En 1871, la Commune s’était fixé pour tâche l’instruction gratuite, obligatoire et exclusivement laïque. En ce sens, elle anticipait les célè­bres décrets de 1884. Mais ses visées étaient bien plus démocratiques que celles de Ferry. Pour les communards, il devait y avoir un lien étroit entre l’instruction et l’émancipation.

On partait de très bas. En 1870, l’école n’était ni gratuite, ni obligatoire. Le travail était encore autorisé pour les enfants dès huit ans ! Et, depuis la loi Falloux, l’Église avait la mainmise sur l’école publique. Dans ces écoles, un tiers des enseignants étaient des religieux. Et là où les instits étaient laïcs, ils devaient assurer un enseignement reli­gieux, poser des signes religieux sur les murs et respecter les programmes fixés par l’Église.

Pour les communards, aller dans un tout autre sens était essentiel. Cependant la guerre primait souvent. Ainsi, Jean-Baptiste Clément envoya-t-il, le 18 mai, aux directeurs et directrices d’école une circulaire annonçant que la guerre ne permettait pas d’aller aussi vite qu’on le souhaitait.

Malgré ces difficultés, la Commune sut prendre des mesures fondamentales. Le décret sur la sépa­ration de l’Église et de l’État ouvrit le champ à la laïcisation de toutes les écoles publiques. La gratuité et l’obligation, pour les filles comme pour les garçons, furent aussi généralisées.

Mais il s’agissait aussi de réaliser une éducation nouvelle, intégrale. Un ouvrier devait pouvoir écrire un livre et accéder à la culture littéraire et artistique. Dans l’enseignement professionnel, les élèves ne devaient pas se contenter de la forma­tion professionnelle mais consacrer une part essentielle de leurs études aux lettres, aux arts... Il y eut, cependant, des hésitations entre morale républicaine et totale liberté de conscience des enfants.

Les communards étaient aussi partagés sur la question de l’autonomie locale de l’école. On s’accorda sur le fait que le primaire revenait aux communes mais que le secondaire dépendait de l’État. De fait la Commune ne toucha pas aux lycées, et peu aux universités.

Tout ceci reposait sur la démocratie communarde. La commission de l’enseignement prenait les décrets et organisait l’action (égalité des salaires des institu­trices et des instituteurs, création de deux écoles professionnelles…). Il y avait aussi une participation considérable. Dans une floraison d’initiatives, retenons celle qui demandait une école pour les enfants d’ouvriers orphelins. La scolarité y durerait jusqu’à 21 ans et les élèves auraient à leur sortie le même statut que les polytechniciens !

Notre école connaît une crise grave. En 2025, la situation est très différente de celle de 1871 où 1% d’une classe d’âge avait le baccalauréat ! Mais l’école échoue toujours à assurer une vraie égalité scolaire, à former des citoyen.ne.s. Rappeler ce qui s’est fait à Paris en 1871 contribue à la réflexion pour que l’école soit le bien de toutes et tous. C’est à quoi notre association va s’atteler en 2025.

JEAN-LOUIS ROBERT

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