Les femmes de la Commune

mercredi 18 septembre 2013
par  Pierre

Les femmes de
la Commune
sont l’objet
d’une attention
particulière
depuis quelques années
et le dictionnaire de nos amies
s’inscrit dans cette ligne qui vise
à donner toute leur place dans
l’histoire à ceux d’en bas, au
peuple agissant. Les dictionnaires
sont une des formes de
cette approche et, bien entendu,
le Petit dictionnaire des femmes
rencontre la démarche engagée
par Jean Maitron, il y a près de
50 ans.

Toutefois, il faut bien le dire,
les premières sources, congrès,
presse, élus, etc… favorisent
les hommes, longtemps cadres
du mouvement ouvrier ou
porte-parole des mouvements
sociaux. Naturellement, donc,
les premiers travaux ont tendu
à minimiser la place des
femmes dans l’histoire, fût-elle
ouvrière. Pour retrouver toutes
les femmes agissantes, il faut
creuser, labourer en profondeur
les archives.

Ce fut l’objet du travail des
auteures. On en voit bien le
résultat en comparant deux
chiffres. Le Dictionnaire
Maitron (dont les notices biographiques
sont abondamment
utilisées) donne environ 300
femmes communardes, le Petit
dictionnaire des femmes en
donne plus de 800. Des
sources originales ont été étudiées
(les listes de femmes
détenues ou transférées disponibles
aux archives de la préfecture
de police, les registres
de trois conseils de guerre, les
compagnes de déportation
citées par Louise Michel, etc.).
Voici donc ces obscures,
remises à la lumière : l’ambulancière
de la Commune, Gaullé
(dont on ignore le prénom),
qui signe avec d’autres femmes
un appel : « leur vie est toute
entière à la Révolution » ; Mlle
Stella, artiste lyrique qui participe
au concert patriotique du
30 avril dans le XIe arrondissement
 ; Hortense David, brossière,
qui, vêtue d’un habit de
marin, est pointeuse dans l’artillerie
communarde ; Maria
Vaquette, ouvrière en jouets,
18 ans, ambulancière de la
Commune, Céline Delvainquier,
cartonnière, qui demande avec
d’autres que la Commune facilite
les réunions des citoyennes.
Certaines de ces oubliées de
l’histoire deviendront célèbres
comme Herminie Sardon épouse
Cadolle, corsetière qui inventera
le soutien-gorge.
Le volume est accompagné
de courtes préfaces. Une, collective,
rappelle le rôle essentiel
des femmes pendant la
Commune (qui ne furent toutefois
pas toutes communardes,
loin de là, et il serait aussi
intéressant de réfléchir à cet
aspect). Mais ce sont surtout
les trois textes des trois
auteures qui m’ont touché.
Elles y dévoilent leur volonté
de rendre justice à ces femmes
méconnues ou l’émotion à
retrouver leurs traces dans des
papiers jaunis. Ce très beau
travail rendra service à toutes
celles et à tous ceux qui associent
passion de l’histoire et
passion de la justice.

Jean-Louis Robert

Petit dictionnaire des femmes de la
Commune – Les oubliées de l’histoire, par
Claudine Rey, Annie Gayat, Sylvie Pepino,
Les Amis de la Commune de Paris,
Éditions Le bruit des autres, 2013, 302 p.
20 € + 3,40 pour frais d’envoi


Navigation

Articles de la rubrique