Rossel (1844-1871)

jeudi 5 mars 2015


Comme le souligne Edith Thomas dans son ouvrage [1], ce ne sont pas des fées qui se sont penchées sur le berceau de Louis Nathaniel Rossel né à Saint Brieuc le 9 septembre 1844, mais des militaires, son père et les deux témoins officiels de sa naissance. Le garçon reçoit une éducation protestante emprunte du respect de la parole donnée, deux éléments qui marqueront toute son existence.

Son père, comme son grand père, sont des républicains. Il entretient avec sa sœur Bella une longue correspondance. A cette époque où les filles sont considérées comme inférieures à leurs frères, Louis Nathaniel traite sa sœur en égale et l’aide financièrement pour ses études.

En 1869, le jeune polytechnicien est membre à Bourges, de l’Etat- Major du génie. Pour combattre les prussiens, il obtient d’être affecté à Metz. Interpellé par le manque d’efficacité de ses chefs, il décide, le lendemain de l’insurrection parisienne, de démissionner et s’installe à Paris. Benoit Malon le nomme, le 22 mars, commandant supérieur des forces du 17eme arrondissement.

Le 30 mars, au pont de Neuilly, l’armée versaillaise attaque Paris. Rossel tente de reprendre la position. Il échoue et de retour dans la capitale il est condamné à la prison. Benoit Malon le tire de ce mauvais pas et Cluseret, Délégué à la guerre, lui confie son Etat- major. Cluseret est destitué fin avril de ses fonctions, c’est Rossel qui le remplace. Mais dans ces périodes de grands chamboulements il est, injustement, accusé de trahison.

Rossel meurtri se cache tout en réclamant une cellule à la prison de Mazas « si la Commune me croit coupable » déclare t il. Tous ne sont pas contre lui et le journal « Le Père Duchêne » tente en vain de le faire revenir.

Rossel est rejeté par une partie des communards et bien évidemment par les Versaillais. De sa retraite il analyse, en technicien, les batailles engagées des deux cotés comme s’il ne prenait plus partie. Le 28 mai il écrit : «  C’est un combat d’avant-garde mal engagé et perdu …  » Il conclut à propos de l’insurrection du 18 mars : « On ne tue pas un semblable mouvement, …malgré le filet de sang qui coule sans discontinuer dans la Seine  »

Rossel est arrêté le 7 juin et décline une autre identité mais il est reconnu formellement. Emprisonné à la prison de Versailles il écrit ; « tout gouvernement qui aurait pu sauver l’honneur de la France (-dans le combat contre la Prusse-) aurait eu mon soutien  »

Le 28 septembre, le 3ème Conseil de guerre le condamne à la peine de mort mais Rossel, très entouré par sa famille et son avocat Maitre Joly, fait casser ce jugement. Un nouveau procès a lieu le 7 octobre 1871. Rossel comparait devant le 4ème Conseil de guerre qui le condamne de nouveau à mort, à l’unanimité. Rossel est fusillé le 28 novembre 1871, en même temps que Bourgeois et Ferré. Il est inhumé dans le cimetière protestant de Nîmes. [2]

Ses nombreux écrits durant sa captivité éclairent sa personnalité. Sa sœur Bella consacra sa vie à faire connaitre ces textes.

Claudine Rey


[1Rosssel – Edith Thomas – Editions Gallimard


Navigation

Articles de la rubrique