Dans le cadre de la journée du 9 mai 2021, organisée par l’Université Populaire du Pays d’Iroise, Colette Godest, membre de notre Comité, donnera une conférence sur Elisée Reclus. Elle retracera la vie et les engagements d’Elisée Reclus, communard et célèbre géographe.

Élisée Reclus par Nadard (1830-1905)

Né en 1830, Élisée Reclus est issu d’une famille atypique, protestante, d’une fratrie innombrable (les chiffres varient entre 13 et 19 enfants). Les cinq frères deviendront tous de grands scientifiques ou intellectuels de leur temps. Les sœurs seront toutes institutrices.

Il court le monde (sauf l’Asie), où il se trouve confronté à l’exploitation éhontée des hommes. Pour vivre il travaille aux côtés des esclaves noirs du Sud des États-Unis.

Après cette jeunesse de baroudeur, il revient en France et devient un géographe reconnu par tous les grands noms de la communauté scientifique et intellectuelle.

Membre de la Commune de Paris, il s’engage comme volontaire dans la Fédération de la Garde nationale. Avec ses frères et d’autres, il fait adopter l’idée de leur père : la séparation de l’Église et de l’État. Condamné à être déporté en Nouvelle-Calédonie, il est sauvé par la communauté scientifique, en particulier par Charles Darwin, mais il est condamné à l’exil.

Grand théoricien, Elisée Reclus développe une science de pointe, d’ailleurs favorisée par son polyglottisme (français, allemand, anglais, espagnol, italien, des notions de portugais et de russe), et pratique toutes les techniques savantes du métier. Ce qui l’amène à des analyses qu’on pourrait qualifier de visionnaires. Par exemple, de la place des États-Unis dans le monde, il écrit :

« Par la force des choses, aussi bien que par la conscience orgueilleuse de leur rôle parmi les nations, les États-Unis en sont arrivés à disposer dans tout le monde occidental d’une réelle préséance... Ils constituent une réelle république, patronne d’autres républiques, formant pour ainsi dire le contraste dans l’ordonnancement général du monde, avec l’empire russe, le plus puissant de tous par l’étendue territoriale ».

Anarchiste, écologiste avant l’heure, utopiste, naturiste, végétarien, partisan d’une langue universelle, il finance avec ses droits d’auteur des sociétés de crédit bancaire, dont le but est d’aider à la création de sociétés coopératives ouvrières, d’assurance, d’approvisionnement et de consommation.

Il meurt le 4 juillet 1905, quelques heures à peine après le vote à la Chambre des Députés sur la séparation des Églises et de l’État, mais après avoir eu quand même la satisfaction de connaître la mutinerie du cuirassé Potemkine, le 14 juin 1905.

« C’est bien parce qu’on ne pouvait dissocier le géographe, qui aurait dû être nanti d’on ne sait quelle sereine impartialité scientifique, du militant anarchiste, que les représentants de l’institution universitaire ont choisi de l’oublier et de le faire oublier au plus vite » (Béatrice Giblin, géopolitologue française).

 

DENIS ORJOL