Les bagnes coloniaux

jeudi 12 avril 2012

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Évasion de Rochefort (Édouard Manet) 1881

La Bibliothèque des littératures policières (Bilipo) [1], à Paris, a présenté jusqu’au 26 février une exposition sur les bagnes coloniaux, qui évoque notamment la déportation des communards en Nouvelle-Calédonie.

La déportation est appliquée aux condamnés politiques à partir de 1848, date à partir de laquelle ils échappent à la peine capitale.

Aux insurgés de 1848 et de 1851, viennent s’ajouter, à partir de 1871, ceux de la Commune, mais aussi de nombreux nationalistes algériens et indochinois, des anarchistes, des antimilitaristes et Alfred Dreyfus, enfermé cinq ans sur l’île du Diable.

Longtemps avant de mourir sur une barricade pendant la Semaine sanglante, Charles Delescluze fut déporté en Guyane de 1858 à 1860, pour ses articles hostiles au général Cavaignac. Il a raconté ses souvenirs dans un livre intitulé De Paris à Cayenne, journal d’un transbordé, présenté dans l’exposition de Bilipo. Une vitrine est spécialement consacrée aux 4 500 communards déportés en Nouvelle-Calédonie. On peut y lire une lettre de Louise Michel du 26 septembre 1871, adressée à M. le Capitaine, rapporteur, Magasins de la gare de l’Ouest, Versailles. « Capitaine, prenez garde d’attacher votre nom aux iniquités qui se commettent, prévient Louise Michel. Vous êtes honnête, tâchez de faire prendre une mesure honnête et brave. Qu’on renvoie donc enfin chez eux ces malheureux qui se meurent de chagrin, et nous, les fanatiques de la cause, qu’on nous déporte tous, ce sera de la justice juste.  » Au-dessus de cette missive, sont accrochés les portraits photographiques de quatre communardes moins célèbres, déportées dans cette île du Pacifique : Marguerite Diblanc, combattante à la barricade de Clignancourt ; Madame Javelot, ambulancière ; Angèle Durut, blanchisseuse, accusée d’être incendiaire à la Légion d’honneur ; et Laure, couturière, combattante, amie de Da Costa. Ces photos d’identification policière, conservées à la Bibliothèque Marguerite Durand, ont été prises par Eugène Appert, pendant la détention des communards dans les prisons versaillaises.

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Angèle Durut, blanchisseuse
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Laure, couturière

C’est à ces femmes oubliées et aux «  transportées » de droit commun, qu’Odile Krakovitch a consacré un ouvrage : Les femmes bagnardes [2]. Le 8 janvier, lors d’un débat à la Bilipo, l’historienne a rappelé le rôle joué par les communards de retour en métropole après l’amnistie, qui dénoncèrent les mauvais traitements subis par les bagnards en Nouvelle-Calédonie et permirent l’amélioration de leurs conditions de détention.

JOHN SUTTON


[1Bibliothèque des littératures policières : 48 rue du Cardinal-Lemoine, Paris Ve. Tel : 01 42 34 93 00. Du mardi au vendredi de 14h-18h, samedi : 10 h-17 h.

[2aux éditions Perrin (1998)


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