Si vous êtes curieux, vous avez certainement aperçu dans Paris, les mosaïques de Jérôme Gulon. Ce céramiste a réalisé plusieurs parcours artistiques, dont un consacré à la Commune, qui s’étend de la Bastille au Quartier latin, et de la Butte-Montmartre à la Butte-aux-Cailles.

Gulon
L’artiste Jérôme Gulon en pleine action

Jérôme Gulon est un des premiers à avoir introduit la mosaïque dans l’art urbain et contribué ainsi à donner à ce moyen d’expression sa place dans l’art contemporain. Tel le petit Poucet, il dissémine ses petits carrés sur les murs parisiens. Loin d’un art qui s’affiche, la découverte de ses œuvres, souvent de petit format, nécessite un grand sens de l’observation et beaucoup de patience de la part du promeneur.
Cet artiste occupe une place à part dans le monde de l’art urbain. Professeur agrégé le jour et artiste clandestin la nuit, Jérôme a soutenu une thèse sur la mosaïque contemporaine et enseigne aujourd’hui à la Sorbonne et à l’Université Paris 8 dans le domaine de l’art urbain, de l’image et de l’environnement.
Depuis vingt-cinq ans, il expose régulièrement en France et à l’étranger. A l’occasion du 140e anniversaire de la Commune, Jérôme Gulon a créé un nouveau parcours dans Paris, consacré à l’insurrection de 1871. On peut commencer cette promenade par la rue de la Roquette où s’élevait autrefois une prison construite en 1836 destinée aux condamnés à perpétuité et à mort. Lors des exécutions capitales, la guillotine était érigée devant le portail de la prison, seul vestige parvenu jusqu’à nous. De 1851 à 1899, plus de 200 personnes furent exécutées à cet endroit.

Le Mel par Gulon

Au n°136 rue de la Roquette, sur un mur proche de l’abribus, on trouve une première mosaïque, qui représente la guillotine. Nous sommes à deux pas de la place Voltaire (actuellement Léon-Blum), où la « veuve » fut brûlée pendant la Commune. Dirigeons-nous vers la Bastille par l’avenue Ledru-Rollin et tournons à droite pour emprunter la rue de Charonne. Une fois arrivés rue du faubourg Saint-Antoine, traversons pour découvrir, à l’entrée du passage du Chantier, le portrait de Léo Fränkel, ouvrier bijoutier hongrois, blessé le 25 mai 1871 sur une barricade du faubourg.

CLÉMENT FREDONNE ENCORE LE TEMPS DES CERISES

Direction la rive gauche ou plus exactement rue de l’Ecole-de-Médecine. La Bretonne Nathalie Le Mel, cofondatrice de l’Union des femmes pour la défense de Paris, coiffée de son bonnet de coton, nous attend près du club populaire qu’elle fréquentait dans l’amphithéâtre de la Faculté de médecine. En remontant le boulevard Saint-Michel, tournons à gauche pour prendre la rue Soufflot en direction du Panthéon. A l’angle de la rue Saint-Jacques, l’écrivain Jules Vallès nous jette un regard triste et profond. Il est mort en 1885 non loin d’ici, au 77, boulevard Saint-Michel.

Vallès par Gulon  

Retraversons Paris du sud au nord, pour nous rendre place Blanche où se situait la barricade des femmes, le 23 mai 1871.
Remontons la rue Lepic, sans nous laisser distraire par le café des Deux moulins, où fut tourné le célèbre film Amélie Poulain.
Traversons la rue Lepic et, à l’angle de la rue Véron, on découvre la mosaïque représentant Louise Michel. Après un demi-tour vers la place Blanche, tournons à gauche pour parcourir le boulevard de Clichy, puis celui de Rochechouart jusqu’à la rue de Clignancourt, que nous empruntons, suivie de la rue Ramey, pour aboutir rue Nicolet. Au bout de cette voie étroite, on découvre le portrait du jeune Rimbaud,
d’après la photo de Carjat, là où il a vécu quelques semaines. Juste à côté, une « pelle Starck » nous rappelle que Verlaine logea ici de 1870 à 1873, avec sa femme Mathilde Mauté.

Louise Michel par Gulon                Varlin par Gulon


Gravissons la Butte Montmartre, en empruntant la très raide rue du Chevalier-de-la-Barre (autrefois rue des Rosiers). Une fois arrivés derrière l’affreuse meringue blanche du Sacré coeur, je vous paie des guignes si vous trouvez le portrait d’Eugène Varlin, ouvrier relieur, près de l’endroit où il fut assassiné le 28 mai. Retour à « la maison », au 46, rue des Cinq-Diamants, siège de notre association, gardé par le valeureux général Walery Wroblewski, défenseur de la Butte-aux-Cailles pendant la Semaine sanglante.
A quelques pas, sur la place de la Commune inaugurée le 19 avril 2000, Jean-Baptiste Clément se cache pour fredonner Le Temps des cerises dans sa moustache…

John Sutton

Wroblewski par Gulon