En ce mois de mai 2020, l’épidémie et le confinement général de la population ne permettent pas d’organiser la montée au Mur, qui devait avoir lieu le samedi 16 mai. Nous évoquons, en republiant un article ancien, l’histoire de la montée au Mur et sa signification.

En mai 1871, le cimetière du Père-Lachaise, situé au cœur du Paris populaire, sert de camp retranché à deux cents fédérés. Suite à l’assaut des versaillais, les survivants, ainsi que des prisonniers de Mazas, sont fusillés contre le mur Est du cimetière et, avec des milliers d’autres corps de fédérés, enterrés dans la fosse commune. Dès la Toussaint 1871, jusqu’à nos jours, la fosse a toujours été fleurie, que ce soit par des mains anonymes, ou de manière plus organisée, comme lors de la première montée au Mur, le 23 mai 1880, à l’appel des journaux socialistes. Après l’amnistie plénière du 11 juillet 1880, et dès 1882, le cortège au Mur devient une tradition, avec des manifestations gérées par les anciens combattants de la Commune. Le relais est ainsi pris : la Commune n’est pas morte !

Plaque au Mur des Fédérés inaugurée le 24 mai 1908

En 1908, le Comité du monument reprend vie, et obtient gain de cause auprès de la République radicale, fraîchement victorieuse aux plans national et local. C’est ainsi qu’en mai 1908, une plaque gravée « Aux morts de la Commune, 21-28 mai 1871 »*, est inaugurée au Père-Lachaise. Cette manifestation intéresse les partis politiques qui demandent à s’en occuper : à partir de 1908, la toute récente SFIO des socialistes réunifiés, et, après 1920, le Parti Communiste Français. En mai 1936, juste après la victoire du Front populaire, derrière l’insigne officiel, « 1871-1936 », une marée humaine de 600 000 personnes « monte » au Mur, sur fond de luttes sociales, et cette commémoration de la Commune va amplifier la grève générale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, une des manifestations de la Résistance a été de fleurir le Mur des Fédérés.

Après guerre, en 1945 et en 1956, les montées au Mur sont d’une grande ampleur : le souvenir des résistants fusillés ravive celui des morts de 1871. Les événements de 1968 réactivent, à leur façon, la mémoire de la Commune et, alors même qu’en Mai 68 le Père-Lachaise est fermé, les Amis de la Commune négocient avec le personnel CGT en grève. En effet, le Mur des Fédérés, ayant toujours été fleuri, même sous l’occupation nazie, il le serait aussi en Mai 68. Le personnel du cimetière ouvre à la sauvette pour faire entrer une délégation dont Jacques Duclos au titre de président de l’Association, et Emmanuel Fleury, alors secrétaire général. Depuis le début des années 1960, l’Association des Amis de la Commune de Paris-1871 appelle ses adhérent.e.s à se retrouver dans le groupe de tête. Dans les années 70, elle reprend l’organisation de la manifestation et y convie les partis de gauche ainsi que les syndicats.

MICHÈLE CAMUS

* En 1990, cette plaque, enlevée et remplacée par une nouvelle, a été déposée au siège des « Amis de la Commune de Paris1871 », où elle est toujours visible.

 

Sources :

Danielle Tartakowsky, Nous irons chanter sur vos tombes, Le Père-Lachaise, XIXe-XXe siècle, Aubier, Collection historique, 1999.

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