L’humour du Canard se déchaîne

dimanche 5 mai 2013

Un article du Canard Enchaîné du 23 janvier dernier nous rappelle qu’un haut relief de Jules Dalou, chargé de la réouverture des musées pendant la Commune, est visible dans la salle des mariages de la mairie du Xe arrondissement de Paris.

Le sujet, éminemment pacifiste, évoque La Fraternité des peuples. On y voit, autour d’enfants joyeux, un soldat nu brisant son arme et deux hommes s’embrassant fougueusement au-dessus d’un tambour et de divers trophées militaires. Le journal satirique se réjouit de cette effusion virile à l’heure du mariage pour tous. De là à y voir l’avant-garde de la gay-pride, c’est un pas que nous ne franchirons pas.

Dans le même numéro, un autre artiste de la Fédération des artistes bénéficie d’un long article d’André Rollin, intitulé Le révolutionnaire traditionnel, à l’occasion de la parution du livre de l’académicien Frédéric Vitoux, Voir Manet (Fayard). L’auteur y entreprend une sorte de révision de la figure de l’artiste allant jusqu’à le qualifier «  d’inventeur du passé  » courant après la légion d’honneur.

Certes, Édouard Manet, ami de Courbet, quitte Paris après le Siège en février 1871, pour rejoindre sa femme et son fils, et n’a pas participé à la Commune, mais son nom est publié dans la liste de la commission fédérale des artistes et il n’a pas demandé de rectificatif comme François Millet. La Semaine sanglante à peine terminée, il revient à Paris avec l’ami Degas pour constater l’ampleur de la répression. Enfin, après plusieurs mois de dépression nerveuse, il se retrouvera exclu des commandes officielles, les autorités lui reprochant ses sympathies communardes. Il est vrai que l’histoire de l’art n’est pas une science exacte et qu’elle est susceptible de remises en perspective à tous moments, mais il n’en reste pas moins vrai que Manet, le républicain, a eu le courage de s’enrôler contre les Prussiens plutôt que de s’enfuir dare-dare comme Zola à Marseille, Monet et Pissaro à Londres, ou rester sagement comme Cézanne à Aix-en-Provence, pour ne rien dire de Fantin-Latour réfugié dans sa cave, comme le reconnaît l’auteur.

EUGÉNIE DUBREUIL