Les Communardes pionnières du féminisme

jeudi 12 avril 2012

La Galerie des bibliothèques [1], à Paris, a présenté jusqu’au 13 mars l’exposition « Photos, femmes, féminisme  », évoquant 150 ans de l’histoire des femmes (1860-2010) à travers 200 photos issues des collections de la Bibliothèque Marguerite Durand, qui possède un fonds important sur les femmes et la Commune.

« On ne sait rien de l’admirable activité des femmes, et même les féministes ignorent les trois-quarts de ce qu’ont fait, dans tous les ordres de préoccupations humaines leurs aïeules, leurs mères… ou leurs contemporaines  », écrivait Marguerite Durand, dans les colonnes du journal Le Quotidien, en 1931.

Quelques jours après la parution de cet article, elle fit don de ses collections à la Ville de Paris, fondant ainsi la première bibliothèque féministe officielle. Militante pour le droit des femmes à la Belle époque, Marguerite Durand fonda le journal La Fronde, entièrement rédigé, composé et administré par des femmes. Les Frondeuses se battaient pour le droit de vote des femmes, pour leur éducation et pour l’instauration d’un congé maternité. Outre l’évocation d’André Léo dans la chronologie, une partie de l’exposition est consacrée aux « Femmes engagées, de la Commune aux années MLF ».

Elle est illustrée de plusieurs photographies de communardes, notamment celle de Louise Michel, réalisée par le photographe « versaillais » Eugène Appert. La légende semble extraite de son dossier de police : « Institutrice, ambulancière et combattante, d’abord au 61e C. mais toujours aux avant postes : Issy, Clamart, les Hautes Bruyères avec Eudes, La Cecilia, Dombrowski. À la défaite, ne se cache pas, est prise par les Versaillais et condamnée à la déportation.  »

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Joséphine Marchais, blanchisseuse
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Léontine Suetens
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Hortense David

Les photos d’autres insurgées moins célèbres figurent également dans l’exposition, dont celles de deux blanchisseuses : Joséphine Marchais et Léontine Suétens, et d’une brossière : Hortense David. La première fut prise les armes à la main et déportée à Cayenne. Léontine Suétens participa aux combats à Neuilly, Issy, Vanves et Levallois-Perret et fut blessée deux fois. Quant à Hortense David, vêtue d’un uniforme de la Marine, elle tirait au canon à la barricade de la rue Royale. Son adresse et son courage lui valurent d’être portée en triomphe par ses camarades à l’Hôtel de Ville. Ces clichés d’Eugène Appert ont servi à l’identification et au contrôle des communards, mais ils étaient aussi destinés à la vente dans les boutiques des photographes. Des images devenues des icônes révolutionnaires pendant plus d’un siècle.

JOHN SUTTON


[1Galerie des bibliothèques : 22 rue Malher, Paris IVe. Tél : 01 44 59 29 60. Du mardi au dimanche de 13 h à 19 h.