La vie tumultueuse d’Auguste Bartholdi

jeudi 5 mars 2015

Qui se souvient d’Auguste Bartholdi ? Qui reconnaît en lui le sculpteur de la statue de la Liberté à New-York et du Lion de Belfort ? Pourtant sa vie tient du roman. Il rencontre Garibaldi et participe aux combats de 1870 près de Colmar, sa ville natale, où un musée retrace sa vie.

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Dans la cour du Musée Bartholdi, à Colmar, le bronze « Les Grands soutiens du monde », 1902.

Le 13 septembre 1870, Auguste Bartholdi est nommé adjudant major du 1er bataillon. Les ordres du préfet du Haut-Rhin sont précis : « Vous prendrez les armes à trois heures du matin, sans bruit et sans donner l’éveil. Vous vous porterez sur la route à Horbourg, à environ un kilomètre de la ville. Si les forces ennemies sont trop nombreuses, vous vous replierez sur Colmar  » [1]. A la tête d’une escouade, Bartholdi se précipite à leur rencontre. Le combat s’engage sur le pont de Horbourg, très vite en défaveur des Français, qui compteront plusieurs tués. « Les Badois vainqueurs de cent-cinquante francs-tireurs et d’une centaine de gardes nationaux occupaient triomphalement la ville de Colmar avec tout un corps d’armée », écrit-il dans son journal. Le sculpteur édifiera le monument funéraire des trois francs-tireurs morts au combat. En octobre 1870, Bartholdi est nommé aide de camp de Garibaldi, commandant de l’armée des Vosges, composée de francs-tireurs volontaires. « Entre les deux hommes naît une véritable amitié. Ils parlent de politique, de philosophie et de religion. Ils se découvrent des convictions communes  » [1].

Le 13 février 1871, à l’Assemblée repliée à Bordeaux, Victor Hugo prend la défense du « seul général ayant combattu pour la France, qui n’ait pas été vaincu  ». Bartholdi accompagnera le combattant à la chemise rouge jusqu’à son retour en Italie. Le 15 février 1871, il note dans son journal : « Adieux émouvants. Garibaldi nous embrasse. »

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Études en terre cuite pour « Le Lion » de Belfort. Musée Bartholdi, Colmar

UN LION COLOSSAL ET TERRIBLE DANS SA FUREUR

Proche des républicains modérés comme Léon Gambetta et Adolphe Crémieux, tous deux ministres du gouvernement de la Défense nationale, Bartholdi condamne la Commune qu’il accuse de diviser la France. Fin 1871, la ville de Belfort décide d’ériger un monument commémoratif en hommage aux 103 jours de résistance de la population face aux Prussiens [2]. A la stupéfaction de la municipalité, Bartholdi lui propose de sculpter, sous la citadelle qui domine la ville, « un lion colossal harcelé, acculé et terrible encore dans sa fureur ». Achevée en 1880, la statue mesure 11 m de haut sur 22 m de long. Dans la salle du Lion de Belfort, située au premier étage du musée de Colmar, une vitrine présente plusieurs maquettes en terre cuite du monument. Après le Lion, Bartholdi s’attaquera à une statue encore plus démesurée : La Liberté éclairant le monde, plus connue sous le nom de statue de la Liberté, pour célébrer le centenaire de l’indépendance des États-Unis (1776-1876). Le musée de Colmar possède la maquette la plus ancienne (1870) conservée à ce jour, ainsi que les photos originales des différentes étapes de sa construction dans l’atelier de la rue de Chazelles, près du parc Monceau, à Paris. « Mon œuvre sera gigantesque, exécutée avec des plaques de cuivre repoussé, martelées et rivées. (…) Vous, Gustave Eiffel, le magicien du fer, pourrez-vous la réaliser ? Lui demande le statuaire [1] ».

LA LIBERTÉ DOMINANT LES TOITS DE PARIS

« J’ai déjà en projet une grande tour, qui viendra se poser au centre de Paris, mais votre idée me plaît. Il faudra redouter les tempêtes et la corrosion de l’air marin. La charpente intérieure sera difficile à édifier. Quelles seront les dimensions de l’œuvre ?  » «  La Liberté fera 46 m de haut. Environ 100 m avec le socle de 3 m de large, lui répond Bartholdi. La tête mesurera un peu plus de 5 m, le bras droit 13 m sans la torche ; l’index de la main 2,5 m. J’estime le poids général autour de 225 tonnes  » [1]. Bientôt le corps de la statue s’élève au-dessus des toits de Paris, attirant de nombreux curieux dans l’atelier. Parmi lesquels Victor Hugo qui effectuera sa visite une fois l’œuvre achevée, le 29 novembre 1884, quelques mois avant sa mort. Malgré ses 82 ans, le poète voulut gravir les dix étages à l’intérieur de la statue, mais on l’en dissuada. Quelques mois plus tard, il écrira ces mots à Bartholdi : «  La forme au statuaire est tout et ce n’est rien. Ce n’est rien sans l’esprit ; c’est tout avec l’idée  » [2].

JOHN SUTTON

Musée Bartholdi : 30 rue des Marchands, 68000 Colmar
Tél : 03 89 41 90 60 www.colmar.fr et www.culture.fr


[1Pierre Vidal et Christian Kempf, Bartholdi par l’esprit et par la main, les créations du Pélican (2000).

[2La Toilette du lion de Belfort, article paru dans le bulletin La Commune, n°44.