Émile Digeon et la Commune de Narbonne

vendredi 16 mars 2012 

On a tendance à considérer la province comme totalement réactionnaire et hostile à la Commune de Paris. Certes, de nombreux notables, représentants du grand capital, sont acquis aux idées légitimistes mais il existe, dans plusieurs régions, d’honnêtes citoyens défenseurs de la République démocratique et sociale.

Il ne faut pas oublier que le 2 décembre 1851, ce ne sont pas les grandes villes qui s’insurgent contre le coup d’État pour défendre la Constitution violée par le président de la République.

32 départements sont mis en état de siège et des troubles se produisent dans une vingtaine d’entre eux. Si les Basses Alpes est le seul département qui tombe tout entier dans les mains des opposants, l’agitation néanmoins est extrême dans le Sud-Est, le Sud-Ouest et le Centre. L’Aude ne fait pas exception à cette poussée de fièvre révolutionnaire pendant le règne de Napoléon III. Au dernier plébiscite de Badinguet, le 8 mai 1870, Narbonne va répondre par 1917 « Non » contre 1494 « Oui ».

Un homme jouera un rôle prépondérant dans ce département, il se nomme Émile Digeon.

Il est né le 7 décembre 1822 à Limoux (Aude) fils de Joseph, Louis, Etienne, Stanislas Digeon, avocat, et d’Emilie, Elisabeth Barthe, son épouse. Émile Stanislas Digeon affirme, très jeune, ses convictions socialistes et révolutionnaires. Lors du coup d’État du 2 décembre 1851, il sera arrêté ainsi que son père. Rivés à la même chaîne, ils sont déportés en Algérie et soumis au régime des bagnards. Ils réussissent pourtant à s’évader en bateau [1], espérant pouvoir débarquer en Catalogne, mais la tempête les fait échouer aux Baléares. Émile Digeon s’installe à Palma de Majorque où sévit alors une épidémie de choléra. Il participe à la lutte contre ce fléau. La maladie vaincue, le consul de France voulut lui décerner la Légion d’Honneur. Il refusa la décoration, estimant que seul l’évêque de Palma méritait cette récompense pour avoir fait son devoir pendant la terrible maladie alors que son clergé avait pris la fuite et l’avait lâchement abandonné. Cette attitude du libre penseur avéré mérite d’être signalée pour son panache. Digeon père et son fils Emile exercèrent des emplois juridiques et journalistiques à Palma leur assurant un revenu confortable. Le 4 septembre 1853, Emile Digeon épouse Hélène Chaussat, veuve de Basile Canut, lui aussi d’origine française.

Emile Digeon

UN RÉPUBLICAIN RÉVOLTÉ

En janvier 1870, à l’avènement du ministère Émile Ollivier, Émile Digeon rentre en France, profitant des quelques mesures dites «  libérales » du nouveau ministre. Il sera rédacteur de La Fraternité de Carcassonne dont son ami Marcou, ancien proscrit, est le rédacteur en chef.

Dans l’Aude, ce sont les divergences idéologiques qui opposent les républicains avancés aux opportunistes de diverses obédiences. Le conflit entre l’équipe Marcou-Digeon et les frères Raynal est représentatif de l’orientation politique du département le 4 septembre 1870.

A Narbonne, après la proclamation de la République, les frères Raynal, anciens exilés, rêvent d’occuper la scène politique. L’aîné, adjoint au Maire, ceint l’écharpe mu