La Garde Nationale

mardi 20 mars 2012

LES ORIGINES

Le 13 juillet 1789, le Comité permanent des électeurs parisiens décide de mettre sur pied une garde nationale de 48 000 hommes (800 pour chacun des 60 districts) pour assurer le maintien de l’ordre dans la capitale. Sur proposition du district des Filles St. Thomas, son commandement est confié au marquis de Lafayette.
Des gardes semblables s’organisent dans toutes les villes grandes ou moyennes. Le recrutement varie selon les régions mais est surtout réservé aux citoyens aisés dits citoyens actifs (électeurs payant une contribution directe égale à 3 journées de travail).
Le règlement de la garde nationale est établi par décret du 12 juin 1790. Le 14 octobre 1791, le service de la garde sera obligatoire pour les citoyens actifs de 18 à 60 ans. Mais en janvier 1793, la garde nationale va se démocratiser, elle sera l’émanation des sections.
Mise en veilleuse sous le consulat et l’Empire, la garde nationale, dont le recrutement reste limité aux contribuables les plus imposés, n’aura qu’un rôle effacé sous Louis XVIII, et Charles X en ordonne la dissolution le 29 avril 1827.
Reconstituée en 1830, elle prend une part active aux trois glorieuses. Réorganisée par les lois du 28 mars 1831, elle devient le principal soutien du règne de Louis Philippe jusqu’en février 1848 où elle refuse de défendre le roi et passe à la Révolution.
Mais en juin 1848, la garde nationale des quartiers de l’ouest de Paris et de nombreux gardes venus de province participe avec l’armée à l’atroce répression de l’insurrection des ouvriers révoltés par la misère et la dissolution des ateliers nationaux. Trompés par la propagande réactionnaire, les gardes nationaux sont persuadés que les insurgés veulent détruire la République.
Peu active et réduite à 24 000 hommes sous le second empire, la garde nationale va prendre un nouvel essor avec la guerre franco-prussienne. Le recrutement, très lent au début du conflit, (le gouvernement de la Défense nationale se défie des masses) s’accélère avec les premiers revers. Les 60 bataillons initiaux sont composés d’éléments plutôt bourgeois, mais les 60 suivants sont recrutés dans les quartiers populaires.
Dés la fin de septembre 1870, 254 bataillons sont formés et bientôt 300 000 hommes sont mobilisés. Une solde de trente sous est accordée aux nécessiteux qui sont très nombreux en raison du chômage (en 1870, l’industrie parisienne occupe 600 000 personnes, au début de 1871, ce chiffre est tombé à 114 000 dont 62 000 femmes - G. Bourgin - La Commune). De milice bourgeoise la garde nationale est devenue une milice populaire et républicaine dressée contre l’impéritie du gouvernement de la Défense Nationale face à l’envahisseur prussien.

COMPOSITION DE LA GARDE

Affiche de la Garde NationaleLa garde Nationale est composée de 20 légions ayant un Numéro correspondant à celui de leur arrondissement respectif. Chaque légion comprend plusieurs bataillons dont le nombre varie en fonction de la population de l’arrondissement concerné. Ainsi le 11e arrondissement, le plus peuplé, a 26 bataillons et le 7e arrondissement, parmi les moins peuplés, en a 6. Chaque bataillon est formé de quatre compagnies de Marche (ou de guerre) et de 4 compagnies sédentaires. L’effectif d’une compagnie est environ de 125 hommes.
L’uniforme de la garde Nationale se compose d’un pantalon bleu foncé, à bande rouge, d’une tunique de même couleur à boutons dorés, d’un képi bleu foncé à passepoil rouge avec le numéro du bataillon, d’une capote bleu ciel à boutons dorés, d’une couverture de laine, d’un ceinturon avec cartouchière et porte baïonnette et d’un fusil transformé dit à tabatière bientôt remplacé par le chassepot. En réalité, beaucoup d’hommes sont loin d’être équipés de cette manière réglementaire et la fantaisie supplée souvent à l’absence de moyens.

ELECTION DES CADRES

Carte de bataillonUne loi du 2 septembre 1870 informe qu’il sera procédé à l’élection des officiers, sous-officiers et caporaux dans les bataillons de la garde Nationale de la Seine (élections confirmées par la circulaire du 6 septembre 1870).
Dans le décret du 16 Octobre 1870 concernant la Mobilisation d’une partie de la garde Nationale, il est spécifié art. 4 les officiers, les cadres des sous officiers et caporaux seront soumis à l’élection pour chaque compagnie - art.8 les officiers des 4 compagnies de guerre formant un bataillon de guerre éliront leur chef de bataillon.
L’élément blanquiste est prépondérant dans les états-majors de bataillon, l’Internationale est aussi présente mais à un degré moindre - les bataillons de l’ordre sont nettement minoritaires.
Ce grand principe démocratique de l’éligibilité des chefs de la garde nationale était à double tranchant.
Il permettait d’élire des hommes dévoués à la Révolution mais dont la science militaire pouvait être insuffisante.

LE PREMIER SIEGE

L’intervention de la garde Nationale dans la tentative insurrectionnelle du 31 Octobre 1870 a renforcé la méfiance du gouvernement de la défense Nationale envers ces soldats citoyens hostiles à la discipline des armées permanentes et mal préparés aux combats hors des murs de la capitale.
Pour tempérer l’ardeur patriotique et républicaine de la garde Nationale, Trochu gouverneur de Paris, et les généraux du gouvernement sont résolus à faire une saignée dans les rangs de ces révolutionnaires. Et le 19 janvier 1871, 84 000 hommes dont 19 régiments de la garde Nationale s’emparent de la redoute de Montretout et du parc de Buzenval. Mais Trochu ordonne la retraite et les bataillons comprirent, comme l’écrit Lissagaray, " qu’on les avait fait sortir pour les sacrifier ".
Le 22 janvier, une nouvelle tentative insurrectionnelle est durement réprimée. L’armistice du 28 janvier 1871, la capitulation de Paris vont précipiter la formation du Comité central de la garde Nationale qui va fédérer les différents bataillons.
Conformément à l’imprudente demande de Jules Favre, ministre des affaires étrangères, l’article 7 de l’armistice stipulait " La Garde Nationale conservera ses armes, elle sera chargée de la garde de Paris et du maintien de l’ordre " Bismarck avait pourtant attiré l’attention de son compère sur les dangers de cette disposition pour le parti de l’ordre. La garde Nationale va pouvoir défendre par tous les moyens possibles la république mise en péril par la majorité monarchiste élue à l’assemblée de Bordeaux le 8 février 1871.

LE COMITÉ CENTRAL

Le 15 février 1871, au Tivoli - Vaux-Hall. 16, rue de la Douane, se réunirent les délégués de la Garde Nationale envoyés par 18 arrondissements de Paris (seuls les 1er et 2ème arrondissements n’étaient pas représentés). Une commission provisoire chargée d’élaborer les statuts du Comité Central fut élue.
Les statuts délibérés dans l’assemblée générale du 24 février étaient précédés d’une déclaration préalable :
La République, étant le seul gouvernement de droit et de justice, ne peut être subordonnée au suffrage universel.
La Garde Nationale a le droit absolu de nommer tous les chefs et de les révoquer dès qu’ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont élus, toutefois après enquête préalable destinée à sauvegarder les droits sacrés de la justice.
La Garde Nationale se sentant menacée de désarmement, " avait cherché le salut dans l’application du grand principe socialiste : l’autonomie et la fédération, c’est-à-dire l’indépendance du groupe et l’association libre des groupes entre eux ".(Arthur Arnould - membre de la Commune - 4e arrdt.).
Le 15 mars 1871, lors de la 4ème assemblée, 215 bataillons ont adhéré à la Fédération républicaine de la Garde Nationale.
Le Comité de la Garde Nationale est définitivement constitué :
1) de 2 délégués par arrondissement, élus sans distinction de grade par le conseil de légion.
2) D’un chef de bataillon par légion, délégué par ses collègues.

LA PRISE DU POUVOIR

Le 18 mars 1871, après l’échec de la reprise des canons des parisiens par Thiers, le Comité Central prend le pouvoir et place un certain nombre de ses membres à la direction de tous les organismes politiques et administratifs : aux Finances, Varlin et Jourde ; à l’Intérieur, Arnaud et Grêlier, que remplace bientôt Edouard Vaillant ; à la Guerre, Eudes ; aux Postes, Combutz ; Assi au commandement militaire de l’Hôtel de Ville ; Duval et Rigault à la préfecture de police ; Edouard Moreau délégué à l’Imprimerie Nationale et au Journal Officiel. Ce dernier, " l’âme du Comité Central " est l’auteur des remarquables proclamations de la période pré communale.
En attendant l’élection de la Commune, le Comité prit des mesures politiques et sociales de première urgence : levée de l’état de siège, liberté de la presse, mise en liberté des détenus politiques, suspension de la vente des objets mis en gage au Mont de Piété, échéances prorogées, interdiction de toute expulsion de locataire,...
Jusqu’au début de la Semaine Sanglante, le Comité Central fut la seule organisation militaire ayant quelque autorité sur les fédérés. Les délégués à la guerre successifs ne comprirent pas le caractère spécifique de cette armée nouvelle de soldats-citoyens.

LE COMBAT

Après la malheureuse sortie sur Versailles du 3 Avril 1871, la confiance dans les dirigeants s’effrita de jour en jour. Les conflits de pouvoir entre la Commune et le Comité Central, le mauvais fonctionnement de la délégation à la guerre - les échecs répétés, achevèrent de refroidir les plus tièdes.
D’autre part, les rapports mensongers de l’organisateur des légions, le colonel Michel Mayer, plongeaient les parisiens dans une euphorie rassurante. Mais alors que sur le papier, la Garde Nationale avait un effectif de 200 000 hommes (une moitié dans les compagnies de guerre et l’autre dans les compagnies sédentaires), la réalité était bien différente ; dans le courant d’avril, l’armée de la Commune était environ de 40 000 hommes ; ce chiffre s’amenuisa au fil des jours.
Selon Lepelletier " vers la fin de la lutte, on eut bien des difficultés à mettre en ligne une dizaine de mille hommes. Trois mille vaillants tinrent seulement le fusil au début de la dernière semaine. Il n’y eut pas plus de 1200 désespérés à partir du mercredi 24 mai, derrière les barricades du boulevard Voltaire, de la Butte-aux-cailles, de la rue Saint Maur et du Père Lachaise ". Mais ces fidèles défenseurs de la Commune et de la République démocratique et sociale résistèrent à des forces cent fois supérieures, arrimés par un idéal indéfectible et l’espoir de l’avènement d’un monde meilleur.
Malgré sa victoire, la grande bourgeoisie avait eu très peur, pour conjurer toute tentative nouvelle de soulèvement populaire, l’assemblée de majorité monarchiste, dans sa séance du 25 août 1871, prononça la suppression définitive de la Garde Nationale.

Dossier réalisé sous la direction historique de Marcel CERF
Avec l’aide précieuse de Céline Toumazet


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