La République de la Commune

jeudi 5 avril 2012

Au moment où nos lecteurs recevront ce bulletin, nous serons en plein cœur d’échéances électorales importantes pour notre pays. Et dans moins d’un an, les électeurs auront à élire leurs conseils municipaux. C’est dire si la question de la démocratie est au cœur des questions dont nous avons à débattre.

Or l’apport de la Commune à la démocratie est considérable. Certes nous devons comprendre la Commune dans son contexte et dans un réseau d’héritages et d’influences ou de sensibilités très divers. En 1871, la République était loin d’être acquise et le gouvernement de Versailles était issu d’une Chambre à majorité monarchiste. Ainsi la lutte de la Commune est-elle aussi une lutte pour la République et pour les libertés essentielles (presse, réunion, manifestation, conscience...).

C’est d’ailleurs pour une grande part, qui ne lui est pas suffisamment reconnue, grâce à la Commune que la République est devenue notre régime commun. Mais pas celle dont rêvaient les Communards !

Un autre aspect particulier tient au statut de Paris, maintenu dans un rang mineur et sous la tutelle étatique, ne disposant ni d’un maire, ni d’un conseil municipal élu sous le Second Empire. La Commune est ainsi aussi une révolution pour la démocratie communale et le droit de Paris, sans que pour autant soient clairement résolus les rapports de la capitale à la nation. Cependant là encore cette idée d’autonomie n’est pas si absente de nos débats d’aujourd’hui.

Mais l’essentiel est dans l’action de la Commune. Afin de mettre en place une démocratie nouvelle, approfondie, agissante, cette action se situe à deux niveaux : la transformation des institutions et l’intervention populaire. L’une ne va pas sans l’autre. La Commune a bouleversé les modes de fonctionnement étatistes. Si elle s’appuie et compte sur les élections pour sa légitimité, elle organise son « gouvernement » de telle façon que le peuple en soit en quelque sorte toujours le maître. Les élus ne sont que les mandataires du peuple, ils ne peuvent qu’appliquer ce pour quoi ils ont été élus. Ils sont responsables devant la souveraineté populaire et révocables à tout moment. Gouvernement du peuple, la Commune compte des élus du peuple.

Aucune assemblée n’a compté un nombre aussi élevé d’ouvriers, d’employés, de très petites classes moyennes en son sein. Quand on pense qu’il n’y a dans la Chambre des députés sortante que 1 % d’ouvriers, on voit le chemin à accomplir ! Ce peuple ce sont aussi les étrangers, les femmes (encore privées du suffrage mais ô combien présentes dans la Commune). Enfin, la Commune est un État où les forces de l’ordre perdent de leur rôle oppressif : suppression de l’armée permanente et de la Préfecture de police, la Garde nationale étant la seule force chargée de l’ordre.

Ce dispositif important et que nous n’avons qu’esquissé ne prend force qu’avec une intervention populaire, qu’avec la participation du peuple dans ses clubs, dans les réunions, dans les associations, sociétés ou syndicats, par la presse ou les manifestations. Nous savons combien cette vie démocratique a été riche pendant la Commune.

Enfin, la démocratie, ce ne peut être aussi que la démocratie sociale. La Commune a largement ouvert ce chemin qui fait que le travailleur, comme le citoyen, doit bénéficier des droits du peuple. En associant réellement les syndicats à ses projets, en ouvrant des ateliers à statut associatif gérés par les travailleurs, la Commune n’a pas négligé cette dimension essentielle de la démocratie.

Au fond la réflexion sur la Commune ne fonde pas un modèle, mais elle nous permet de dégager des exigences démocratiques sur lesquelles les candidats à quelque élection que ce soit doivent s’engager. C’est le sens d’un appel que nous avons adressé aux candidats. Ainsi la Commune est-t-elle toujours plus vivante.

Jean-Louis Robert


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