie des habitants de Séoul. La dernière conférence se déroule le soir à l’Université de Corée.

La participation aux conférences est non négligeable : de 25 à 50 participants. Comme prévu, à la fin de chacune des conférences, je chante Le Temps des Cerises. Dès la troisième conférence, la traduction de la chanson en coréen est projetée en surimpression sur le power point.

Lors de la dernière conférence, un détail m’a beaucoup touchée. Les étudiants de « Tous ensemble », qui ont participé à la préparation des différentes rencontres, osent interpréter la chanson qui avait été écrite durant la révolte de Qwangju.

Les étudiants ont par ailleurs posé des questions sur les événements du 13 novembre et les migrants. Je leur ai expliqué ce qu’était notre association, ni un parti, ni un syndicat, notre but : faire connaître l’œuvre de la Commune, mais je leur ai fait part de mon vécu et de mes réactions personnelles face à ces événements.

Ils m’ont remerciée d’être venue de si loin pour leur parler de la Commune. Je leur ai rappelé que, sans cette invitation, je ne me serais pas retrouvée au milieu d’eux. Pour moi c’était très important et émouvant de leur faire découvrir ce moment de l’histoire qui a servi d’exemple dans le mouvement ouvrier international.

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Les étudiants coréens devant le Mur des Fédérés le 30 décembre 2015

Le 27 novembre, c’est le retour vers Paris. Le mercredi 30 décembre, j’ai retrouvé à Paris, accompagnée de Joël Ragonneau et de Zef Prigent, Saenal et une cinquantaine d’étudiants coréens devant le mur des Fédérés, début de leur voyage culturel en Europe.

FRANÇOISE BAZIRE


[1L’actuelle présidente est la fille du dictateur Park Chung-hee assassiné en 1979.


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