Le scandale Courbet

dimanche 11 mars 2012

CourbetVoilà un peintre qui a su faire parler de lui, qui a cherché à entrer en contact avec le public du Salon unique, ce salon dans lequel il était indispensable d’exposer pour vivre de son art. Médiatique, il l’a été bien avant que l’on invente ce mot. Ses oeuvres, sa personne ont été caricaturées, ses idées déformées, son action cachée, si bien qu’un siècle et demi après sa mort, il reste à découvrir comme cette œuvre intitulée « l’Origine du monde » qui sidère encore les visiteurs du musée d’Orsay.

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L’Origine du monde, 1866, huile sur toile, Paris, Musée d’Orsay

Héritier de la révolution de 1789 par son grand père, il assiste à celle de 1848 et participe à la Commune en tant qu’élu du VIe arrondissement et président de la Fédération des artistes qui compte alors entre et 200 et 400 peintres, sculpteurs, graveurs, dessinateurs… Pourquoi cette popularité ? C’est qu’il a osé faire bâtir une baraque en 1855 pour montrer ses oeuvres refusées par le jury de l’Exposition universelle et qu’il en a profité pour diffuser son esthétique sous la forme d’un « Manifeste du Réalisme » ; c’est qu’il a osé refuser la Légion d’honneur en 1870 au moment où le Second Empire vacillant se cherche des alliés. Dans sa lettre de refus, il affirme que « l’Etat est incompétent en matière d’art. Quand il entreprend de récompenser, il usurpe sur le goût du public ».

Franc-maçon, il cherche à mettre ses idées de démocratie en pratique, d’abord dans ses oeuvres comme « l’Enterrement à Ornans » ou « l’Atelier », mais aussi en politique, et il sera chargé par la Commune de faire rouvrir les musées fermés depuis la défaite de Sedan, ce qu’il fera.

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L’Atelier du peintre (détail), 1855, huile sur toile, Paris, Musée d’Orsay

En même temps, la Commune vote la démolition de la colonne Vendôme vue comme un monument à la « force brutale, une affirmation du militarisme, une négation du droit international ». Les bas-reliefs de bronze avaient été fondus avec les canons ennemis des victoires du Ier Empire et la statue posée au sommet avait été changée régulièrement au gré des gouvernements de 1814 à 1870. Courbet voulait que l’on dépose les bas-reliefs de Bergeret aux Invalides dans un souci de conservation. La colonne sera déboulonnée le 16 mai ; cinq jours après, les troupes de Versailles entrent dans Paris et la répression commence.

Ornans

Un enterrement à Ornans, 1849-1850, huile sur toile, Paris, Musée d’Orsay

Courbet sera arrêté chez un ami, interné à l’Orangerie de Versailles puis aux Grandes Écuries, passé en conseil de guerre où il sera condamné à six mois de prison. Son atelier, déjà saccagé par les troupes allemandes, sera pillé et, alors qu’il retournera dans sa famille à Ornans, la haine envers les Communards aboutira, en 1873, à une scandaleuse condamnation à payer les frais de restauration de la colonne. On saisit les dernières oeuvres de son atelier, on saisit même chez son marchand Durand-Ruel et à sa banque.

Il ne lui reste qu’à fuir à l’étranger, ce qu’il fait. Il en mourra sans avoir connu l’amnistie.

EUGÈNIE DUBREUIL


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