À partir de l’année 1852 on assiste à une véritable renaissance du mouvement ouvrier. De 1859 à 1864, on voit se multiplier les organisations ouvrières de consommation et de production sous l’influence des idées de Proudhon. Parallèlement des grèves ont lieu en 1862, 1863 et 1864 à Paris, Lyon, Marseille, dans le Pas de Calais …

Caricature d’Émile Ollivier (1870)Les ouvriers typographes parisiens se regroupent dans la « Société typographique », embryon d’un syndicat corporatiste.
Ces mouvements de grèves et cette agitation vont avoir une conséquence importante sur la législation du travail : malgré des restrictions contraignantes la loi du 25 mai 1864 (rapporteur Émile Ollivier) abroge la loi Chapelier et légalise le droit de grève et de coalition.
Loi de 1864En septembre 1864, une grève des ouvrières et des ouvriers relieurs éclate à Paris sur la réduction du temps de travail et l'augmentation des salaires. Eugène Varlin et Nathalie Le Mel y jouent un rôle dirigeant et cette grève, la première après la loi sur les coalitions du 25 mai 1864, est victorieuse à la fin du mois.
Mais à la fin de l'année 1864 et au début 1865, les patrons, utilisant la réduction des travaux, reviennent sur les conquis de cette grève. Pour cette raison, les relieurs et brocheuses, à la même période, en septembre, repartent au combat.
Mais si les patrons furent surpris en 64, ils ne le sont plus l'année suivante et se sont organisés. Ils refusent de céder et les relieurs doivent reprendre sans n'avoir rien obtenus. Varlin avait du emprunter pour subvenir à la survie des familles en lutte et ne pu annoncer le remboursement en février 1867.
Malgré cet échec, la naissance d'une véritable chambre syndicale des relieurs dont Eugène Varlin prend la tête, et la création d'une caisse de solidarité interprofessionnelle la Caisse du sou, sont des conséquences positives et importantes de ces mouvements.

Lettre-pétition au représentant patronal
NB : Eugène Kerbaul dans son livre sur Nathalie Le Mel se trompe de date quand il affirme que la grève de 1865 est victorieuse (page 38). Et contrairement à toute une littérature de gauche politique et syndicale (Kerbaul lui-même) l'égalité des salaires homme-femme n'a pas été obtenue en 1864. Elle ne faisait d’ailleurs pas partie des revendications des grévistes (Cf. la lettre-pétition ci-dessus).

 

Denis Orjol

 

Quelques références bibliographiques
Michel Audin, Eugène Varlin, ouvrier relieur 1839-1871, Libertalia 2019. Le livre le plus complet sur le militant communard et syndicaliste.
Michel Cordillot , Eugène Varlin, internationaliste et communard, Éditions Spartacus, 2016.
Eugène Kerbaul, Nathalie Le Mel, une communarde bretonne, révolutionnaire et féministe, Le Temps des Cerises 2014.