LE SCULPTEUR ÉMILE DERRÉ À MONTMARTRE

samedi 7 avril 2018

C’est en 1906 que le sculpteur Émile Derré, auteur d’un très grand nombre d’œuvres immortalisant Louise Michel, réalise cette fontaine mystérieuse cachée derrière le funiculaire, au pied des escaliers de la butte Montmartre.

Le square ne portait pas alors le nom de la « grande citoyenne », mais celui de Willette, un artiste montmartrois, ami d’anciens communards, tel Jean Baptiste Clément pour lequel il fit, en illustration de la chanson Le Temps des cerises, un très joli dessin d’une jeune vendeuse de cerises arrêtée par deux gendarmes. Cependant Willette eut la très mauvaise idée, en 1889, de se présenter aux élections comme «  unique candidat d’une liste antisémite  ». « Un canular de mauvais goût » dira la presse plus tard ! Reste qu’il n’est pas chassé de Paris pour autant puisque, dans l’Hôtel de Ville de la capitale, nous trouvons une très belle salle portant son nom.

Un recoin, masqué par les arbres, dissimule donc cette fontaine ornée de beaux enfants rieurs. Le petit garçon nu, irrévérencieux, que sa mère tient dans les bras pourrait, si la fontaine était généreuse, tenter de nous arroser. Un Manneken-Pis parisien en quelque sorte, très discret et qui attire moins de curieux que le petit Bruxellois.

Derré est bien le sculpteur de Louise, puisqu’il réalise son buste installé sur sa tombe au cimetière de Levallois-Perret. Voici toujours, à Levallois-Perret, une très belle statue en pied de Louise Michel, posant une main protectrice sur la tête d’un enfant. Autre surprise, le sculpteur est encore l’auteur d’un chapiteau dit La colonne des baisers. Une œuvre qui fut primée lors de l’Exposition universelle de Paris en 1900, portant en fronton sur quatre faces la représentation de quatre baisers. Deux des baisers donnés le sont par Louise Michel.

L’histoire de cette colonne est racontée dans le bulletin n° 16 de notre association. Cet article rappelle le travail de chercheur de notre ami Georges Aillaud, récemment disparu, lequel, par sa ténacité, réussit à sauver cet ouvrage abandonné, cassé en trois morceaux, dans le jardin de la Manufacture des Gobelins. Installé primitivement dans le jardin du Luxembourg, il avait été sacrifié en 1984 par François Mitterrand sur l’autel de la politique, au profit de l’érection, à sa place, d’une statue de Mendès-France [1]. Le chapiteau se trouve aujourd’hui, après une très longue histoire, restauré et installé à Roubaix, place de la mairie.

Même si toutes ces œuvres donnent une image consensuelle de Louise Michel, bien loin d’une représentation de la combattante révolutionnaire, anarchiste (ce qui peut laisser à penser qu’elles furent acceptées plus facilement dans les milieux officiels), il reste que l’héroïne de la Commune l’inspirait beaucoup.

Quant à la fontaine au pied de la butte Montmartre, dite La Fontaine des Innocents, elle se fait modestement oublier au bénéfice de son homonyme, œuvre magnifique d’un autre sculpteur très célèbre, Jean Goujon, dans le 1er arrondissement de Paris.

Pourtant notre discrète fontaine mériterait, par sa fraîcheur et ses très beaux visages d’enfants rieurs, beaucoup plus d’intérêt. Sur le socle, on distingue comme une ombre sortant d’un autre univers, presque irréel, un autre visage de femme. Un visage sérieux, au regard observateur… Derré aurait-il là encore voulu évoquer « la grande citoyenne » ? On peut en tout cas se plaire à l’imaginer.

Le souvenir de la Commune à Montmartre a fait que le sculpteur côtoie ainsi, dans ce square Louise Michel, son modèle, pour lequel il avait tant d’admiration.

CLAUDINE REY


[1Le nombre de statues dans le jardin du Luxembourg doit rester immuable.


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