Paschal Grousset le Communard et... Jules Verne

lundi 12 mars 2012

Trois romans de Jules Verne ont pour origine le texte d’un autre écrivain, Paschal Grousset, ancien délégué aux Affaires étrangères de la Commune de Paris.

Paschal GroussetCondamné à la déportation dans une enceinte fortifiée en Nouvelle-Calédonie en septembre 1871, il s’évade de la presqu’île Ducos en 1874 avec cinq de ses camarades (Rochefort, Jourde, Pain, Ballière et Grantille), pour s’établir ensuite à Londres où il cherche à vivre de sa plume. Il prend alors contact avec l’éditeur Pierre-Jules Hetzel, qu’il avait déjà rencontré en 1869, grâce à son cousin Adrien Hébrard le directeur du journal « Le Temps ». Hébrard est originaire d’un petit village de Grisolles, dans le Tarn-et-Garonne, où Grousset a passé son enfance. Exilé à Londres, il propose à Hetzel, en 1875, un manuscrit intitulé « L’héritage de Langevol ».

Hetzel n’apprécie guère ce texte, mais lui achète néanmoins le manuscrit pour qu’il soit réécrit par un autre écrivain. Ainsi « L’héritage de Langevol » deviendra, par la plume de Jules Verne, « Les 500 millions de la Bégum » et sera édité en 1879.

Dans leur correspondance, Hetzel et Jules Verne en parlent à mots couverts sous le « nom de code » de « roman de l’abbé », l’abbé Gaston de Manas, vicaire à Notre-Dame-de-Lorette et lui aussi originaire du Tarn-et-Garonne, servant d’intermédiaire entre l’exilé et l’éditeur.

Un deuxième manuscrit subira le même sort. « Le diamant bleu », entrepris en 1880, deviendra « L’étoile du Sud » publié en 1884. Le troisième roman d’aventures réécrit par Jules Verne a un statut différent. Il se traduit par la double signature de Jules Verne et de André Laurie (pseudonyme de Paschal Grousset). Ce roman est publié hors du cycle des « Voyages extraordinaires ». Le manuscrit d’origine est peu retouché, et Hetzel finit par reconnaître la qualité de la plume de Grousset. Il publiera de nombreux romans d’aventure, d’imagination scientifique, et une série intitulée « La vie de collège dans tous les temps et tous les pays ». Paschal Grousset est aussi l’auteur de la première traduction en français du célèbre roman de Stevenson, « L’île au trésor ».

Sous le pseudonyme de Philippe Daryl, il publie chez le même éditeur une série intitulée « La vie partout ».

Aujourd’hui, les manuscrits originels des deux premiers textes « revisités » par Jules Verne à la demande de son éditeur ayant disparu, on ne peut que faire de prudentes approches sur son apport, grâce notamment à la correspondance qu’ils ont échangée. Cela pose encore aujourd’hui des difficultés quant à la prise en compte de ces textes pour l’étude des « Voyages extraordinaires ». L’intérêt de cette histoire éditoriale réside aussi dans le caractère croisé de l’inspiration des deux auteurs, dont les romans pré publiés dans le « Magasin d’éducation et de récréation ». Au fil de la correspondance qu’ils entretiennent chacun avec leur éditeur, ils évoquent d’ailleurs parfois la proximité de leurs travaux.

Leurs romans font l’objet de comptes rendus communs au moment des étrennes. André Laurie est parfois présenté comme le « disciple », le « cadet » ou le « rival » de Jules Verne. Grousset confie d’ailleurs à son éditeur, le 31 décembre 1879, avoir beaucoup appris de Verne. Qui sait si le travail de réécriture de Jules Verne n’a pas contribué à la naissance de l’écrivain André Laurie ?

Xavier Noël

Auteur d’un mémoire de Maîtrise de Lettres Modernes à l’Université de Nantes (1981-1982


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