Le 18 mars à minuit, une vingtaine de membres du Comité central de la Garde nationale s’installent à l’Hôtel-de-Ville. La direction militaire considère toutefois qu’elle n’a pas la légitimité d’un pouvoir élu. Seul le peuple souverain ayant le pouvoir de trancher par son vote, le Comité central estime que rien de stable ne peut être entrepris sans la caution donnée par les urnes.

Avant d’entreprendre quoi que ce soit, la tête de l’insurrection veut obtenir la caution donnée par les urnes. Le 19 mars, le Comité central annonce que son mandat est expiré, que des élections communales vont être organisées sans tarder et que, en attendant leur résultat, il se contentera de « conserver » l’Hôtel de Ville désormais vacant. Le flou juridique reflète l’incertitude objective de la situation. D’un côté, le Journal officiel annonce que « le nouveau gouvernement de la République vient de prendre possession de tous les ministères et de toutes les administrations ». Mais, dans une proclamation adressée le même jour à l’Assemblée nationale, le Comité central insiste sur le fait qu’il n’est pas un gouvernement.

"Intérieur de l'Hotel de ville / Membres de la Communes et officiers supérieurs en délibération / Passerat (1). Bernard (2). Lacour (3). Landrin (4). Cluseret (5). Lindy (6). Parent (7). Pindy jeune (8) . Syat (9). Gaspard (10). Delescluze (11). Boulé ..."    photomontage 1871  (Musée Carnavalet, Histoire de Paris)

Pendant la courte transition, le Comité central affiche une réelle modération. Il décide certes quelques mesures immédiates, dans l’esprit des demandes populaires des mois précédents. Il lève l’état de siège dans le département de la Seine, proclame l’amnistie de tous les condamnés politiques, l’abolition de la conscription et celle des conseils de guerre, annonce la remise des loyers d’octobre 1870, janvier et avril 1871, ainsi que la suspension de la vente des objets déposés au Mont-de-piété. En incorporant toutes les forces armées de la capitale dans la Garde nationale, il réalise une des demandes fortes de la période antérieure : l’évacuation de Paris par l’armée régulière.

Le plus important pour lui est toutefois de conforter sa légitimité face à Versailles, en engageant des négociations avec les maires d’arrondissement qui, eux, sont restés dans la capitale quand le gouvernement la quittait.

Deux affiches officielles

Affiche de la Commune du 19 mars 1871 - Aux Gardes nationaux de Paris      Affiche de la Commune du 19 mars 1871 - Décrets sur les élections municipales par le Comité central de la Garde nationale

 

Deux textes publiés dans le premier numéro du Journal Officiel, en date du 20 mars 1871

Paris, le 19 Mars 1871.

FEDERATION REPUBLICAINE de la GARDE NATIONALE

ORGANE DU COMITÉ CENTRAL

  Si le comité central de la garde nationale était un gouvernement, il pourrait, pour la dignité de ses électeurs, dédaigner de se justifier. Mais comme sa première affirmation a été de déclarer « qu’il ne prétendait pas prendre la place de ceux que le souffle populaire avait renversés », tenant à simple honnêteté de rester exactement dans la limite expresse du mandat qui lui a été confié, il demeure un composé de personnalités qui ont le droit de se défendre.

(…)

  Il n’a pas été fauteur de désordres, car la garde nationale, qui lui a fait l’honneur d’accepter sa direction, n’a commis ni excès ni représailles, et s’est montrée imposante et forte par la sagesse et la modération de sa conduite.

  Et pourtant, les provocations n’ont pas manqué ; et pourtant, le Gouvernement n’a cessé, par les moyens les plus honteux, de tenter l’essai du plus épouvantable des crimes : la guerre civile.

(…)

  D’abord, nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaye de flétrir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arrêt d’exécution n’a été signé par nous ; jamais la garde nationale n’a pris part à l’exécution d’un crime.

(…)

  Nous, chargés d’un mandat qui faisait peser sur nos têtes une terrible responsabilité, nous l’avons accompli sans hésitation, sans peur, et dès que nous voici arrivés au but, nous disons au peuple qui nous a assez estimés pour écouter nos avis, qui ont souvent froissé son impatience : « Voici le mandat que tu nous as confié : là où notre intérêt personnel commencerait, notre devoir finit ; fais ta volonté. Mon maître, tu t’es fait libre. Obscurs il y a quelques jours, nous allons rentrer obscurs dans tes rangs, et montrer aux gouvernants que l’on peut descendre, la tête haute, les marches de ton Hôtel-de-Ville ; avec la certitude de trouver au bas l’étreinte de ta loyale et robuste main. »

  Les membres du Comité central : Ant. Arnaud, Assi, Billioray, Perrat, Babick, Ed. Moreau, C. Dupont, Varlin, Boursier, Mortier, Gouhier, Lavalette, Fr. Jourde, Ch. Lullier, Henry Fortuné, G. Arnold, Viard, Blanchet, Pougeret, Bouit.

 

Paris, le 19 mars 1871

AUX DÉPARTEMENTS.

  Le peuple de Paris, après avoir donné, depuis le 4 septembre, une preuve incontestable et éclatante de son patriotisme et de son dévouement à la République ; après avoir supporté avec une résignation et un courage au-dessus de tout éloge les souffrances et les luttes d’un siège long et pénible, vient de se montrer de nouveau à la hauteur des circonstances présentes et des efforts indispensables que la patrie était en droit d’attendre de lui.

  Par son attitude calme, imposante et forte, par son esprit d’ordre républicain, il a su rallier l’immense majorité de la garde nationale, s’attirer les sympathies et le concours actif de l’armée, maintenir la tranquillité publique, éviter l’effusion du sang, réorganiser les services publics, respecter les conventions internationales et les préliminaires de paix.

  Ils espèrent que toute la presse reconnaîtra et constatera son esprit d’ordre républicain, son courage et son dévouement, et que les calomnies ridicules et odieuses répandues depuis quelques jours en province cesseront.

  Les départements, éclairés et désabusés, rendront justice au peuple de la capitale, et ils comprendront que l’union de toute la nation est indispensable au salut commun.

  Les grandes villes ont prouvé, lors des élections de 1869 et du plébiscite, qu’elles étaient animées du même esprit républicain que Paris, les nouvelles autorités républicaines espèrent donc qu’elles lui apporteront leur concours sérieux et énergique dans les circonstances présentes et qu’elles les aideront à mener à bien l’œuvre de régénération et de salut qu’elles ont entreprise au milieu des plus grands périls.

  Les campagnes seront jalouses d’imiter les villes, la France tout entière, après les désastres qu’elle vient d’éprouver, n’aura qu’un but : assurer le salut commun.

  C’est là une grande tâche, digne du peuple tout entier, et il n’y faillira pas.

  La province, en s’unissant à la capitale, prouvera à l’Europe et au monde que la France tout entière veut éviter toute division intestine, toute effusion de sang.

  Les pouvoirs actuels sont essentiellement provisoires, et ils seront remplacé par un conseil communal qui sera élu mercredi prochain, 22 courant.

  Que la province se hâte donc d’imiter l’exemple de la capitale en s’organisant d’une façon républicaine, et qu’elle se mette au plus tôt en rapport avec elle au moyen de délégués.

  Le même esprit de concorde, d’union, d’amour républicain, nous inspirera tous. N’ayons qu’un espoir, qu’un but : le salut de la Patrie et le triomphe définitif de la République démocratique, une et indivisible.

  Les délégués au JOURNAL OFFICIEL.