UNE RUE MAXIME LISBONNE DANS LE XVIIIE

jeudi 10 décembre 2015

LE D’ARTAGNAN DE LA COMMUNE [1]

Je crois qu’il aurait beaucoup aimé cette cérémonie, notre fier colonel de la Commune, ce directeur de cabaret, ami des artistes, qui sut, avec humour, mettre en scène sa déportation en Nouvelle-Calédonie en faisant servir les clients de son établissement par des bagnards. Il n’avait pas oublié non plus les amitiés de la Commune puisqu’il fut l’un des rares à produire une pièce de Louise Michel (Nadine).

Il aurait très certainement apprécié le 20 juin 2015, la prise de parole citoyenne de cette habitante de la cité qui rappelle comment cette voie sans issue, devient ce jour la rue Maxime-Lisbonne. Responsable de l’association «  La ruelle sans nom  », elle a œuvré, avec les habitants, pour donner à ce coin abandonné une vie digne. Une animation pour combattre celle, moins glorieuse, des petits trafics qui polluent la vie quotidienne. Alors l’impasse s’ouvrait, portait un nom, un nom de révolutionnaire, un nom porteur d’espoir d’une vie plus claire. Avec cette ouverture, les projets naissent : ce mur gris sans fenêtre qui la borde, peut devenir une superbe fresque. Il serait peut être possible de présenter un spectacle, pourquoi pas sur la Commune de Paris, puisque notre association est là aussi pour entendre toutes ses envies, ou un débat l’après-midi, ou encore un film.... Les idées fusent !

Les personnalités prennent la parole. Le maire Eric Lejoindre rappelle ce moment de l’histoire, la Commune de Paris, tellement présente dans les différents quartiers du XVIIIe. La maire adjointe Catherine Lassure, chargée de la mémoire et des anciens combattants, Daniel Vaillant, député de l’arrondissement, s’associent, par leur présence, à l’initiative de commémoration d’une rue Maxime Lisbonne. Nul doute qu’ils soutiendront les projets des habitants !

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Maxime Lisbonne (1839-1905)

Charles Fernandez, co-responsable avec Sylvie Pépino de la commission Patrimoine des « Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 », prend la parole et rappelle d’une manière fort détaillée la vie trépidante de Maxime Lisbonne, ce fils d’artiste peintre, engagé à 15 ans dans la Marine lors de la guerre de Crimée. Lisbonne se bat ensuite sur d’autres fronts et pour la défense du pays contre les Prussiens en 1870. Il est élu capitaine du 24e bataillon. Lors de la bataille de Buzenval, il fait la démonstration de la possibilité de battre les Prussiens, mais aussi celle du manque de volonté du général Trochu (du verbe « trop choir  » comme l’écrivait Victor Hugo), pour mener ses troupes à la victoire. Lors de la Commune de Paris, son engagement est total. Il se distingue sur les fortifications parisiennes, assure la retraite de ses troupes assiégées au fort d’Issy-les-Moulineaux et continue le combat jusque sur les barricades. Il est arrêté, blessé, le 26 mai, sur celle du Château d’Eau dans le Xe arrondissement de Paris. À son retour de déportation, il devient directeur de théâtre, ouvre des cabarets, mais n’oublie pas ses convictions politiques. En 1885, ce personnage hors du commun fait couvrir les murs d’affiches annonçant le banquet des affamés [2] ! Près de 3 000 indigents ont pu ce jour-là se voir servir un repas !

Au cours de la cérémonie, nous retrouvons M. Autrive, ancien maire de la Ferté-Alais (Essonne) qui, en 2005, a organisé avec notre association, sur sa commune, une remarquable journée souvenir pour le 100e anniversaire de la mort de Lisbonne. Avec lui nous débattons de projets possibles pour continuer à faire sortir de l’ombre ce personnage tellement attachant car, à travers lui, n’est-ce pas les communards et les communardes que nous voulons, que nous devons, réhabiliter ?

CLAUDINE REY


[1Marcel Cerf, Maxime Lisbonne, Le d’Artagnan de la Commune, 1967 ; rééd. Dittmar, 2014.

[2Cette action inspira Didier Daeninckx pour son roman Le Banquet des affamés, Gallimard, 2012.


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