Les fusillés de Bièvres : Avant-garde de la colonne Duval le 3 avril 1871 ?

samedi 10 mars 2012

La ville de Bièvres, dans l’Essonne, proche de l’aérodrome de Villacoublay et du carrefour du Petit-Clamart, semble avoir été la pointe avancée de la colonne Duval lors de la sortie du 3 avril 1871. Trois communards y ont été fusillés par les versaillais.

Les fusillés de Bièvres

Une correspondance d’un randonneur nous a fait part de la disparition d’un monument à la mémoire de fusillés de 1871 sur la commune de Bièvres en bordure du chemin de grande randonnée GR 111. Nous nous sommes rendus sur place et avons emprunté ce sentier qui contourne la ville par le nord et longeait, dans les années 1970, l’aérodrome de Villacoublay. Le guide de ce GR indique : en quittant la rue de Paris (CD 53 E), près du Musée français de la photographie, « le chemin n’entre pas dans Bièvres mais monte dans le bois du Loup pendu… serpente entre les châtaigniers et débouche sur une petite route empierrée ». Ce chemin appelé de « Creuse-voie » descend à gauche, en direction du centre de Bièvres. Le guide mentionne : « en face, de l’autre côté d’un petit mur (où des communards furent fusillés en 1871)… se trouve le château de Bel-Air. »

PREMIÈRE CERTITUDE : DES COMMUNARDS FURENT BIEN FUSILLÉS À CET ENDROIT EN 1871.

Reste la question du monument. C’est là que notre randonneur l’a vu dans les années 1970, mais il n’en reste aucune trace aujourd’hui.

Pour en savoir plus, nous nous sommes rendus aux Archives vivantes de la mairie de Bièvres. Sa responsable nous indique qu’elle n’a jamais entendu parler d’un monument. Elle s’est renseignée auprès d’anciens élus et de Biévrois âgés. Aucun n’en connaît l’existence.

Très aimablement, elle nous permet de consulter et photocopier une Monographie de Bièvres rédigée en 1899, par l’instituteur et secrétaire de mairie de l’époque, dont le texte vient corroborer ce que nous savions déjà, en apportant des précisions intéressantes.

En voici la teneur :

« Quand la Commune commença, les hostilités furent dirigées contre le gouvernement de Monsieur Thiers retiré à Versailles ; Bièvres fut sur le point d’être envahie par les soldats de la Commune ; beaucoup se répandirent dans la plaine, vinrent au château de Bel-Air et à la ferme de Gisy. Quelques-uns même descendirent jusqu’au milieu de la rue de Paris, chez la veuve Lafon, marchande de bois, pour réclamer des provisions de bouche. Tandis que les insurgés parlementaient à Bel-Air avec l’intendant, une bombe de l’armée de Versailles tomba au milieu du salon… On fusilla dans la Creuse-Voie, (chemin du cimetière) trois déserteurs de l’armée et, chose étrange, à l’endroit où l’un d’eux était tombé, il y eut longtemps des fleurs constamment renouvelées sans que l’on ait pu surprendre celui ou celle qui les apportait. »

LA LECTURE DE CE TEXTE APPELLE QUELQUES REMARQUES.

On y cite des noms de lieux, Bel-Air et Creuse-Voie, évoqués dans le guide du GR 111. Le style administratif et apparemment neutre du rédacteur laisse cependant poindre de la sympathie pour les communards, notamment dans la partie du texte qui évoque le dépôt de fleurs sur la tombe d’un fusillé.

Le terme de déserteur est emprunté au vocabulaire des versaillais qui essayaient ainsi de justifier leurs exécutions sommaires. Il n’était pas entièrement hors de propos puisque, le 18 mars, beaucoup de soldats avaient fraternisé avec la Garde nationale et rejoint ses rangs.

Le texte ne mentionne pas la date des événements qui y sont relatés. Tout laisse supposer que c’est le 3 avril 1871, quand la colonne de fédérés commandée par Emile Duval, qui se dirigeait vers Versailles, était arrêtée au Petit-Bicêtre, aujourd’hui Petit-Clamart, à proximité immédiate des lieux cités dans cet article.

Est-il exagéré de conclure que cet endroit fut la pointe avancée de l’offensive de l’armée de Duval le 3 avril 1871 ?

Reste la question du monument aux fusillés. Nous lançons un appel à témoins. Quelqu’un, parmi nos lecteurs, a-t-il vu ce monument, sait-il quand et dans quelles circonstances il a été détruit ? Nous ambitionnons à cet endroit, dans le cadre de nos démarches pour la réhabilitation de la Commune et des communards, de faire remettre en place un monument ou une plaque pour rappeler le sacrifice et honorer la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour la démocratie, la justice et la dignité humaine.

YVES LENOIR ET CHARLES FERNANDEZ


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