Jules Dalou (1838-1902) : La Sagesse soutenant la Liberté

C’est une œuvre étrange à la fois par son sujet et son esthétique qui a été mise en vente le 21 novembre dernier à Drouot par la société Ader. Ce bronze bien patiné de 70 cm environ avec son socle de marbre représente « La Sagesse soutenant la Liberté ». C’est une épreuve à la cire perdue signée et datée de 1889, exécutée par le fondeur A. A. Hébrard. La Sagesse porte, relevé sur le front, le masque de combat d’Athena et sur la poitrine l’effigie de la Gorgone, attribut significatif de la déesse raisonnable. Son visage penché sur le corps défaillant de la Liberté exprime la compassion. Elle n’a pas trop de tout l’effort de ses bras et de ses jambes pour soutenir la liberté nue, à peine vêtue de ses longs cheveux, portant le bonnet phrygien et tombant à genoux aux pieds de son unique espoir.

Son esthétique est intéressante car, comme dans le célèbre tableau de Delacroix « La Liberté guidant le peuple  », elle mêle les références à l’antique, Athéna drapée à la grecque, et le moderne. Sauf qu’ici, la Liberté évoque une jeune fille contemporaine traitée par le sculpteur dans un style coulé et néanmoins précis anatomiquement, comparable à celui de Rodin, son ami et concurrent.

Lorsqu’il modèle cette oeuvre, Dalou a 50 ans environ. Le centenaire de la révolution de 1789 l’inspire bien évidemment de manière particulière, puisqu’on sait que la plupart des communards s’y référaient. Il travaille à ce sujet traité de manière didactique avec tout le sérieux qu’on lui connaît et des versions similaires sont reproduites dans les catalogues qui lui sont consacrés ou le dictionnaire des sculpteursv de Pierre Kjellberg de 1987. Ce groupe fait partie du monument élevé à Bordeaux et commandé à Dalou en 1901 à la suite d’une souscription nationale. Il avait remporté le choix du jury avec une esquisse de l’ensemble, mais il n’a pas pu l’achever lui-même étant décédé l’année suivante, à 61 ans. Ce bronze, issu de la collection de Léon Lhermitte, estimé à 12 000 ou 15 000 euros, a-t-il pu être acheté par un musée ? On ne peut que le souhaiter.

EUGÉNIE DUBREUIL