Victor Pilhes, le Bayard de la démocratie

lundi 12 mars 2012

Un de nos adhérents de l’Ariège nous a communiqué un article du « Pays Cathare Magazine » intitulé « Victor Pilhes le rouge ». Cet article a vivement retenu notre attention sur cet Ariégeois, ennemi implacable du despotisme et défenseur résolu de la République démocratique et sociale.

Pilhes Victor, Apollinaire, Ferdinand est né le 11 septembre 1817 à Tarascon-sur-Ariège. Après des études secondaires à Mireperse, il entre à la faculté de médecine de Toulouse.

Déjà ardent républicain, il est arrêté le 14 avril 1835 lors d’une manifestation contre la monarchie de Juillet ; puis il poursuit ses études à Paris où l’ambiance révolutionnaire lui semble plus favorable. Il abandonne bientôt la médecine pour se faire commis-voyageur pour une maison de tissus en 1842.

Victor PilhesIl fréquente les sociétés secrètes, fait la connaissance de Barbès et de Proudhon dont il deviendra l’ami. Il est membre de « la société républicaine centrale » fondée par Blanqui. Le 25 février 1848, le régime de Louis- Philippe doit céder la place à un gouvernement provisoire qui proclame la République. Victor Pilhes soutient la politique des hommes du journal « La Réforme », porte-parole de l’aile radicale du Parti républicain. Il est nommé commissaire du gouvernement provisoire dans l’Ariège. Il exercera ses fonctions du 22 mars au 7 juin. Il se présente, sans succès, aux élections à l’Assemblée Constituante du 23 avril 1848.

Les élections du 10 décembre 1848 amènent au pouvoir le prince Louis-Napoléon Bonaparte. Victor Pilhes est élu représentant de l’Ariège aux élections législatives du 13 mai 1849. Les troupes françaises attaquent la République romaine et rétablissent le pouvoir temporel du pape. Cette intervention soulève de violentes réactions au sein de « la Montagne » (l’extrême gauche de l’assemblée). Le 11 juin 1849, Ledru-Rollin interpelle le gouvernement qui a violé l’article 5 de la Constitution déclarant que la République française n’emploie jamais la force contre la liberté d’un peuple. Un défilé pacifique de protestation est prévu pour le 13 juin 1849. Victor Pilhes est un des organisateurs de cette manifestation. Les ouvriers parisiens, durement marqués par l’effondrement dans le sang de la révolution en juin 1848, ne répondent pas à l’appel de Ledru-Rollin et la manifestation est un véritable fiasco.

Pilhes est arrêté et condamné par la Haute Cour de Versailles à la déportation. Sa peine sera commuée en détention. Il est enfermé à Doullens près de Belle-Ile.

En 1853, grâce à l’intervention de Proudhon, il est transféré à la prison de Sainte-Pélagie et il bénéficie d’une mesure de grâce le 25 février 1854.

Son opposition au Second Empire est toujours aussi vivace ; en Janvier 1856, la police signale qu’il fait du recrutement pour « La Marianne » [1], et puis s’écoule une longue période où l’on ignore son action dans la clandestinité.

En 1868, il collabore au journal républicain « La Démocratie » où Félix Pyat envoie souvent des articles.

Le 23 janvier 1869, dans ce journal, il recommande l’abstention au plébiscite qui aura lieu le 8 mai 1870 et qui est destiné à faire approuver par le peuple les réformes apportées dans la Constitution par l’Empereur depuis 1860. On retrouve la même volonté de s’opposer aux manœuvres démagogiques de Napoléon III dans le Manifeste antiplébiscitaire des sections parisiennes fédérées de l’Internationale de la chambre fédérale des sociétés ouvrières. En janvier 1870, Pilhes appartient avec Lefrançais, Rosselli-Mollet père, Brunereau, Briosme et quelques autres démocrates à la commission d’enquête sur les prétendues accointances de Vermorel avec le gouvernement. Ils refusent de juger cet écrivain dévoué à la République. Le 14 août 1870, il participe avec les Blanquistes à l’attaque de la caserne des pompiers de la Villette – opération hasardeuse et déconseillée par Blanqui. Elle ne pouvait se solder que par un échec. Le 3 septembre 1870, Victor Pilhes se trouve parmi les manifestants qui, à l’annonce du désastre de Sedan, se pressent aux grilles de l’Assemblée en clamant leur colère.

C’est le prélude à la proclamation de la République le 4 septembre 1870. Blanqui va créer un journal, « La Patrie en danger ». Pilhes sera un de ses collaborateurs.

BlanquiPatriote, il s’engage dans la Garde Nationale et sera élu commandant du XIIe bataillon. La cinquantaine passée, il a encore une belle prestance et fière allure quand il entraîne ses hommes à la bataille. Surnommé « le Bayard de la démocratie », il combat avec un grand courage les Prussiens à Champigny et à Choisy-le-Roi.

Le 18 mars 1871 va-t-il marquer l’avènement de la République démocratique et sociale qu’il a tant attendue ? Il manque un guide chevronné pour éclairer la route semée d’obstacles : Blanqui… Dans les premiers jours de Mars 1871, Blanqui malade et déprimé par la défaite de la France est allé se reposer chez son ami le docteur Lacambre à Loulié, près de Bretenoux, dans le Lot. Le 19 mars, Victor Pilhes et Granger, un fidèle de Blanqui, décident d’aller chercher « le vieux » dans sa retraite et de le ramener à Paris où sa présence est indispensable pour maîtriser la situation. Quand ils arrivent à Loulié, ils apprennent que Blanqui a été arrêté le 17 mars pour sa participation à la journée révolutionnaire du 31 octobre 1870. Il est emprisonné à Cahors et aucune visite n’est autorisée. La déception est cruelle. Pilhes rentre chez lui désemparé. Il est recherché par la police et se cache dans la montagne ariégeoise. Il se réfugie un temps en Espagne. Après le règne de l’ordre moral de Mac-Mahon et sous la présidence de Jules Grévy, il obtient un poste de régisseur au palais de l’Elysée, une fonction relativement tranquille après une vie si mouvementée. A la suite d’une hémorragie cérébrale, il est hospitalisé et ce vaillant combattant de la liberté meurt le 2 novembre 1880 (le 2 novembre 1879 selon le dictionnaire de Jean Maitron).

Marcel Cerf


[1La Marianne : société secrète républicaine des départements de l’Ouest. Son but était de renverser le gouvernement issu du coup d’Etat du 2 décembre 1851 et de proclamer la République.D’après « le Constitutionnel » du 17 décembre 1851, Marianne serait le mot de passe des sociétés secrètes républicaines qui devait être utilisé pour une insurrection générale prévue en 1852 (mais qui n’a pas eu lieu). En réalité, il y eut des « Marianne » avant 1851 puisque des paysans de l’Allier groupés dans la société secrète La Marianne des champs, manifestèrent le 14 juin 1849 après l’échauffourée parisienne du 13 juin.


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