Laïcité 2005

samedi 24 mars 2012

Selon les définitions convergentes des textes de loi, des dictionnaires contemporains et de Monsieur Ernest Renan (1823 -1892), la Laïcité se définit comme une situation de neutralité de la société civile à l’égard des religions. Le laïcisme qui en découle est une doctrine donnant aux institutions et aux administrations des états laïcs leur caractère non religieux ou areligieux - si vous digérez le néologisme -, donc officialisant leur indépendance de pensée et d’organisation. D’où, en France, une laïcisation qui assure la liberté de conscience aux citoyens garantissant le libre exercice des cultes mais séparant nettement l’esprit confessionnel de l’enseignement officiel.

Ainsi, la laïcité « à la française » précise comment les Églises et autres porteurs de mystères d’ outreterre n’ont aucun pouvoir politique et pourquoi l’État, de son côté, ne prétend à aucun pouvoir religieux. Voilà qui est clair. Et ça n’est pas le moindre mérite des pères fondateurs de la République que d’avoir formalisé la chose lors de la Révolution de 1789. Le danger venait, déjà à cette époque, des croyances à un mysticisme incorporé et de leurs zélateurs ... , idéologues du pouvoir royal héréditaire ... , naïfs ensoutanés ... , vendeurs de jours d’indulgence payables en ce monde et livrables dans l’autre .... , pieux à calinotades ... , machiavéliques sermonnaires ... , prometteurs de bonheur « post-mortem » et autres responsables d’épanchements de synovie dus à la fréquence des agenouillements.


Cependant, il en vient toujours de nouveaux, même si certains de ces dogmatiques ont troqué la soutane de la tradition pour de plus discrets costumes gris. En fait, hormis l’apparence, les « curetons » en veston n’ont guère changé. Certes, ils ont mis un peu d’eau dans leur vin de messe et, nonobstant les nostalgiques de Monseigneur Lefèvre, certains sont devenus partisans de la démocratie. Mais, leur hiérarchie avance à la soupe comme sous la Monarchie, la main droite pour bénir et l’autre tendue vers le grisbi. Sur ce plan, leur lobbying semble aussi efficace que le défilé des syndiqués de la S.N.C.F. quand ils vont de la République à la Nation. En effet, les curés d’Alsace et de Moselle sont toujours payés par l’État français. Et, pour ne pas parler uniquement de nos traditions occidentales, les mosquées se construisent aujourd’hui comme les églises chrétiennes, avec la complicité des municipalités et des Conseils généraux des deux bords. En effet, avides de réélection, François H., Nicolas S. et les autres ratissent de plus en plus large. Mais il y a plus étonnant encore. L’État est le propriétaire de très nombreuses cathédrales et églises utilisées contractuellement par le clergé catholique. Cependant, ces prestigieuses propriétés de style roman, gothique ou flamboyant représentent un coût d’entretien exorbitant pour les citoyens français qui ne sont pas tous des fous de la messe.

En ce début de XXle siècle, les évêchés semblent parfaitement satisfaits de la situation mais, détail amusant, certains regrettent de ne pouvoir ajouter leurs nouveaux endroits de prière à ceux qui sont entretenus par la République depuis 1905. Utilisant ces lieux restés à leur disposition, ils pensent sans doute que l’hospitalité leur est due « gratis pro deo » et « ad vitam aeternam ». Or l’ambition des ensoutanés de l’Islam est évidemment d’en faire autant. En effet, pourquoi l’imam n’aurait pas, lui aussi, sa tribune « gratis pro Allah » pendant la nuit des temps [1] ?

Ainsi, sans rentrer dans les méandres et les « non dits » du financement de l’enseignement privé, cette autre boîte à malices qui mérite une analyse spécifique, on peut dire que la frontière limitant les pouvoirs du temporel et du spirituel était précise et volontariste à l’origine de notre République, qu’elle est devenue floue au fil de petits arrangements démagogiques avant de devenir aujourd’hui poreuse. Voire porteuse d’éventuels conflits dont celui des « écolières porteuses de voile » est un exemple.

Parallèlement, de nos jours, l’utopie politique donne rarement l’envie de se lever aux aurores pour aller voter, le travail n’apporte pas facilement l’aisance et la joie de vivre aux citoyens et nous battons ainsi des records d’abstention lors des élections. En revanche, durant ce temps perturbant, la « Française des Jeux » et le « Pari Mutuel Urbain » battent des records de chiffre d’affaires. Nous n’en sommes plus à « Panem et Circenses » qui marqua la fin de l’Empire romain, mais nous avançons insoucieusement vers « Loto et R.M.I. ».

Les députés et sénateurs, traditionnels initiateurs ou accompagnateurs des lois de la République, feraient bien de s’interroger sur cette question, gênante à plus d’un titre : « Est-ce que notre Laïcité va s’échouer, telle une vieille barcasse, sur les rives des lobbys religieux dans l’indifférence de citoyens qui consacrent annuel­lement des milliards d’euros à deux nouvelles croyan­ces : le Tirage et le Grattage ? » Question subsidiaire : « Faudra-t-il faire entretenir par l’Etat ces nouveaux lieux de culte que sont les bistrots-tabac ? ».

Claude Chanaud


[1Je trouverais à la fois pittoresque et Justifié qu’un hommage soit rendu au Culte Protestant et au Dalaï Lama qui ne quémandent pas de budget auprès de l’Etat français.