Un important bronze de Dalou en vente publique

samedi 2 mars 2013
par  Pierre

JPEG - 26.8 ko
Jules Dalou (1838-1902) La Sagesse soutenant la Liberté

C’est une œuvre étrange à la fois par
son sujet et son esthétique qui a
été mise en vente le 21 novembre dernier
à Drouot par la société Ader. Ce bronze bien
patiné de 70 cm environ avec son socle de marbre
représente « La Sagesse soutenant la Liberté ». C’est
une épreuve à la cire perdue signée et datée de 1889,
exécutée par le fondeur A. A. Hébrard. La Sagesse
porte, relevé sur le front, le masque de combat
d’Athena et sur la poitrine l’effigie de la Gorgone,
attribut significatif de la déesse raisonnable. Son
visage penché sur le corps défaillant de la Liberté
exprime la compassion. Elle n’a pas trop de tout l’effort
de ses bras et de ses jambes pour soutenir la
liberté nue, à peine vêtue de ses longs cheveux, portant
le bonnet phrygien et tombant à genoux aux
pieds de son unique espoir.

Son esthétique est intéressante car, comme dans
le célèbre tableau de Delacroix « La Liberté guidant
le peuple
 », elle mêle les références à l’antique,
Athéna drapée à la grecque, et le moderne. Sauf
qu’ici, la Liberté évoque une jeune fille contemporaine
traitée par le sculpteur dans un style coulé
et néanmoins précis anatomiquement, comparable
à celui de Rodin, son ami et concurrent.

Lorsqu’il modèle cette oeuvre, Dalou a 50 ans environ.
Le centenaire de la révolution de 1789 l’inspire
bien évidemment de manière particulière, puisqu’on
sait que la plupart des communards s’y référaient. Il
travaille à ce sujet traité de manière didactique avec
tout le sérieux qu’on lui connaît et des versions
similaires sont reproduites dans les catalogues qui
lui sont consacrés ou le dictionnaire des sculpteurs
de Pierre Kjellberg de 1987. Ce groupe fait partie du
monument élevé à Bordeaux et commandé à Dalou
en 1901 à la suite d’une souscription nationale. Il
avait remporté le choix du jury avec une esquisse
de l’ensemble, mais il n’a pas pu l’achever lui-même
étant décédé l’année suivante, à 61 ans. Ce bronze,
issu de la collection de Léon Lhermitte, estimé à
12 000 ou 15 000 euros, a-t-il pu être acheté par un
musée ? On ne peut que le souhaiter.

EUGÉNIE DUBREUIL


Navigation

Articles de la rubrique