Soirées d’Histoire de l'association des Amies et Amis de la Commune 1871

 

4e soirée d’histoire : « LA PROVINCE ET LA COMMUNE DE PARIS »

 

Chantal Champet

Chantal Champet : La Commune de Marseille et son contexte insurrectionnel (1870-1871)

 

Jean Annequin

Jean Annequin : La Province rurale et la Commune de Paris : l'exemple du Berry

Michelle Zancarini-Fournel 

Michelle Zancarini-Fournel : Le moment communaliste (1870-1871)

 Jean-Pierre Theurier, l'animateur de la 4ème soirée

La province et la Commune : Questions- réponses

 

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3ème soirée d’histoire : La Commune n'a pas tout inventé

 

3ème soirée d'histoire

Jean-Louis Robert, Marc Lagana, Quentin Deluermoz


C’est la mairie du Xe arrondissement de Paris qui, le 6 décembre 2018, accueillait notre troisième soirée d’histoire. Dans la salle des mariages — ornée d’un superbe relief de Dalou, La Fraternité —, une soixantaine de personnes avaient pris place pour entendre deux conférences autour du thème : « Les temps de la Commune : temps long – temps court ».

Notre ami Marc Lagana présenta les deux orateurs : notre président d’honneur, Jean-Louis Robert (3), professeur émérite à la Sorbonne (qui remplaçait Michèle Riot-Sarcey, empêchée) et Quentin Deluermoz, maître de conférences à l’université de Paris 13 (4).

« La Commune n’a pas tout inventé ». C’est par ces mots que Jean-Louis Robert débute son exposé, qui vise à replacer la Commune dans un temps long, celui des révolutions du XIXe siècle et du mouvement ouvrier.

Il y a d’abord l’héritage de 1848, celui de la République démocratique et sociale. La souveraineté du peuple ne peut pas être représentée, car elle ne peut pas être aliénée. D’où les multiples formes d’auto-organisation, au niveau des quartiers, des ateliers, de la Garde nationale, dans l’occupation de la rue, dans les formes d’intervention populaire (envoi de délégations à l’Hôtel de Ville, de pétitions…).

Il y a aussi l’héritage des associations ouvrières, apparues depuis les années 1830 et auxquelles 1848 donne un coup de fouet. Elles expriment la volonté de regrouper tous les ouvriers dans des ateliers de production, qui sont la propriété collective du métier tout entier. Et malgré la répression de juin 1848, malgré le coup d’État de 1851, elles continuent leur vie souterraine. En 1850, plus de 250 coopératives ouvrières existent encore à Paris. Ainsi la société des ouvriers bronziers, dissoute après juin, est recréée en 1849, à nouveau dissoute en 1851, mais survit et réapparaît en 1857 sous le nom de Société de crédit mutuel des ouvriers en bronze, et compte à cette date 6 000 adhérents. Au total, il existe 106 chambres syndicales à Paris en 1870.

Enfin — et c’est une perspective originale ouverte par Jean-Louis Robert — il y a ce qu’il appelle la « mémoire sensible » ou « mémoire émotive », qui s’exprime notamment à travers l’image. Pour l’illustrer, il s’appuie sur une série de dessins et de caricatures de 1871, qui mettent en scène le Premier empire, juillet 1830, un Thiers louis-philippard, juin 1848, et qui expriment toutes un rapport à un passé encore vivant.

Prenant la suite de Jean-Louis Robert, Quentin Deluermoz recherche les temporalités à l’œuvre dans la Commune. Comment cet événement si court a-t-il pu avoir un tel impact ? Il passe d’abord en revue les différentes interprétations : celle des marxistes, qui intègrent la Commune dans l’histoire des révolutions et du mouvement ouvrier ; celle des anarchistes, qui n’y voient que spontanéité, sans nécessité de se référer au passé ; celle des républicains, focalisés sur la IIIe République, dont elle ne serait qu’un prologue de peu d’importance…
Enfin des historiens, comme Tombs ou Rougerie, reviennent à l’événement, au « moment Commune ». Quentin Deluermoz va ensuite s’attacher à démêler les différentes temporalités en jeu.

D’abord l’histoire événementielle des soixante-douze jours de la Commune, où il faudrait, sous l’histoire parisienne, distinguer aussi les histoires de quartier.

Jules Dalou La Fraternité

Jules Dalou La Fraternité

Ensuite, le temps cyclique des révolutions, où reviennent des schèmes de comportement hérités des révolutions antérieures, notamment de la Grande Révolution : dans les mots (« citoyens, citoyennes »), dans les lieux (l’Hôtel de Ville, haut lieu des révolutions parisiennes), dans les pratiques (la Garde nationale, les barricades, les clubs, etc.).

Enfin, le temps vécu, celui du moment révolutionnaire : qui étaient les communards ? Des militants aguerris ou des néophytes ? Des militants à temps plein ou occasionnels ?

Les soixante-douze jours de la Commune concentrent tout un « {passé compacté }», où coexistent la mémoire des révolutions passées, l’impact des mutations économiques et sociales du Second Empire, des transformations urbanistiques (« l’haussmannisation »), et où rejoue un passé parfois très lointain. La Commune renvoie à l’assemblée communale de 1871 ; mais aussi à la Commune de 1793-1794 ; ou même aux « communes » des révoltes d’Ancien Régime ou du Moyen Âge (Étienne Marcel).

Quentin Deluermoz prend l’exemple des pillages et des destructions dans les édifices religieux. Il est évident que pèse ici le souvenir de la déchristianisation en 1793-1794. Mais certaines profanations ou destructions renvoient aussi à l’iconoclasme protestant du XVIe siècle, toujours enfoui dans les mémoires.

Toutes ces temporalités se télescopent. La Commune appartient-elle au monde ancien ? Ou est-elle l’aurore d’un monde nouveau ? En fait, elle crée son propre temps ; elle est un « tremblement », qui crée quelque chose de neuf. Le fait qu’elle a été tuée dans l’oeuf rend possibles toutes les interprétations. En fin de compte, la Commune échappe aux historiens.

Après ces deux exposés, un long débat de près d’une heure permet de préciser et d’éclairer de nombreux points.

MICHEL PUZELAT

 

L’intégralité des deux conférences a été enregistrée grâce aux bons soins de Jean-Pierre Theurier ainsi que les questions/réponses. On peut les visionner  :

Conférence de Jean-Louis Robert : La Commune dans le XIXe siècle.

Conférence de Quentin Deluermoz : Les temporalités en Révolution.

Questions / Réponses

 

 

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2ème soirée d’histoire (7 décembre 2017) : Les écrivains, les artistes et la Commune.

 

La deuxième soirée d’histoire, ayant pour thème « Les écrivains, les artistes et la Commune », a été un franc succès. En effet, nous étions nombreux (presque une centaine de personnes), dans la salle de la Mairie du XIIIe arrondissement, à participer pendant plus de deux heures aux deux conférences, chacune suivie d’échanges stimulants. Comme l’année dernière, nous avons traité d’un aspect particulier de l’histoire de la Commune de Paris afin de l’approfondir.

Paul Lidsky, reprenant son livre paru en 1970, et plusieurs fois réédité depuis [1], s’efforce d’expliquer l’extrême violence de la réaction de la plupart des écrivains connus (Daudet, Flaubert, Gautier, Goncourt, Leconte de Lisle, Sand, Zola et bien d’autres) par leur peur d’une révolution populaire, par leur domestication sous le Second Empire, par leur vieillissement. Hugo aura, lui, une attitude beaucoup plus impartiale. Puis, dans une seconde partie, il présente de nombreux écrivains moins connus, certes, ayant souvent adopté par la suite des pseudonymes, qu’on redécouvre et qui mériteraient d’être mis en valeur aujourd’hui.

Jean-Louis Robert, historien, professeur honoraire à la Sorbonne, et président d’honneur des Amies et Amis de la Commune de Paris-1871, intervient sur « Les artistes et la Commune », en examinant surtout les arts plastiques, mais aussi les arts du spectacle [2]. C’est une véritable vue d’ensemble qu’il nous propose, pour bien situer l’action des artistes pendant la Commune. Il rappelle, notamment, l’engagement particulier des artistes plasticiens communards. Et ils sont nombreux à être élus à la Commune et dans la garde nationale. Parmi eux, la grande figure de Gustave Courbet, mais aussi celles d’Alfred Billioray, Jules Martelet, et Lucien Henry. On retrouve également des sculpteurs comme Pierre Berteault et Louis Delorme, et des caricaturistes tels que Pilotell. Jean-Louis Robert insiste sur le rôle et l’apport de la Fédération des artistes pour arriver à penser un « gouvernement de l’art par les artistes  » et à introduire « la liberté de l’art  ». Un programme artistique… révolutionnaire !

Cette soirée d’histoire est en voie de devenir un événement régulier.

MARC LAGANA

 

Paul Lidsky, agrégé de Lettres, auteur de Les écrivains contre la Commune : 
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Jean-Louis Robert, historien, président d’honneur des Amies et Amis de la Commune : Les artistes et la Commune de Paris
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1ère Soirée d’Histoire (1er décembre 2016) :

 

Jean Louis Robert, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 1, président d’honneur des Amies et Amis de la Commune : Paris et les parisiens à la fin du Second Empire


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Laure Godineau, maître de conférences d’histoire contemporaine, université Paris 13 : Paris et les parisiens pendant la Commune


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[1] Paul Lidsky, Les écrivains contre la Commune, Paris, 1970 ; rééd. La Découverte, 2010.

[2] Jean-Louis Robert, « La Commune et les arts », in Jean-Louis Robert (dir.), Le Paris de la Commune 1871, Paris, Belin, 2015, p. 137-163.

[3]  On ne présente plus Jean-Louis Robert. Sachez simplement qu’il prépare pour l’année prochaine un ouvrage sur la Commune.

[4]  Principaux ouvrages de Quentin Deluermoz : Policiers dans la ville. La construction d’un ordre public à Paris. 1854-1914, Publications de la Sorbonne, 2012 (sa thèse) ; Le crépuscule des révolutions, 1848-1871, Le Seuil, Histoire de la France contemporaine, t. III, 2012. Il prépare lui aussi un ouvrage sur la Commune.