Les ouvriers du livre pendant la Commune

samedi 7 avril 2012

Des adhérents à notre association des Amis de la Commune de Paris - 1871 et même un responsable de la Fédération du Livre nous ont demandé récemment des renseignements précis sur l’action des ouvriers du livre pendant la Commune. Pour Robert Le Quillec, auteur de l’indispensable « Bibliographie critique de la Commune de Paris », un ouvrage s’impose « Les ouvriers du Livre en France de 1789 à la constitution de la Fédération du Livre » par Paul Chauvet [1].

Parmi les nombreux chapitres de cette longue histoire, on retiendra particulièrement ceux de la période qui couvrent le Second empire et la Commune. Paul Chauvet, historien scrupuleux, explique son interprétation fort pertinente de l’événement historique dans sa spécificité : « Si paradoxal que cela puisse paraître, il est encore impossible d’écrire par le détail l’histoire de la Commune. Certes, de nombreux témoins oculaires, et non des moindres, de cette grande époque, on raconté ce qu’ils ont vu et entendu, mais personne n’a décrit ce que fut la participation des masses ouvrières à la Commune, la vie dans les ateliers, la part prise par les ouvriers dans chaque profession à la défense de la capitale, la vie politique des clubs, des chambres syndicales, des sections de l’Internationale et enfin de la part de chaque grande famille ouvrière à l’holocauste final, ses morts, ses blessés, ses prisonniers. » Paul Chauvet a voulu appliquer cette nouvelle méthode d’investigation au domaine du Livre (mouvement syndical, mutuelliste et coopératif).

Après plusieurs années de recherches intensives, il a recueilli des centaines d’informations et de noms d’ouvriers ayant lutté pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Il aboutit ainsi à créer les bases d’une véritable histoire sociale de la corporation du Livre.

Cette documentation unique est un hommage à tous ceux, même les plus humbles, qui ont participé à la lutte pour les augmentations de salaires et pour la Liberté des travailleurs. Dans ce livre de 717 pages, rien n’est passé sous silence, les grèves sont analysées sérieusement et l’auteur n’oublie pas l’introduction des femmes dans l’imprimerie, les maladies professionnelles, les associations ouvrières de production, et tant d’autres revendications où la politique et le social sont les facteurs essentiels.

Durant la période de répression féroce qui règnera après la Commune, de nombreux obstacles s’opposeront à la reconnaissance de la liberté d’association et du droit syndical des travailleurs mais la France républicaine finira par triompher de la dictature et la constitution de « La Fédération Typographique française et des industries similaires  » aura lieu lors de son premier congrès le 30 août 1881.Le travail remarquable accompli par Paul Chauvet mérite notre attention et notre reconnaissance.

MARCEL CERF


[1Librairie Marcel Rivière et Cie Paris 1964


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