Le banquet des affamés

Dans son dernier roman, Le Banquet des affamés, publié chez Gallimard, Didier Daeninckx fait revivre la figure de Maxime Lisbonne, colonel des Turcos pendant la Commune, puis déporté en Nouvelle-Calédonie, où il fut un des rares, avec Louise Michel, à défendre la cause des Canaques. De retour à Paris, il devient directeur de théâtres, de cabarets et d’une sorte de « Resto du coeur ».

Daeninckx a publié son premier livre en 1983, Meurtres pour mémoire (Folio policier), qui dénonçait l’assassinat de centaines de militants algériens le 17 octobre 1961, à Paris. Depuis, il a signé une quarantaine de romans et de recueils de nouvelles. Il a aussi écrit des ouvrages en collaboration avec Willy Ronis, Tardi, et en 2012, avec le dessinateur Mako, Louise au temps des cerises (éditions Rue du monde). Didier Daeninckx, membre de notre association, s’est volontiers prêté à nos questions.

Pourquoi avoir choisi le personnage de Maxime Lisbonne ?

Il y a une douzaine d’années, j’ai fait la connaissance de Claudine Cerf qui préparait un documentaire sur Jacques Prévert et Aubervilliers, où j’habite. Elle m’a parlé de Maxime Lisbonne et de la biographie écrite par son père Marcel : Le d’Artagnan de la Commune. À sa lecture, j’ai été emballé par le côté libertaire, fantasque et extrêmement courageux du personnage. Dans les années 1970, Marcel Cerf avait retrouvé à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris le manuscrit original des Mémoires de Lisbonne, écrits sur du papier pelure en Nouvelle-Calédonie. En 2001, j’ai publié 12, rue Meckert dans la Série noire, roman dans lequel j’ai donné le nom de Maxime Lisbonne à mon détective. Ce personnage ne cesse de se cogner au fantôme de son homonyme du XIXe siècle. Je suis allé en Nouvelle-Calédonie pour me documenter pour mes romans Cannibale et Le Retour d’Ataï. J’ai parcouru la presqu’île de Ducos et le cimetière des communards sur l’île des Pins à la recherche des traces de Lisbonne. J’en ai trouvé très peu.

Didier Daeninckx

Didier Daeninckx (Photo Jacques Sassier/Gallimard)

Comment t’est venue l’idée du titre Le Banquet des affamés ?

Lorsque Lisbonne offre à manger aux victimes de la crise des années 1880-1890, il utilise le terme d’affamés, dans le sens : « on les a affamés  ». Il y a une dimension politique, revendicative dans ce terme de « Banquet des affamés ». Lisbonne va plus loin que les Restos du coeur, car il désigne les responsables de la misère. Affamés rime ici avec indignés.

Pourquoi Lisbonne ne figure pas parmi les « héros » de la Commune comme Louise Michel, Varlin ou Vallès ?

Louise Michel et Vallès ont laissé une oeuvre littéraire. En revanche, Lisbonne n’a laissé derrière lui que des choses éphémères : ses cabarets, ses pièces de théâtre, ses tournées «  académicides ». Lisbonne a dû attendre très longtemps pour trouver son biographe, en la personne de Marcel Cerf, car c’est un personnage fantasque, insolent et ironique. Il avait du mal à obéir malgré sa carrière militaire.
Les 25 000 communards parisiens assassinés ont été traités par l’armée comme les indigènes pendant la conquête de l’Algérie. Lisbonne a pris conscience de cela, car après avoir été enrôlé dans un bataillon disciplinaire en Algérie, il a vu les mêmes officiers réprimer les communards.
Son ordonnance, Mohamed ben Ali, était un tirailleur originaire du sud de l’Algérie, combattant pendant la guerre de 1870 et rallié à la cause de la Commune. Il est représenté portant le drapeau rouge sur une aquarelle conservée dans les réserves du Musée Carnavalet, à Paris. Mohamed ben Ali est mentionné dans L’Insurgé de Jules Vallès et dans les Mémoires de Louise Michel.