Verlaine emprisonné

samedi 2 mars 2013
par  Pierre

En 1873, Paul Verlaine fut condamné à deux ans de prison pour avoir tiré sur Rimbaud lors
d’un séjour à Bruxelles. L’exposition Verlaine emprisonné est consacrée à l’événement et à ses
répercussions sur l’œuvre du poète. Elle aborde brièvement le Siège de Paris et la Commune.

Avant de venir à Paris, l’exposition a
été présentée au Musée des Lettres
et manuscrits de Bruxelles, situé
dans les Galeries Saint-Hubert. Hasard de l’histoire,
dans ce passage couvert se trouvait autrefois
l’armurerie Montigny où, le 10 juillet 1873,
Verlaine acheta le revolver Lefaucheux avec
lequel il tira deux coups de feu sur Rimbaud, en
criant : « Tiens, je t’apprendrai à vouloir partir !  ».
Dans une vitrine de l’exposition, on peut voir un
modèle de cette arme. L’écrivain Jean-Pierre
Guéno, commissaire de l’exposition, resitue le
geste désespéré de Verlaine dans son contexte
historique. « Sur le plan social comme sur le plan
politique la société est bouchée et verrouillée,
explique-t-il. Le Second empire ne vous a apporté
aucune perspective. La Troisième République non
plus. Il vous reste donc une alternative très simple.
Mettre fin à vos jours ou faire exploser les règles de
l’art, afin d’exprimer vos cris de révolte et l’intensité
de vos désespoirs
 » [1]
. Verlaine croupit deux
ans dans les prisons belges, du 10 juillet 1873 au
16 janvier 1875. Délivré de l’absinthe, mais
condamné à l’enfermement, il se consacre entièrement
à l’écriture. Au cours de son incarcération,
il compose ses plus beaux poèmes qu’il cherchera
à éditer dans un même recueil intitulé :
Cellulairement. Mais à partir de 1881, faute de
trouver l’accord d’un éditeur, Paul se voit
contraint de les publier séparément. Classé « trésor
national
 » et interdit d’exportation par l’État
français, le manuscrit rejoint en 2004 les collections
du Musée des Lettres de Paris. Il regroupe
certains des plus beaux poèmes de Verlaine dont
son célèbre Art poétique («  De la musique avant
toute chose
 ») et La Chanson de Gaspard Hauser.
Cellulairement vient juste d’être réédité dans la
collection Poésie-Gallimard.

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Détail du manuscrit original de Cellulairement © mlmb.be

RIMBAUD, « COMMUNARD DES MOTS »

Mais revenons au Siège de Paris. Le 15 octobre
1870, Paul s’engage dans le 160e bataillon de la
Garde nationale. Sa femme, «  Mathilde Mauté de
Fleurville le rêve brave et intrépide, mais en réalité,
il fera tout pour être réformé et ses tours de
garde finissent dans les estaminets
 », raille l’historien
Jean-Pierre Guéno. En mai 1871, Verlaine
aurait laissé sa femme enceinte de quatre mois,
partir à la recherche de sa mère errant seule dans
Paris, au risque d’être fusillée. Rappelons que
pendant la Commune, il est chef du bureau de
presse de l’Hôtel-de-Ville, où il dépouille chaque
matin les journaux versaillais. Dans une vitrine
de l’exposition, on peut voir une reproduction du célèbre appel de Delescluze « Au peuple de Paris et à la Garde nationale  ». Lors d’un premier séjour à
Bruxelles, en 1872, Verlaine fréquente les exilés
de la Commune, dont Jean-Baptiste Clément, Henri
Jourde et Georges Cavalier, dit Pipe en bois.
L’exposition revient longuement sur Les Effarés,
fruit d’une collaboration poétique entre Verlaine
et Rimbaud. «  Le poème est à l’image d’Arthur qui
n’a pas dix-sept ans et s’indigne devant les petits
« effarés », qui ne se révoltent pas. C’est un effaré
à sa manière. Mais il ne cesse de ruer dans les brancards
d’un monde bloqué. C’est un indigné métaphysique,
un communard, un fédéré des mots
 », écrit
Jean-Pierre Guéno. « Alchimiste, sorcier tellement
subversif au pays des inquisiteurs. Les versaillais de la
langue et de la poésie n’ont qu’à bien se tenir
 », prévient
l’historien.

JOHN SUTTON

Verlaine emprisonné, du 8 février au 5 mai. Musée des
Lettres et manuscrits : 222, bd Saint-Germain, 75007 Paris.
Tél : 01 42 22 48 48. www.museedeslettres.fr


[1Jean-Pierre Guéno, article Verlaine emprisonné, dans la
revue Plume n°62.


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