Un mur qui voudrait en cacher un autre

vendredi 9 mars 2012

« Ah bon, ce n’est pas le mur des Fédérés ? » Combien de fois avons-nous répondu à cette question au cours de nos débats à propos du monument situé dans le square Samuel-de-Champlain, avenue Gambetta à Paris, dans le XXe !
Monument du sculteur VauthierIl s’agit d’une sculpture de Paul Moreau–Vauthier (1871-1936), fils du communard, le sculpteur Edmé Augustin Jean Moreau-Vauthier (1831-1893), membre de la Commission fédérale des artistes sous la Commune [1]. L’œuvre du fils porte le titre officiel Aux victimes des révolutions et s’honore d’une phrase de Victor Hugo « Nous voulons la justice non la vengeance » ajoutant encore à la confusion, en faisant l’amalgame entre les massacrés et les massacreurs.
Double trahison ! L’œuvre représentant un mur aurait été réalisée avec des pierres récupérées sur le véritable lieu du martyr et sur lesquelles nous voyons encore des impacts de balles. La sculpture, acquise en 1907 par le Conseil municipal de Paris, est installée en 1909. Par crainte, peut-être, d’un mécontentement populaire, cette œuvre ne fut jamais inaugurée officiellement. [2] On trouve cependant dans l’iconographie révolutionnaire de la Commune, cette représentation. Elle est par exemple portée à la boutonnière des manifestants de la célèbre Montée au Mur, le vrai celui- là, le 24 mai 1936. Est-ce parce que Paul Moreau-Vauthier est décédé le 2 février 1936, quelques mois avant la célébration ? Nous la retrouvons parfois, aujourd’hui encore, dans la presse, en illustration d’articles sur la Commune.

LE VRAI MUR

Le véritable lieu de commémoration est situé avenue circulaire [3] dans le Père-Lachaise, devant cette plaque portant les simples mots rappelant la Semaine sanglante : « Aux morts de la Commune – 21 -28 mai 1871 ».
Le véritable Mur des FédérésLes communards survivants de la Commune, de retour de déportation et d’exil, organisés dans une association ancêtre de la nôtre, participent à son inauguration le 21 mai 1908 (un an avant l’installation du monument de Paul Moreau- Vauthier).
A gauche de la plaque, à l’encoignure du mur, on remarque un tertre où furent fusillées les 147 victimes amenées de la prison de Mazas toute proche. Comme le montre un tableau de Picchio, ils tombent directement dans la fosse creusée au pied du mur. Cette plaque symbolise leur exécution, mais aussi les 20 000 personnes qui périrent durant la Semaine sanglante, victimes de la sauvagerie des troupes versaillaises, les déportés, les exilés, tous ceux qui durant neuf longues années attendirent le retour.

Ernest Picchio : Le triomphe de l'ordre

LE CRIME DE THIERS

En mettant sur le même plan les victimes des versaillais et les versaillais eux-mêmes, ce que voulait la ville, avec le monument square de Champlain, était bien de gommer le crime de guerre du gouvernement de Thiers.
Aujourd’hui, nous demandons que ce crime soit reconnu. Pour cela, il nous faut obtenir la réhabilitation des communards et, pourquoi pas, la condamnation de Thiers.
Comme l’écrivait Victor Hugo, il ne s’agit pas de vengeance mais de justice.

CLAUDINE REY


[1Rond point Casimir-Perier, 14e division, on peut admirer une magnifique « pleureuse » du sculpteur communard, Edmé Augustin Jean Moreau-Vauthier.

[2Sources : Article de Marcel Cerf : Commune, bulletin des Amis de la Commune de Paris – N°19 année 2003 – et les travaux de l’écrivain chinois Shen Dali.

[3Dans une démarche officielle, datée du 16 décembre 2011, notre association demande que cette avenue soit dénommée avenue du Mur des Fédérés.


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