DECOUVERTES 

Nombreux sont nos fidèles lecteurs qui ont un jour eu la surprise de découvrir un document de (ou sur) la Commune de Paris, lors de leurs fouilles dans une brocante ou dans un grenier. Les documents de ce type ne manquent finalement pas, sans doute parce qu’ils furent longtemps cachés, puis oubliés ou égarés. Ces découvertes sont toujours un moment de jubilation, que l’on a immédiatement envie de faire partager. Elles peuvent également éclairer d’un jour nouveau ou compléter le travail des historiens. Cette nouvelle rubrique est ouverte à tous ceux qui ont envie de faire partager un de leurs « petits trésors ».

 

Nous débutons cette série par un billet d’entrée pour un Grand Festival qui s’est tenu le 21 mai 1871, sur la place de la Concorde.

 

Grand Festival

Document en possession de Patrick Fonteneau, Saint-Pierre-des-Corps (37)

Le 21 mai 1871, toutes les musiques de la Garde nationale étaient réunies pour un « Grand Festival » sur la place de la Concorde et aux Tuileries, en faveur des veuves, des orphelins et des gardes nationaux blessés. « Une immense foule y assistait dans une atmosphère de fête. 1500 musiciens y déchainent les applaudissements ». Ce fut le dernier concert, le jour même où les versaillais commençaient à faire leur entrée dans Paris... Les prix des places étaient généralement compris entre 2 et 5 francs. Ce billet, affichant un prix de 1 franc, paraît particulièrement bon marché.

 

Carte de visite de Maxime Lisbonne

Actuellement la propriété de Patrick Fonteneau.

 Cette carte de visite de Maxime Lisbonne permet de voir que ce dernier fut toujours très fier de son passé de communard, et même de sa déportation comme forçat en Nouvelle-Calédonie. La note manuscrite « demande à être inscrit pour la parole » permet également de deviner la permanence de son engagement militant.

Cette carte de visite provient de la dispersion des archives du député Charles-Ange Laisant (1841-1920). Elle était déjà repérée par le site très complet consacré à Maxime Lisbonne :
www.lafertealais.com/les-personnages-de-laferte-alais-au-temps-des-cabarets/maxime-lisbonne/

 

Affiche Comité de salut public

Document provenant des archives d’Amand Gautier (1825-1894), proposé par Rosine Gautier

Cette affiche date du 3 prairial 79, c’est-à-dire du 23 mai 1871. Nous sommes en pleine Semaine sanglante, deux jours après l’entrée des troupes versaillaises dans Paris. À ce moment, les versaillais ont déjà repris les quartiers de l’ouest (VIIe, XVe, XVIe et XVIIe arrondissements) et progressent vers l’est. Le 23 mai, ils s’emparent de la butte Montmartre, et se heurtent à la résistance des Fédérés à la Butte-aux-Cailles et au Panthéon. C’est au soir du 23 qu’éclatent les premiers incendies, aux Tuileries, à la Légion d’honneur, à la Cour des comptes, au Conseil d’État. C’est aussi ce jour-là que cessent de paraître le Cri du Peuple (n°83) et le Père Duchêne (n°68).

L’affiche nous informe de l’existence de tireurs embusqués, complices des versaillais. Elle témoigne de la dureté des combats, qui se déroulent rue par rue, maison par maison. Elle émane du Comité de Salut Public, constitué le 1er mai pour coordonner la lutte contre Versailles, et remanié à plusieurs reprises dans les jours qui suivent. Des 5 membres élus le 1er mai, seuls Arnaud et Ranvier y siègent encore le 23, et il manque la signature de Billioray, qui a remplacé Delescluze le 11 mai, Eudes et Gambon y étant entrés le 9 mai.


 50ème anniversaire de Le Libertaire

 Découvert par Patrick Fonteneau (Saint-Pierre-des-Corps, 37), lors de la brocante annuelle 2017 à Tours

 

Le cinquantième anniversaire de la commune dans Le Libertaire n° 113, 18-25 mars 1921

Le journal Le Libertaire fut créé en France par Sébastien Faure en 1895. Ce numéro de mars 1921 célèbre le 50e anniversaire de la Commune de Paris. Il est à noter qu’il affiche en première page un poème du poète vigneron et chansonnier Eugène Bizeau (1883-1989) : Le Témoignage des Victimes. Un poème qui semble associer les victimes de la Première guerre mondiale et celles de la Commune de Paris.

Demandez donc aux mutilés
Qui sont tombés comme des blés
Après avoir subi d’effroyables entailles
Dans l’acharnement des batailles ;
Demandez donc à ceux qui vont clopin-clopant
En s’appuyant sur des béquilles,
Et qui n’ont plus de bras pour étreindre les filles
Ni pour garder l’espoir de vivre en travaillant ;
Demandez donc à ceux dont le corps se disloque
Et s’écrase en chemin comme une vieille loque ;
Demandez donc aux malheureux
Qui n’ont plus de lumière aux yeux
Et qui sont condamnés à demeurer dans l’ombre ;
Demandez donc à ceux pour qui l’aurore est sombre ;
Et qui ne verront plus reflets d’azur ni fleurs
Dans l’éternelle nuit de leurs mornes douleurs ;
Demandez donc à ceux qui n’auront plus la joie
De voir au soleil qui rougeoie,
L’épi sortir de terre et la moisson mûrir,
Demandez-leur à tous, bourreaux, si votre règne
N’est pas celui du crime et de la chair qui saigne !...

Eugène Bizeau