Pour la Commune de Paris de 1871, c’est principalement le Mur des Fédérés. En Creuse, le lieu de mémoire des organisations ayant dans leurs statuts « le pacifisme », c’est le monument aux morts de Gentioux, avec le rassemblement du 11 novembre (mis en place par le CLAMG (1). Pour ma part ayant plusieurs casquettes : syndicaliste CGT, militant politique, libre penseur et adhérent à l’association des Maçons de la Creuse et à l’association des Amies et Amis de la Commune de Paris 1871, j’ai cru bon de marquer la présence de la Commune de Paris, le 11 novembre 2024, car elle est présente dans l’histoire des différentes associations auxquelles je participe. On retrouve des maçons creusois pendant la Commune (voir annuaire des maçons (2), la guerre de 14-18, des libres penseurs, des membres de l’Association internationale des travailleurs.
Vous trouverez là une brève histoire du monument aux morts de Gentioux, avec la participation de notre secrétaire général Jean-Louis Guglielmi.
Classé comme un des rares monuments pacifistes de France, ce monument a été érigé en 1922 à l’initiative du maire de la commune, Jules Coutaud, membre de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière ) qui exerçait la profession de maréchal-ferrant. Jules Coutaud était un ancien combattant lui-même gazé sur le front pendant la Première Guerre mondiale. À ce titre, sa parole, quand il dénonçait les méfaits de la guerre, avait une véritable légitimité. Son autorité morale était telle que Jules Coutaud a été maire de Gentioux pendant 45 ans de 1920 à 1965. Au regard de cette belle longévité au service de ses concitoyens, on peut mesurer à quel point le monument de Gentioux n’est pas né des exubérances d’un esprit fantaisiste.
Trois projets ont été présentés au conseil municipal et c’est celui de monsieur Duburgt, conseiller municipal et ébéniste de profession qui sera retenu. Encore une fois, on se rend compte que le choix de ces élus a été le produit d’une véritable volonté et d’une grande détermination. Une maquette en bois toujours visible à la mairie, a été construite par monsieur Duburgt. Ce sont ensuite des artisans locaux qui réaliseront le monument. Ce monument est composé d’un socle et d’une colonne en granit sur laquelle sont gravés les noms des cinquante-huit morts de la commune pendant la Première Guerre mondiale. Sous les noms est gravée l’inscription
« MAUDITE SOIT LA GUERRE »
Au pied de la colonne se dresse la statue en bronze d’un jeune écolier revêtu de sa blouse, la casquette tenue par sa main gauche dans une posture de respect pour les morts, et le poing droit dressé en direction du monument en signe de révolte contre toute cette souffrance. Nul doute que ce poing dressé a à voir avec la lutte des peuples contre les oppressions dont ils sont victimes. Nul doute que l’on est là sur le terrain de la lutte des classes, celle des ouvriers, des paysans, des employés, contre les marchands de canons d’hier et d’aujourd’hui toujours avides de dividendes même au prix de la plus grande barbarie.
L’oeuvre sera inaugurée en 1922 par les élus locaux et la population. La préfecture refusera d’être représentée en ces temps où le patriotisme était de rigueur notamment du fait de puissantes organisations d’anciens combattants arc-boutés sur ce dérisoire et mortifère sentiment. Ainsi le monument ne fut jamais officiellement inauguré. On raconte que lors du passage des troupes à sa hauteur, lorsque celles-ci rejoignaient le camp militaire de La Courtine, ordre était donné aux hommes de détourner la tête de cet objet sacrilège.
Le monument de Gentioux est inscrit à « l’inventaire supplémentaire des monuments historiques au titre des lieux de mémoire » depuis 1990.
BERNARD BONDIEU, comité de la Creuse
(1) CLAMG : comité laïque des amis du monument aux morts de Gentioux.
(2) annuaire des maçons : www.lesmaconsdelacreuse.fr