Les Brigades Internationales et la Commune

samedi 7 avril 2012

La Guerre d’Espagne (1936-1939) a été le premier acte de la Seconde guerre mondiale. Aux côtés des Républicains espagnols combattaient des démocrates de nombreux pays. Des noms d’unités des Brigades internationales faisaient référence à la Commune de Paris.

En avril 1931, une république parlementaire a été proclamée en Espagne. Le 16 février 1936 les partis de gauche gagnent les élections et forment un gouvernement de Front populaire. Le 17 juin, un soulèvement militaire est le prélude à la guerre civile qui durera trois ans. Fin juillet, la partie nord-ouest de l’Espagne est aux mains des rebelles à l’exception des provinces basques.

Les fascistes reçoivent le soutien d’Hitler et de Mussolini. Le premier envoie des armes, des avions avec leurs pilotes, des spécialistes des chars et du renseignement, en tout, suivant les périodes, de 6 000 à 10 000 hommes. Mussolini fournit 60 000 soldats et 600 avions.

Aux demandes d’aide du gouvernement républicain espagnol, les démocraties occidentales opposent un pacte de non-intervention signé, et aussitôt violé, par Hitler et Mussolini. Dès juillet 1936, des démocrates de plusieurs pays se portent au secours de la République espagnole. Ils sont l’embryon des Brigades internationales dont les effectifs s’élèveront à environ 32 000 hommes originaires de 54 pays. Ce sont les troupes d’élites des forces antifascistes en Espagne.

Reportage de L’Estempa sur la Centurie « Commune de Paris »

Ils sont volontaires pour défendre la République espagnole qui, à leurs yeux, symbolise la Commune de 1871. Un bataillon porte le nom de Commune de Paris, un autre celui de Louise Michel. Des volontaires d’Europe centrale combattent dans les bataillons Dombrowski et Wroblewski, du nom de deux généraux polonais de la Commune.

Au début de la guerre, les troupes républicaines réussissent à résister aux attaques des fascistes, notamment en défendant la capitale, Madrid. Mais l’aide de leurs alliés allemands, italiens et portugais permet aux franquistes de prendre l’avantage. En octobre 1937, ils envahissent les provinces basques. Début 1938, ils atteignent la côte méditerranéenne isolant la Catalogne du reste de la résistance républicaine. Le 25 juillet 1938, les Républicains franchissent l’Èbre.

Le 28 octobre 1938, la foule fait ses adieux aux brigadistes sous le panneau du Bataillon Louise Michel.

C’est leur ultime offensive. Aux premiers rangs des combattants, figure le bataillon Commune de Paris. Aux prix de lourdes pertes, il opère une manœuvre de diversion qui permet le succès de l’opération. Les Républicains tiennent la rive droite de l’Èbre jusqu’au 18 novembre. Entre temps, le gouvernement républicain, pour respecter ses engagements internationaux, a demandé le départ des Brigades internationales. Le 28 octobre, à Barcelone, se déroule une cérémonie d’adieu au cours de laquelle Dolorès Ibarruri, «  La Pasionaria  », leur rend un vibrant hommage.

YVES LENOIR

Le 25 juillet 1938 le bataillon Commune de Paris franchit l’Ebre

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ILS ONT REFRANCHI L’EBRE

A l’occasion du 70e anniversaire du retrait d’Espagne des Brigades internationales, les Amis des combattants en Espagne républicaine (ACER) ont organisé un voyage en Catalogne du 23 au 26 octobre 2008. Des plaques rappelant l’héroïsme des combattants du bataillon Commune de Paris ont été inaugurées. Yves Lenoir représentait notre association à ces cérémonies.

L’ ACER (Amis des Combattants en Espagne Républicaine) a célébré, du 23 au 26 octobre 2008, le 70e anniversaire de la « Despedida », le départ d’Espagne des Brigades internationales. A cette occasion, a été inaugurée, à Campredo, sur les rives de l’Ebre, une plaque en souvenir du franchissement du fleuve par la XIVe Brigade internationale, La Marseillaise [1], qui permit le passage du fleuve par des unités républicaines.

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A Camprédo le 24 octobre 2008

Cette plaque, rédigée en français, espagnol et catalan, porte l’inscription : « Aux premières heures du 25 juillet 1938, la XIVe Brigade internationale engagea dans ce secteur l’attaque de diversion qui contribua au succès du « Paso del Ebro » en amont du fleuve par l’armée républicaine ».

Ce jour-là, dans le secteur de Tortosa, les bataillons André Marty, Vaillant-Couturier et Commune de Paris, tentent de franchir le fleuve. Le bataillon Henri Barbusse reste en réserve. A peine les combattants des deux premiers bataillons ont-ils abordé la rive opposée qu’ils sont repoussés par les troupes fascistes. Les 700 combattants du bataillon Commune de Paris franchissent le fleuve, mais ils sont stoppés, après avoir avancé de 400 mètres, au niveau du canal d’irrigation parallèle au fleuve. Les fascistes contre-attaquent et reçoivent le renfort de sept divisions. Dans la journée, des barques traversent le fleuve. Elles emmènent en renfort une soixantaine d’hommes du bataillon Henri Barbusse, et évacuent une centaine de blessés. Le lendemain, 26 juillet, sous les bombes et les balles de l’aviation franquiste, le franchissement du fleuve est devenu impossible. Ce jour-là, le bataillon Commune de Paris est totalement anéanti. Aucun de ses combattants n’échappe au massacre.

Lors des cérémonies d’hommage aux Brigades internationales, les drapeaux de l’ACER, de l’ANACR, des Amis de la Commune de Paris et des Garibaldiens

Aujourd’hui encore, 70 ans après la terrible bataille, les paysans catalans trouvent des ossements de ces héros de la liberté. Mais leur sacrifice n’a pas été vain. Il a permis au gros de l’armée républicaine de franchir le fleuve quelque kilomètres en amont, la résistance des troupes fascistes ayant été affaiblie à cause des renforts envoyés à Campredo.

Les troupes républicaines avancent d’une trentaine de kilomètres en profondeur. Les franquistes mettront trois mois à reconquérir le terrain perdu. Le bataillon Commune de Paris reconstitué avec d’autres interbrigadistes participe avec honneur à ces combats jusqu’au 10 octobre, date à laquelle le gouvernement républicain espagnol, au lendemain des honteux accords de Munich, est obligé de demander aux Brigades internationales de se retirer des combats.

C’était la « Despedida » (les adieux) dont le 70e anniversaire a donné lieu à des cérémonies à Barcelone en présence des survivants de toutes les nations ayant constitué les Brigades internationales.

YVES LENOIR

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Cécile Rol-Tanguy entourée d’anciens interbrigadistes

Le dévoilement de la plaque par Cécile Rol-Tanguy, veuve de l’ancien commissaire de la XIVe Brigade, a donné lieu à une émouvante cérémonie à laquelle participaient, avec leurs drapeaux, des délégations de l’ACER, des Garibaldiens, de l’ANACR (Association nationale des Anciens Combattants de la Résistance) et des Amis de la Commune de Paris.

site de l’acer : www.acer-aver.fr


[1La XIVe Brigade internationale était composée de volontaires français et francophones. Son commissaire politique était Henri Tanguy qui, six ans plus tard, sous le nom de Rol-Tanguy, commandait les FFI d’Ile-de-France lors de la libération de Paris. Membre des Amis de la Commune de Paris, il faisait partie de son comité d’honneur, et participait à la rédaction de sa revue d’histoire, y traitant, notamment, des aspects militaires de la Commune.