La Commune toujours présente à Montmartre

samedi 2 mars 2013
par  Pierre

Après deux ans de travaux, le Musée de Montmartre a réouvert ses portes. Une salle est
dédiée à la Commune dont le souvenir était encore vivace quand fut créé, en 1881, le cabaret
du Chat noir auquel une exposition est consacrée jusqu’à la fin mars.

Dans la salle évoquant la Commune,
une affiche officielle, datée du 17
octobre 1870, annonce une souscription
pour «  l’achat de canons se chargeant
par la culasse
 ». Elle est signée du maire du
XVIIIe arrondissement, Georges Clemenceau.
Le 18 mars, il tentera en vain de s’opposer à
l’exécution des généraux Lecomte et Thomas.
Clemenceau entretiendra toute sa vie une
amitié avec Louise Michel et plaidera pour
l’amnistie générale des communards, aux côtés
de Victor Hugo et de Louis Blanc. La vitrine
principale de la salle du musée contient un
agrandissement photographique des canons
entreposés au champ des Polonais. Le dessinateur
Pilotell évoque cet événement fondateur
sous la forme d’un dialogue entre deux personnages.
Thiers : « Emparez-vous de ces canons !  »
L’officier de la Garde nationale : « Est-ce que les
Prussiens n’ont pas leur compte ?
 ».

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Canons de la Garde nationale entreposés sur le "Champs des Polonais"

Pilotell dessinait dans La Rue, le journal de Jules
Vallès. Pendant la Commune, il fut nommé
directeur de l’École des Beaux-Arts et délégué
du Musée du Luxembourg. C’est à Montmartre
que tout a commencé et c’est ici que tout a
fini, avec la construction de la hideuse basilique
du Sacré-Coeur, bâtie pour expier les
«  péchés  » des communards. Trois photographies
montrent les différentes étapes de sa
construction, achevée en 1919. Mais, les
Montmartrois n’ont pas mérité de se voir imposer
cette « meringue » géante. «  Ils furent
les plus ardents défenseurs de la Commune,
prônant la volonté d’un monde sans guerre,
égalitaire, fraternel, libre et cultivé
 », proclame
un panneau du musée.

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La tournée du Chat noir, 1896 affiche dessinée par Alexandre Steinlen

DU CHAT NOIR AU LAPIN AGILE

Des gravures représentent les barricades des
places Blanche, Pigalle et Clichy sur lesquelles
les femmes de Montmartre se sont battues
vaillamment pendant la Semaine sanglante. Le
buste en plâtre de la plus célèbre d’entre elles,
Louise Michel, figure en bonne place dans une
vitrine du musée. Après sa déportation en
Nouvelle-Calédonie, elle fera un retour triomphal
à Paris, le 9 novembre 1880. L’esprit de
révolte n’était pas mort comme le montra un
an plus tard la création du cabaret du Chat
noir
, à Montmartre, resté un quartier frondeur.
Dès son ouverture, en 1881, par Rodolphe
Salis, Le Chat noir fut le rendez-vous des avant-gardes
artistiques, littéraires et musicales de
Paris, autour du chansonnier Aristide Bruant, de
l’humoriste Alphonse Allais, du dessinateur
Alexandre Steinlen, auteur de plusieurs gravures
sur la Commune, et des compositeurs et
pianistes Erik Satie et Claude Debussy. Le Chat
noir
donna même son nom à une revue littéraire
à laquelle collabora Verlaine. En juin
1885, le cabaret déménagea en fanfare du
boulevard Rochechouart à la rue Victor-Massé.
Ce second Chat noir est célèbre pour son théâtre
d’ombres chinoises. Le poète et chansonnier
anarchiste Gaston Couté s’y produisait
dans les années 1900. De ces cabarets montmartrois,
seul subsiste aujourd’hui Le Lapin
agile
, dont l’enseigne originale est d’ailleurs
conservée au musée Montmartre. Son auteur,
le dessinateur André Gill, membre de la
Fédération des artistes pendant la Commune,
a donné son nom au fameux cabaret. Grâce à
un jeu de mots, le lapin à Gill est devenu Le
Lapin agile
.

John Sutton

Musée de Montmartre, 12 rue Cortot, Paris XVIIIe.
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h.
Tél : 01 49 25 89 39 • museedemontmartre.fr


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