LE MANS : SOIRÉE GOGUETTE EUGÈNE POTTIER

jeudi 4 mai 2017


Le 25 novembre 2016, une quarantaine de convives remplissait la salle du resto ouvrier qui nous accueillait pour découvrir la vie et le répertoire d’Eugène Pottier autour d’une paëlla. Jean-Marie Moine, à la manivelle de son orgue de barbarie, nous a régalés d’une douzaine de chansons écrites par Eugène Pottier tout au long des étapes de sa longue vie. Quelques-unes sont connues, d’autres pas : Reprends ta lyre, Le code épicurien, Quel est le fou ?, Cartouche banquier, Quand viendra-t-elle ?, Ce que dit le pain, L’auge, La chasse aux rats, L’Insurgé, Elle n’est pas morte, Sentier des bois, L’Internationale.

Les participants ont pu aussi découvrir ce que furent son enfance, son apprentissage, ainsi que ses sérieux problèmes de santé. Les journées révolutionnaires de 1830 et 1848 vont être déterminantes dans sa réflexion politique.

Il est avant tout poète : son premier poème, Vive la Liberté, a été écrit en 1830, alors qu’il n’a que 14 ans ! Il fréquente les goguettes, « où le soir, en quittant l’établi, j’allais roucouler mes essais  ».

En 1864, devenu patron de son atelier d’imprimeur sur étoffes, il encourage les ouvriers de la corporation à se syndiquer ! En 1871, il est élu membre de la Commune de Paris, puis contraint de s’exiler avant de revenir en France en 1880. Son état de santé et ses conditions de vie sont difficiles : il vit dans la misère. «  Je n’ai pas ma gloire gagnée  », disait-il.

Une mention particulière a été faite au sujet du texte intitulé L’Internationale  : écrit en juin 1871, il ne sera publié qu’en 1887, chanté sur l’air de La Marseillaise, avant qu’un Lillois, Pierre Degeyter, soit sollicité pour composer une musique qui va lancer ce qui va devenir, au fil des congrès nationaux et internationaux socialistes, l’hymne du prolétariat mondial. Pottier n’aura donc jamais connu L’Internationale telle que nous l’interprétons aujourd’hui ! Une brochure contenant le texte des chansons interprétées par Jean-Marie Moine, un poème remarquable, comme celui dédié à sa fille Marguerite, ou encore des textes magnifiques comme La crise, Le Moblot, En avant la classe Ouvrière, Jean Misère, Le Pressoir, Chacun vit de son Métier, Propagande des Chansons, était proposée aux participants, avec en prime des documents tels que la demande d’admission de Pottier à la Loge des Égalitaires en 1875 à New-York, l’appréciation de Jules Vallès dans le Cri du Peuple du 29 novembre 1883, la préface de la deuxième édition des Chants Révolutionnaires, signée de Allemane, Vaillant, Jaurès, puis la tribune de Lénine parue dans la Pravda du 3 janvier 1913.

A l’entrée du resto, notre camarade Patrick Fonteneau présentait sous une vitrine plusieurs objets historiques exceptionnels et documents originaux de son patrimoine : un cylindre Pathé (premier enregistrement de L’Internationale, de 1899) et un disque 78 tours Parlophone de L’Internationale côtoyaient un exemplaire de la 3e édition des Chants révolutionnaires de Pottier, une facture (datée du 18 août 1879) de l’atelier portant en en-tête le nom de Pottier, ainsi que quelques partitions d’époque et deux exemplaires du journal La Carmagnole de 1896, publiant deux chansons de Pottier : Bonhomme en sa maison et Quand viendra-t-elle ?

GÉRARD DÉSILES

Bibliographie : Eugène Pottier par Maurice Dommanget , EDI Paris (1971), Eugène Pottier, OEuvres complètes par Pierre Brochon, Maspero (1966), Chants révolutionnaires, réimpression à l’identique de l’édition numérique par Gallica (BNF) aux éditions Chapitre.com (2015).


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